InterviewG4E. Sylvain Armand : “Bordeaux manque de cadre et de personnes fortes à la tête du club”

(Photo by Johnny Fidelin/Icon Sport)

Une interview peut avoir les meilleures questions du monde, elle n’est uniquement réussie que lorsque l’interviewé répond parfaitement. C’est le cas de Sylvain Armand, désormais consultant pour la chaîne Telefoot, qui a répondu à toutes nos questions sans langue de bois. Qui de mieux que lui pour un entretien entre le Stade Rennais et le Paris Saint-Germain, la rencontre passée et la rencontre à venir des Girondins de Bordeaux ?! Ex-joueur professionnel faisant partie de la lignée de ceux qui ont dépassés 500 matches de Ligue 1 (et même plus de 650 en pro), avec 17 saisons au plus haut niveau, l’ancien défenseur a participé à l’essor du Stade Rennais ces dernières années, accompagnant Olivier Létang dans ce projet que l’on peut aujourd’hui juger réussi. De son image du club au scapulaire, en passant par les signatures de Laurent Koscielny ou Hatem Ben Arfa, ou encore la rumeur d’un rachat du club par Olivier Létang datant d’il y a quelques semaines, vous allez découvrir des propos riches en informations et d’une qualité à la hauteur du joueur – et du dirigeant que nous avons pu entrevoir – que Sylvain était. Interview.

 

Pour débuter, on aimerait savoir ce que représentent pour vous les Girondins de Bordeaux à l’échelle du foot français ? Quels souvenirs marquants gardez-vous du club ?

J’en ai énormément, même si je n’ai jamais joué dans ce club. Déjà, c’est une région que j’aime beaucoup. Je suis souvent dans le coin et j’ai des amis qui sont dans le coin. Et pour parler football, c’est un club qui m’a toujours plu et que j’ai toujours aimé, parce que Bordeaux a de grandes victoires. Bordeaux a eu les Dugarry, Lizarazu, Zidane, la grande époque. Et Bordeaux, même avant les Dugarry et consorts, je me rappelle que c’était une équipe que j’aimais tout simplement, parce que Bordeaux avec le V devant en blanc, de l’époque où il y avait toutes ces moustaches, j’adorais ces joueurs, même si je ne vais pas tous les citer. Je connais la collection Panini et c’est clairement un club que j’ai suivi. Je n’y ai jamais joué malgré tout. Et c’est un club qui a une grande histoire, de grandes aventures, dans un stade où il fallait faire pratiquement – j’exagère – 8 km pour aller de la pelouse aux vestiaires. Ce sont des choses qui marquent. Il y a eu une grande histoire aussi l’époque où ils ont été champions et moi, j’étais encore au PSG à ce moment-là, où Yoann Gourcuff a marqué le plus beau but de la saison aussi avec Bordeaux. C’était une équipe qui était très forte, le stade Chaban-Delmas était en transe à chaque fois que le Paris Saint-Germain arrivait, qui se jouait tout le temps à guichets fermés ; c’était un stade particulier. Pour moi, Bordeaux a une histoire footballistique qu’elle a peut-être perdue un peu aujourd’hui malgré qu’ils aient un super coin comme le Haillan. Même s’il est un peu vieillissant par rapport à d’autres centres actuels qui sont plus modernes, pour moi c’est un site particulier, avec un Château, toute la verdure autour. Et vous avez un stade aujourd’hui qui est magnifique. A mon avis, c’est un club qui se cherche et qui essaie de retrouver une dynamique, parce qu’ils ont tout, vraiment, pour réussir.

 

Il y a eu des échos lors de votre carrière comme quoi vous aviez été en contact avec les Girondins pour y signer. Pouvez-vous nous dire pourquoi ça ne s’est pas fait ?

