[Interview] BenGi : “Je suis supporter des Girondins comme eux”


Il y a un supporter des Girondins de Bordeaux qui est présent à chaque rencontre, qui est même très souvent dans les tribunes voire sur la pelouse, mais que l’on connait peu. Ce supporter, c’est BenGi, la mascotte des Girondins de Bordeaux apparue il y a plusieurs mois maintenant du côté de Lescure. Rebuté par les Ultramarines, BenGi n’est pas seulement un animal censé animer et faire plaisir aux enfants présents au stade, c’est aussi un homme qui l’incarne. A travers cette interview, vous allez en savoir un peu plus sur celui qui “sourit lors des selfies avec les supporters”, alors que bien sûr, les gens ne le voient pas sous son masque…

 

 

BenGi n’a pas le droit de parler derrière son costume, alors on lui en offre la possibilité maintenant par cette interview… Un soulagement ?

Tellement ! Il est très difficile de ne pas crier, exprimer sa joie et motiver nos joueurs et nos supporters quand je suis sur la pelouse ! Beaucoup de personnes me posent des questions également et je suis obligé de répondre par des gestes ou des mouvements de tête ; et ce n’est vraiment pas pratique ! Mais pour l’anecdote, il m’arrive parfois de parler par ‘reflex’ Mais c’est exceptionnel !

 

Lorsque tu as été recruté, quelles étaient les demandes et exigences des Girondins de Bordeaux pour ce poste ?

Je n’ai pas eu de demandes particulières. J’ai eu une formation avec l’ex BenGi, et les Girondins ont de suite vu si oui ou non je ferais l’affaire. Ils demandent quand même quelqu’un de sportif pour tenir plusieurs heures sous le costume. Il n’est pas lourd du tout, mais là nous sommes en hiver par exemple et il fait 1000ºC en dessous (rires) ! Alors imaginez quand il fait 40ºC dehors… Je pense aussi qu’ils demandent une certaine ‘carrure’ pour ne pas être ridicule sous ce costume.

 

Quels sont les gestes préférés de BenGi, son style ? L’on voit souvent des reportages sur les mascottes, notamment aux États-Unis, où c’est un métier à part entière. Est-ce que tu as prévu à l’avenir de t’inspirer de ce que font d’autres mascottes ?

Je n’ai pas forcément de ‘gestes’ préférés. Je fais au feeling. J’ai quelques petits pas de danse mais ce n’est rien d’extraordinaire. J’ai envie de me créer une petite chorée ou simplement des figures spéciales pour les matchs. Je suis à la recherche d’un ou d’une prof’ de danse d’ailleurs ! Tout ça, dans le but de me rapprocher le plus possible des mascottes américaines comme en NBA ou NFL par exemple. Faire des gestes de breakdance, saltos, roulades… le kiffe !

 

 

BenGi, ce n’est pas encore un job à part entière, malgré la difficulté de l’exercice ?

BenGi reste un second travail pour moi. C’est même plus un loisir et de l’amusement qu’un réel ‘travail’. J’ai la chance de travailler en semaine et avoir mes week-ends. Du coup, je peux m’organiser facilement pour être disponible à chaque match. Cependant il peut m’arriver d’être absent parfois (cause exceptionnelle/maladie…), et j’ai donc dans ces cas-là un remplaçant, qui endosse le rôle de BenGi. Mais être BenGi n’est pas de tout repos. Pour un match à 20h45 par exemple, j’embauche vers 17h30-18h00 et je débauche vers 23h30. Il faut parfois se priver de soirées avec des amis ou la famille le week-end…

 

A quoi ressemble donc une journée de présence de BenGi ?

J’embauche donc sur les coups de 18h00. Je vais chercher le costume et je rejoins mon vestiaire pour me changer – mais avant je jette toujours, à chaque match, un coup d’œil au stade, vide, silencieux… c’est magnifique ! -. Ensuite, je me dirige à la boutique pendant une petite heure pour partager le ‘verre de l’amitié’ et accueillir les abonnés qui font partie de la visite organisée du stade. Vers 19h30, je vais en coursive – principalement à l’Est – pour faire des photos avec les supporters. Je suis également avec le speaker des Girondins de Bordeaux pour réaliser les vidéos qui passent sur le grand-écran. Puis je me dirige sur la terrasse pour le show des pom-pom girls vers 20h00. Je rejoins en suivant la pelouse, souvent accompagné des cheerleaders pour un petit show et pour participer à la composition des deux équipes avec le speaker et à l’entrée des joueurs.