Ca ne s’est pas fait parce que c’était l’époque où j’étais au Paris Saint-Germain, où j’étais vraiment bien, clairement. C’est un club que j’aimais beaucoup aussi et je voulais absolument partir du PSG avec un titre. C’est vrai que c’était difficile et ambitieux de ma part, parce que les Qataris n’étaient pas là de suite. Je l’ai eu ce titre grâce à leurs arrivées, il faut le reconnaître. Mais j’ai tout gagné avec le PSG, des matches en Ligue des Champions, la Coupe de France, la Coupe de la Ligue. Il y a eu des bons moments, comme des moments plus délicats, mais je me suis dit qu’il fallait que je quitte le PSG avec un titre de Champion de France, car ça pouvait être quelque chose d’extraordinaire. J’ai réussi à l’avoir et au bout de 10 ans, je suis parti du PSG. Bordeaux, oui, j’ai eu des contacts et ça ne s’est pas fait parce j’étais très bien à l’endroit où j’étais, et je n’avais pas envie de partir. Donc la raison n’est pas liée à Bordeaux.

 

Lorsque vous jouiez au Paris Saint-Germain, où vous êtes resté 9 ans, vous avez connu le dernier titre de Champion de France des Girondins en 2009. Quels souvenirs gardez-vous de cette équipe ?

Il y avait vraiment une superbe équipe, avec Alou Diarra, Jussiê, Matthieu Chalmé… Il y avait aussi Yoann Gourcuff avec qui je m’entendais très bien. C’était une équipe qui avait la mainmise sur le championnat, clairement. Chaque fois qu’on les jouait, c’était fluide, super difficile à les bouger. Ils ont été Champions et c’était largement mérité à cette époque. Ils étaient au-dessus du lot, il faut le reconnaître. C’est une équipe au sein de laquelle j’aurais franchement aimé jouer, parce que c’était une équipe qui produisait du jeu, avec des vrais joueurs de ballon. Je me rappelle du but de Yoann comme si c’était hier. Il fait sa roulette, il frappe de l’extérieur du pied droit qui arrive dans le petit filet de Micka Landreau. Ce sont des choses aujourd’hui dont vous vous souvenez parce que c’était une équipe qui avait impressionné le monde du football français.

 

(Photo by Nolwenn, Icon Sport)

 

Justement, en parlant de Yoann Gourcuff, à cette époque, il marchait sur l’eau, c’était incroyable le jeu qu’il proposait. Vous le connaissez particulièrement puisque vous avez évolué avec lui à Rennes notamment. Quel regard portez-vous sur sa carrière, et comment expliquer cette descente aux enfers, vous qui l’avez connu de près ?

Je pense que Yoann est quelqu’un d’entier, c’est quelqu’un qui aime le football, mais il n’est pas passionné par les médias, par tout ce qui est autour du football. C’est quelqu’un de très généreux, de souriant. Je pense que l’Equipe de France lui a fait très mal aussi. C’était difficile pour lui, tout le monde disait que c’était le futur Zizou et après il y a Franck Ribéry qui est arrivé. Je ne sais pas tous les tenants et les aboutissants de ce qui s’est passé là-bas mais je ne pense pas que l’Equipe de France, malgré tout, a eu quelque chose de très positif sur lui et je pense qu’il s’est refermé là-dessus. Je l’ai connu à Rennes, c’était quelqu’un de qui j’étais très proche la première année. Lors de la deuxième année, on était moins proches, c’était peut-être dû au fait que son père était aussi l’entraîneur et que ça passait moyen avec son père, ce qui peut être compréhensible. J’ai eu de très bons rapports avec Yoann tout au long de ma carrière. Mais je pense, oui, que l’Equipe de France ne lui a pas fait du bien et c’est dommage parce que c’était un joueur que j’adorais et que j’adore encore. Dans sa vision du football, c’était un passionné, dans sa gestuelle. Malheureusement, il a eu énormément de blessures qui ne lui ont pas fait du bien et son passage à Lyon n’a pas été très bénéfique pour lui, non plus.

 

Vous avez connu Hatem Ben Arfa qui s’est bien relancé à Rennes lorsque vous y étiez en tant que dirigeant, même si l’aventure s’est mal terminée. Quels souvenirs gardez-vous de ce joueur, et pensez-vous qu’il ait fait le bon choix en rejoignant Bordeaux ?

Oui ! Pour moi, c’était un bon choix déjà de revenir en France, après son passage à Rennes et d’être parti en Espagne. C’est quelqu’un qui est adroit, c’est indiscutable. C’est quelqu’un qui est entier Hatem, il est super attachant. Il faut le gérer différemment qu’un autre joueur. Il est capable de faire la différence sur des matches, sur des grands matches, mais par contre, oui, c’est peut-être quelqu’un qui va agacer certains joueurs quand il va moins défendre. Si on lui donne les ballons pour aller faire gagner l’équipe comme il l’a fait à Rennes, il va le faire. Il est extraordinaire. C’est vrai que ça s’est mal terminé à Rennes parce qu’il est tombé sur un coach qui voulait le gérer différemment de la façon dont il faut gérer Hatem, et au bout d’un moment, Hatem comme il est entier, il dit les choses, et ça s’est mal passé. Quand on voit le match qu’il a fait à Rennes, à chaque fois qu’il a touché le ballon, il n’a pas forcément tout réussi, mais le but, il vient de lui, la seule occasion qu’ils ont en première mi-temps, c’est lui qui part du côté gauche et qui dribble quatre joueurs, qui décale et frappe sur le centre en retrait. J’ai la chance aujourd’hui de travailler sur la chaîne Téléfoot et d’avoir une caméra isolée sur Hatem, ça a permis de montrer qu’il a fait d’énormes efforts défensifs, qu’on lui reprochait peut-être mais qu’il a fait ce soir-là. C’est quelqu’un qui d’après moi a fait le bon choix dans une ville qui lui correspond, avec un entraîneur qui lui correspondra et qui saura le gérer aussi. Il apportera du bien à Bordeaux, déjà physiquement, même s’il n’est pas encore au top, mais quand il a les jambes et qu’il en a conscience, il est capable de faire des choses extraordinaires. Encore une fois, c’est une personne très attachante, parfois loin de l’image qu’on peut avoir de lui ou que véhiculent certaines personnes qui ne l’ont pas forcément côtoyé, qui donnent de lui une image négative, qui ont des sentiments mitigés sur Hatem. C’est quelqu’un que j’ai beaucoup apprécié même si je le connaissais un peu d’avant, mais pour l’avoir géré en tant que dirigeant, par moment, on a eu des prises de bec parce que chacun avait un avis différent. Cependant, c’est quelqu’un qui sait être là pour l’équipe, les joueurs, il est humain. Je pense qu’il peut faire du bien aux Girondins à partir du moment où il est en confiance et je pense que le but à Rennes lui fait énormément de bien aussi.

 

Pour aller plus loin, Julien Stéphan a déclaré il y a une semaine que s’il devait avoir de nouveau un joueur comme lui, il ferait différemment que ce soit sur le terrain ou dans la gestion humaine. Et comme vous dites, Hatem Ben Arfa est quelqu’un d’entier. Quand il parle, il dit les choses et on a pu le voir à la conférence d’avant match la semaine dernière où il a ‘rembarré’ certains journalistes parce qu’il trouvait leurs questions bateau. On sent que c’est quelqu’un qui remue les choses. Il arrive dans un groupe qui n’a pas ou peu évolué depuis deux ans, il peut peut-être faire bouger les choses et redonner une dynamique au groupe…