 

Et pendant que les équipes jouent ?

Pendant la première et la seconde période, j’ai le choix de rester dans mon vestiaire et regarder le match sur la TV ou me rhabiller en ‘civil’ et regarder le match sur le bord du terrain. D’habitude je mange en début de première période et je vais voir le match sur le terrain, cela dépend de la météo ! Il ne fait pas bon de sortir quand il fait froid alors que je suis quasiment trempé à chaque fois que j’enlève le déguisement ! À la mi-temps, il y a le challenge orange avec deux équipes de jeunes qui s’affrontent aux tirs au but. Je dois tirer symboliquement le premier en direction du but Nord.

 

Puis à la fin du match ?

S’il y a victoire, je rentre sur le terrain féliciter nos joueurs. Vient ensuite le moment d’aller dans les salons afin de faire des photos avec les supporters. S’il y a nul ou défaite, je vais directement dans ces salons sans rentrer sur le terrain. Et vers 23h30, il est temps pour moi de ranger le costume et partir ! C’est le déroulé de base d’un match. Mais cela change énormément. Chaque match est unique. Un coup ce sera à l’Est, un coup à l’Ouest… Pareil pour les différents salons présidentiels. Je connais le déroulé du match environ 24h avant la rencontre.

 

 

N’est pas difficile d’être dans ton rôle quand le stade est quasiment vide, ou s’il y a une défaite ?

Quand le stade est vide, effectivement, depuis la pelouse, le stade est vraiment imposant et c’est vraiment triste quand il y a peu de spectateurs, mais lors des grosses rencontres, c’est vraiment un plaisir de rentrer au cœur de cette enceinte magique. Pour les défaites, c’est le jeu, ça arrive à toutes les équipes. Et je pense que la mascotte est aussi là dans ces moments-là, pour redonner du baume au cœur aux supporters et oublier la défaite lors d’une accolade ou d’un selfie !

 

Ah, et si BenGi a une envie pressante, comment il fait ?

Il se retient ! (rires)

 

Lors des rencontres, as-tu des consignes particulières du club, comme par exemple ne pas t’approcher du Virage Sud ?

Effectivement, ils m’ont de suite dit à mon arrivée de ne pas m’approcher du Virage Sud. Au début, ils ne voulaient même pas que je dépasse le milieu de terrain Sud. Au fil des matchs, je me sens un peu plus proche d’eux, j’essaye de me rapprocher de plus en plus mais je ne veux pas que cela soit trop brusque ; que ce soit pour les Ultras comme pour les Girondins.

 

 

Les Ultramarines ont expliqué que la mascotte était un « symbole d’une dérive purement mercantile, bafouant les emblèmes sacrés de l’institution FCGB », ceux-ci ajoutant qu’ils « ne seraient jamais amis de BenGi ». Qu’est-ce que BenGi répond à cela ?

Je n’étais pas BenGi à cette époque. Je ne le suis que depuis le début de la saison 2016-2017. Je comprends entièrement les Ultras. L’arrivée d’une mascotte a symbolisé la modernisation des Girondins de Bordeaux, avec notamment la séparation avec le stade Lescure qui était le bébé des Ultras et l’arrivée du Matmut Atlantique. Personnellement je trouve ça dommage d’en arriver à insulter, et même vouloir en arriver aux mains avec la mascotte. Je suis un homme comme eux, supporter des Girondins de Bordeaux et ce que je souhaite par-dessus tout, c’est la victoire de notre équipe. Nous n’avons au final que des points communs – à part que j’ai une longue queue et des griffes (rires) -. J’aimerais vraiment que la mascotte des Girondins soit autant aimée que Léo de l’UBB par exemple. Que je connais bien.

 

Tu penses donc vraiment que cela peut s’arranger avec le temps, entre BenGi et les Ultramarines ?

Je ne peux pas le savoir. C’est à eux de me le dire. En tout cas je continuerai à y aller progressivement. J’aimerais tellement qu’ils me voient, depuis leur Virage, quand je suis au niveau des spectateurs visiteurs à quel point j’aime narguer et me moquer ! Tout en restant correct et bon enfant. C’est aussi ça le rôle de la mascotte ! Faire rire ! J’espère qu’ils comprendront, via cette interview peut-être, que nous avons le même but et le même engagement dans la rencontre, et qu’il faut tourner la page et passer un bon moment tous ensemble !

 

Un grand merci à BenGi, et à l’homme en-dessous qui l’incarne. Et rendez-vous la semaine prochaine au stade !