C’est exactement ça ! Il faut savoir gérer Hatem. Lui (Julien Stéphan) s’est peut-être rendu compte, qu’il avait fait une erreur en se braquant avec lui, parce qu’à partir du moment où on se braque avec Hatem, c’est terminé. Il est entier et n’aime pas le conflit. Il dit les choses, si ça plaît, ça plaît, si ça ne plaît pas, ça ne plaît pas. Ensuite, c’est vrai que quand on pose des questions bateau, c’est quelque chose qui n’intéresse pas Hatem, et on a pu le voir à la fin du match, sur la chaîne Téléfoot. Quand il est face à la caméra, il parle comme s’il était en repas avec des amis, il dit ce qu’il a à dire, mais que ce soit face à la caméra ou en dehors. C’est ce genre de personne qui est différent aujourd’hui de ceux qui ont des phrases bateau, qui sont préparés. Il y a des joueurs qui savent ce qu’ils veulent dire, pour ne pas égratigner le coach, le club, l’équipe ou eux-mêmes. Aujourd’hui, lui, il ne prépare rien, il y va à brûle-pourpoint et il dit ce qu’il a envie de dire. C’est le genre de joueur aujourd’hui qu’on n’a pas. Par contre, ce qu’il va faire à Bordeaux, je pense, avec son caractère, c’est qu’il fait peur aux adversaires. Il monopolise tout le temps un ou deux joueurs dessus, voire trois, parce qu’Hatem, tout le monde sait qu’il est capable sur une ou deux actions dans un match de faire un coup. Et pour ses coéquipiers, il ne va pas faire peur mais amener du caractère. Quand il va vouloir parler à l’entraînement à un coéquipier, quitte à se prendre un peu le bec, parce qu’on ne lui donne pas ce ballon, parce que ça ne va pas assez vite ou qu’il a fait le mauvais choix, il va mettre aussi un peu de pression à ses coéquipiers. C’est quelque chose que nous, on a vu à Rennes et qui était fondamental. Et si Hatem n’arrive pas à Rennes la saison où on gagne la Coupe de France et qu’on fait ce parcours en Coupe d’Europe, jamais on aurait fait, je pense, ces résultats cette saison-là. Il a amené malgré tout une aura positive, voire une pression positive à certains coéquipiers, qui ne fait que du bien au quotidien et sur une saison.

 

 

Lorsque Laurent Koscielny s’est engagé en faveur des Girondins, Rennes s’était également positionné. D’après vous, qu’est-ce qui a fait que cela s’est plus concrétisé avec Bordeaux qu’avec le Stade Rennais ?

Ça, il faudra peut-être lui demander plutôt à lui. C’est vrai que nous, on voulait absolument que Laurent nous rejoigne, c’était une de nos cibles prioritaires. Par contre, je pense que Bordeaux s’est aligné à un niveau que nous, on ne pouvait pas, sur le financier ou sur les années de contrat. Je pense que ça a joué parce qu’on lui proposait un contrat de plus longue durée, c’était peut-être plus intéressant pour lui. Au bout d’un moment, on ne pouvait pas aller plus haut donc on n’est pas allé plus haut et ça a été notre plus grand regret car ça aurait été quelqu’un qui nous aurait fait le plus grand bien, et quelqu’un avec qui on avait fixé des priorités qui étaient claires lors de ce mercato-là. Maintenant, il est parti aux Girondins, c’est aussi un club qui lui va bien, il faut le reconnaître.

 

Si le Stade Rennais en est là aujourd’hui, c’est aussi en partie grâce à vous et votre passage au club. Le club breton a pris, selon nous, la place dans le paysage français actuel d’un club comme les Girondins. D’un œil extérieur, que manque-t-il selon vous à notre club pour retrouver ses lettres de noblesse ?

C’est gentil pour ce que vous dites me concernant, mais c’est surtout grâce à Olivier Létang qui a fait énormément pour ce club. Il a mis en place un projet qu’il a défini que l’on a suivi, et ça a marché. On en est très contents mais c’est surtout grâce à lui. Ce qui manque aux Girondins de Bordeaux, dans le club, c’est un vrai projet sportif avec quelque chose de structuré, tout en haut et tout en bas. Aujourd’hui, on peut dire tout ce que l’on veut mais dans le football actuel, que ce soit à Bordeaux ou dans n’importe quel club, il faut un président avec une exigence comme un chef d’entreprise. C’est ce qui a peut-être déplu à certaines personnes au Stade Rennais, notamment le coach, c’est qu’il y avait un président qui était exigeant et qui savait mettre la pression sur les joueurs quand il le fallait, qui allait leur parler régulièrement, peut-être un peu trop parfois, mais c’est ce qui faisait que les joueurs étaient tout le temps sous pression et c’est ça qui a permis de progresser. Aujourd’hui, aux Girondins, de ce que je vois de l’extérieur et de ce que je vois, notamment quand tous les supporters se dirigent vers la mairie pour dire qu’ils en ont marre, ce sont les signes qui montrent que le club n’est pas structuré. Dans votre club, il manque de cadre et de personnes fortes à la tête du club. Aujourd’hui, même s’il y a Alain et Jean-Louis qui sont de très bonnes personnes et qui peuvent faire des choses, il faut qu’il y ait absolument des gens, notamment au plus haut du club, qui aient confiance avec les gens avec qui ils travaillent pour que le club ne soit pas que du business, mais clairement, du football et des résultats. Aujourd’hui, ce qu’on veut, c’est gagner et c’est pour ça qu’on est déçus d’être partis du Stade Rennais parce qu’on avait un projet clair, sur trois ans, avec l’arrivée d’Olivier. En trois ans, il y a eu trois participations en coupe d’Europe et un titre, ce qui n’était jamais arrivé en 40 ans. Et malgré tous les résultats qui allaient bien, Olivier Létang a été démis de ses fonctions parce que ça n’a pas plu à un coach ou à certaines personnes dans le club, à cause de son exigence. On nous dit : le football c’est ou du business ou des résultats. Et aujourd’hui, je pense que le sport et les gens ne demandent qu’une chose, c’est vivre avec leurs joueurs, leur équipe, gagner des matches, faire des voyages en Coupe d’Europe avec leur équipe, comme nous on a pu l’offrir aux supporters du Stade Rennais. Mais au bout d’un moment, je me suis même demandé, moi, en partant avec déception alors qu’on était en train d’avoir un projet intéressant avec des résultats, ce que les gens veulent aujourd’hui du football. Est-ce qu’ils veulent faire du business, faire de l’argent ? Pour vous, les supporters, je pense que c’est surtout de pouvoir voyager avec votre équipe, de vivre de superbes moments. C’est logique et aujourd’hui il faut qu’il se passe quelque chose dans le club pour que les Girondins de Bordeaux arrivent à revenir à ce qu’ils étaient, c’est-à-dire, avoir du cadre, de la sérénité. Et avoir quelqu’un en haut, qui arrive à déléguer et à faire les choses avec exigences pour obtenir des résultats sportifs et non forcément financiers.

 

En effet, c’est la grosse problématique actuellement aux Girondins, qui a à sa tête Frédéric Longuépée, qui était également au PSG lorsque vous y étiez. Il est fortement décrié par les supporters car il axe sa stratégie sur la vente de la marque Bordeaux et il ne s’exprime jamais sur le fond, sur le foot. Ca change beaucoup des anciens présidents ou actionnaires que l’on a eu ces dernières années. Qu’est ce que vous pensez, vous, de Frédéric Longuépée ? L’avez-vous connu personnellement d’ailleurs ?

Je ne l’ai pas connu personnellement, je savais très bien qu’il était au Paris Saint-Germain en même temps que moi. Le football, c’est du sport. Et comme je vous disais tout à l’heure, c’est devenu du business et un peu tout, pour tout le monde, pour les présidents, les clubs, les agents. Travailler dans le football pour les agents, c’est le business. Trouver la perle rare, c’est pour faire de l’argent. Aujourd’hui, les jeunes joueurs décident de partir très tôt des clubs quand ils sont bons parce que les agents leur promettent monts et merveilles parce que tel club parle d’eux… Pour ma part, je trouve qu’ils partent beaucoup trop tôt. Le meilleur exemple, c’est Eduardo Camavinga qui a 17 ans, et il a décidé de rester malgré tous les clubs qui l’ont contacté, parce qu’il ne se sentait pas prêt à partir et je trouve que c’est une bonne réflexion. Le football aujourd’hui c’est la globalité qui fait le business. Je ne sais pas comment Monsieur Longuépée travaille aux Girondins de Bordeaux, mais c’est évident qu’un président qui connaît le football, c’est toujours mieux qu’un président qui ne connaît pas le football. Et pourquoi je parle d’Olivier Létang, c’est parce que j’ai fait ma reconversion avec lui et je n’ai connu qu’un président comme ça. C’est un président qui a réussi, avec des valeurs, avec un projet, avec une institution pour lui, à savoir le Stade Rennais, il ne parlait que de ça. Ce n’est pas qu’une question financière, c’est aussi réussir partout où il passe. C’est quelqu’un qui est exigeant, qui parle football et qui est capable d’intervenir à tout moment parce qu’il connaît le football. Aujourd’hui, quand on a un président qui ne connaît pas le football, vous déléguez à quelqu’un en qui vous avez pleinement confiance et qui connaît le football et qui gère tout, comme Nasser avec Leonardo. A un moment donné, vous êtes obligé. Si vous avez un président qui ne connaît pas le football et qui à chaque fois qu’on l’entend ne parle que du business, c’est toujours compliqué à entendre et comprendre pour les supporters, les partenaires, les fans du club et parfois même pour les dirigeants du club ou ceux qui y travaillent. On voit comment c’est important cet environnement-là pour les supporters.

 

 

Vous avez beaucoup parlé d’Olivier Létang. Son nom a été cité il y a quelques mois pour un rachat des Girondins de Bordeaux, avant que cette rumeur ne disparaisse. Est-ce que vous pensez que Bordeaux aurait été un bon projet pour lui ?

Oui. Ça aurait été un beau projet. Après, s’il a décidé de ne pas y aller, c’est parce que c’est quelqu’un qui explore tout avant de mettre les pieds quelque part. Il a eu aussi cette expérience au Stade Rennais, avec tout qui a été difficile à digérer pour lui. On a eu des résultats et quand on a mis autant de cœur pendant trois ans pour se faire évincer comme ça du jour au lendemain, c’est une expérience qui t’enrichit malgré tout, qui fait prendre de l’expérience. Mais s’il n’a pas été aux Girondins de Bordeaux, c’est qu’il ne sentait pas aujourd’hui l’environnement peut-être, ou ce qui a pu se passer. Après, je ne sais pas pourquoi il n’y a pas été, clairement. Par contre, c’est quelqu’un qui d’après moi, correspondait très bien aux Girondins parce que je sais très bien qu’il apprécie cette région, qu’il y a un super stade et un bon environnement pour travailler là-bas. C’est pour moi un club où il aurait pu aller. Après, pourquoi il n’y est pas allé, je ne peux pas vous répondre à sa place, je ne veux pas dire de bêtises par rapport à ça.

 

Alain Roche, qui était directeur sportif au PSG et qui est d’ailleurs celui qui vous a fait venir à la capitale, est aujourd’hui, le nouveau directeur sportif des Girondins. Le problème, c’est qu’il n’a aucun moyen pour recruter. Quel regard portez-vous sur son arrivée ?

Je l’ai vu, juste avant qu’il ne signe chez vous, quand on s’est croisé au Cap Ferret, on a discuté et je savais qu’il était en contact avec les Girondins. Je pense que pour lui, c’était quelque chose qu’il espérait de revenir aux Girondins ou même dans le football. Quand vous avez fait 15 ans de télé, qui fait partie malgré tout du milieu du football, être professionnel dans un club, ce n’est pas toujours évident de revenir de suite, car il faut s’imprégner des nouvelles mentalités, des nouveaux agents, de toute la nouveauté du football qu’il a pu y avoir en 10 ans, du temps où il était consultant. Par contre, c’est quelqu’un qui est resté dans le milieu, qui connaît beaucoup de monde, qui a du réseau et pour moi, c’est quelqu’un qui peut apporter une plus-value aux Girondins. Avec Jean-Louis Gasset, ils se connaissent très bien, ils sont ensemble pour le même projet. Après, ça dépend aux Girondins de qui fait le projet. Est-ce que c’est le président, le directeur sportif ? Je ne sais pas, mais quand vous arrivez et qu’on vous dit que vous avez zéro pour recruter, c’est toujours difficile de faire ses preuves. Peut-être qu’il faut défaire ce qui a été fait, avec certaines erreurs du passé, avant qu’Alain et Jean-Louis n’arrivent. Je crois qu’il y a de gros salaires aux Girondins aussi par rapport au budget qu’il pouvait y avoir avant, ils ont donné énormément. Est-ce qu’aujourd’hui, ce n’est pas ça qui les plombe ? Est-ce qu’ils attendent les droits TV ? Je pense qu’Alain est une personne qui aime les Girondins, qui est fier d’y travailler et je pense qu’il peut apporter quelque chose. A partir du moment où on donne une enveloppe qui est cohérente pour recruter, c’est le réseau qui va marcher, les négociations qu’il va falloir gérer avec les agents et les joueurs. Mais c’est surtout le projet de jeu et la façon dont on va évoquer le projet et le donner aux joueurs qu’on va vouloir faire venir. Aujourd’hui si Hatem y est allé c’est parce qu’il y a eu Alain et Jean-Louis qui ont certainement dû demander des conseils à Olivier, parce qu’ils se connaissaient très bien avec Jean-Louis.

 

Justement Jean-Louis Gasset est arrivé en même temps qu’Alain Roche à Bordeaux. Pensez-vous qu’il puisse être l’homme de la situation à Bordeaux ?

C’est quelqu’une que j’aime beaucoup, que ce soit en tant qu’homme ou en tant qu’entraîneur. Il a une aura et je pense qu’ils font un vieux bon duo avec Ghislain Printant, qui sont à peu près de la même classe. Ils ont le même caractère. C’est quelqu’un qui aime ses joueurs, qui est dur et qui fait avancer ses joueurs. Il me fait penser à Christophe, quand il a quelque chose en tête, il ne va pas en démordre et il va savoir mettre la pression à ses joueurs et aux jeunes. Il va savoir faire avancer son équipe et lui parle dans les moments où il faut calmer les choses. C’est quelqu’un qui est peut-être un vieux de la vieille mais qui pour moi est important. Je l’ai toujours aimé en adjoint avec les gens avec qui il était, mais surtout quand je l’ai vu passer à Saint-Etienne, c’est quelqu’un qui m’a beaucoup marqué. Si tous les joueurs de Saint-Etienne l’ont aimé quand il est parti, c’est parce qu’il a une aura sur ses joueurs qu’il aime et les joueurs savent le reconnaître aussi. Tout commence à devenir positif aux Girondins avec Alain, Jean-Louis, Ghislain, avec l’arrivée d’Hatem… On voit un club qui commence à reprendre un petit peu des couleurs. Mais quand vous avez pris du retard en quelques années, pour reprendre le retard, il faut malgré tout un petit peu de temps pour restabiliser, restructurer certaines choses. Mais aujourd’hui, on l’a vu contre Rennes, il y a une équipe qui a été bien menée par Jean-Louis. On a vu une équipe que je n’avais pas vue depuis longtemps comme ça, avec du cœur. Tout n’a pas été parfait, mais ça fait plaisir à voir clairement de retrouver une équipe bordelaise. Maintenant, je ne suis pas entraîneur, et je pense que Jean-Louis va certainement leur dire, mais c’est sur la longue durée que l’on va voir si les choses rentrent dans l’ordre.

 

Plusieurs joueurs arrivent en fin de contrat à l’issue de cette saison : Sabaly, Pablo, De Préville, Poundjé, Jovanovic, Baysse… Si vous étiez directeur sportif de Bordeaux, quels joueurs conserveriez-vous ?

Moi, clairement, si j’aime bien un joueur dans ceux que vous avez cités, c’est Sabaly. Même s’il a un petit peu moins joué depuis plusieurs matchs, c’est quelqu’un qui a du cœur. C’est le genre de joueur qui est aujourd’hui intéressant car il ne lâche pas, même s’il rencontre des difficultés. C’est le type de joueur qui a un bon état d’esprit et qu’on a envie de suivre et d’aider. Ensuite, quand on regarde les statistiques de Paul Baysse, à partir du moment où il est revenu, c’est là où les Girondins n’ont pas pris beaucoup de buts, si je ne me trompe pas. Et dès qu’il n’a plus été là, ça a été difficile. Il faut s’appuyer sur ces joueurs-là car on voit que leur mentalité est très bonne. Après, je ne connais pas assez Pablo, dans le vestiaire notamment, mais c’est normal que son retour ait été difficile après sa blessure au genou. C’est difficile de s’en remettre, il y a l’appréhension et beaucoup d’autres choses qui entrent en compte. Je pense qu’il y a des joueurs aujourd’hui qui peuvent faire du bien, mais c’est super difficile de répondre car on ne peut pas critiquer aujourd’hui les joueurs qui sont en fin de contrat. Il faut connaître l’intérieur du club. Il faut voir aussi les joueurs qui ne sont pas beaucoup utilisés et à qui il reste 2-3 années de contrat et qui sont peut-être aussi payés cher. Il y a moyen de faire quelque chose de différent. Mais encore une fois, je ne suis pas dans le club pour pouvoir juger. C’est déjà compliqué quand on est dedans (rires), alors quand on n’y est pas c’est encore plus compliqué.

 

Comme vous l’avez dit avant, on a noté également un bon état d’esprit face à Rennes le weekend dernier. Le prochain match, c’est le PSG et la marche est quand même beaucoup plus haute. Même si on espère toujours dans le fond un résultat positif, on se dit que si l’équipe montre toujours cet engagement et cette envie, ça sera malgré tout positif. Qu’en pensez-vous ?

Tout le monde sait, même lorsque j’étais joueur, que rencontrer le PSG c’est une date que l’on coche sur le calendrier parce qu’on sait qu’on va affronter de grands joueurs. Mais aujourd’hui, pour la plupart des équipes, on sait qu’en les affrontant, il y a déjà 6 points perdus. Tout ce qui peut être pris est du bonus, il faut le reconnaître. Je ne sais pas ce que Jean-Louis va leur dire mais il faut qu’ils restent sur l’envie qu’ils ont eue, cette combativité, sur l’esprit de groupe qu’ils ont eu à Rennes. C’est ce que j’ai trouvé qui était bien aux Girondins sur ce match. Je pense que d’eux-mêmes, les joueurs vont essayer de reproduire ça parce qu’on sait très bien que si on se repose, on va prendre une valise. Il faut essayer de travailler et rester sur cette dynamique-là et surtout s’il y a une défaite sur ce match-là, ce n’est pas la catastrophe non plus parce que le PSG est au-dessus de tout le monde. Tout le monde en a pris minimum trois, c’est la force du PSG, mais je pense qu’il y a des choses à faire pour Bordeaux malgré tout. Il y a quand même Hatem Ben Arfa qui va retourner chez lui, il aura envie de briller un petit peu et je sais très bien que lors des grands matches, en général, il est là.

 

Un pronostic pour Paris-Bordeaux ?

Je vois bien les Girondins marquer un but. Je vais dire 2-1 pour le Paris Saint-Germain. Je voulais dire match nul mais le PSG est au-dessus en ce moment. Je pense que même une défaite, même si c’est toujours dur de parler de défaite encourageante, ça serait bien pour les Girondins parce que j’aimerais bien revoir aussi les Girondins dans le haut de classement. Il y a des joueurs que j’aime bien. Je suis très proche de Benoît Costil, que j’ai régulièrement. J’aimerais pour lui et son club que les Girondins fassent une bonne saison et qu’ils restent dans la lignée de ce qu’ils ont fait à Rennes. S’ils arrivent à marquer un but ou à créer un exploit, je leur souhaite vraiment de tout cœur, même si ça va être très difficile. On fait confiance à Jean-Louis, c’est quelqu’un qui connaît le football et sait galvaniser ses troupes, je ne me fais pas de souci là-dessus.

 

Un très grand merci à Sylvain pour le temps qu’il nous qu’il nous a accordé. Bonne saison !

 

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