Les Girondins de Bordeaux ont-ils réussi leur mercato d’hiver ?

Beaucoup de mouvements

Gérard Lopez est coutumier du fait, partout où il passe de nombreux mouvements sont enregistrés. Sur le plan de l’animation et du renouvellement, on peut donc considérer que ce mercato est une réussite. Après, il est intéressant de regarder, plus en profondeur, les joueurs qui partent et qui arrivent, le type de contrat proposé, les montants (même si pour ces derniers, les chiffres ne sont jamais complètement dévoilés) et imaginer la pérennité sur le club des actions présentes.

Le bon coup

Avec l’arrivée de Josuha Guilavogui, Bordeaux réalise un bon coup car il met la main sur un international capable de mettre de l’impact et de l’ordre dans un milieu trop souvent désorganisé et en manque d’athlète pouvant imposer son physique dans le cœur du jeu. Dans le même registre, on pense à l’arrivée d’Alou Diarra en 2007, un des piliers de la colonne vertébrale qui aura largement contribué au succès des années Laurent Blanc en Gironde. Petit bémol tout de même, le joueur a vécu une année 2020 très compliquée avec des problèmes de genou et de fibre musculaire qui l’ont éloigné des terrains pendant plus de 5 mois et une année 2021 où il a perdu progressivement sa place. A 31 ans, on espère voir le joueur international capable de jouer 35 à 40 matchs par saison plutôt que le joueur actuel (depuis 2 ans) qui n’a pu dépasser les 20 rencontres par saison à cause de blessures ou parce que son statut à changer. Malgré tout, ce nouveau challenge doit permettre au joueur de se relancer et pour notre club de profiter de ses qualités et de son expérience. Si les 600000 euros de l’option d’achat sont confirmés, alors notre club n’aura pas de problème à la lever. Par contre, pas d’information sur le salaire du joueur, on espère qu’il ne plombera pas trop les finances du club.

Des ventes attendues

Malgré la formule trouvée avec une séparation et un départ… tout en restant au club (au moins pour le moment), personne n’est dupe. Laurent Koscielny ne pouvait plus rester « sportivement » Bordelais après les propos de Gérard Lopez. Sur ce choix, l’avenir nous dira si nous avions raison de nous en séparer avant la fin de la saison. Sur un plan financier, il semblerait qu’il n’y ait finalement pas eu de négociations puisqu’il partirait avec un plus de 5 millions soit l’intégralité des salaires qu’il devait percevoir s’il était resté au club jusqu’à la fin de son contrat. Là encore, il est difficile de savoir si les sorties sur le joueur de notre président ont rendu les discussions compliquées mais pour le club c’est tout de même la triple peine : le paiement d’une somme lourde, la perte d’un joueur de qualité même s’il paraissait sur le déclin et le besoin de lui trouver un remplaçant qui devrait coûter environ 2 millions par an (Marcelo) : coût de l’opération – environ 7 millions d’euros, tout de même !

Certains verront dans ce départ la fin des vestiges de la catastrophique gestion des américains et un des derniers joueurs acheté par cette direction. La lecture est un peu erronée. Bien évidemment le passage de GAPC et King Street a été en tout point un fiasco mais dans cette aventure, il ne faut pas oublier que deux valeurs marchandes importantes du club sont des achats des anciens propriétaires (Yacine Adli et Hwang Ui-Jo) et que Gérard Lopez en plus de la vente cet été de ce dernier (surement autour de 10 à 15 millions) touchera une somme entre 10 et 20 millions cumulés pour les cessions négociées d’Aurélien Tchouaméni, Jules Koundé après celle de Gaëtan Laborde à Rennes en août dernier.

30 à 40 millions dans les caisses bordelaises qui serviront à façonner le Bordeaux 2022-2023, en espérant bien entendu que le club soit encore en Ligue 1.

Pour les autres départs, pas de surprise, Josh Maja a toujours gardé une bonne côte en Angleterre, son passage à Bordeaux restera un échec sportif et financier. Il sera intéressant de garder un œil sur le joueur car de nombreux amoureux des Girondins pensent qu’il a été mal utilisé ce qui pourrait expliquer qu’il ne se soit jamais réellement adapté. Là encore, nous aurons une réponse dans les prochaines années, viendra alors le temps des regrets ou la confirmation d’un joueur dont le prestige est surtout né d’une série Netflix.

Même constat, Samuel Kalu avait des touches venant de Turquie depuis quelques années, il terminera finalement en Angleterre avec une vente à 50% de son prix d’achat (environ 4 millions et acheté 8 millions d’euros). Le joueur n’avait plus la confiance de son coach et des blessures à répétition n’ont pas permis de montrer l’étendue du talent que nous avons décelé par intermittence. Comme pour Josh Maja, ils portait également sur les épaules, le trop lourd héritage King Street. Sans ce poids, nous verrons si ces deux joueurs peuvent s’épanouir.

Sur le plan de la masse salariale, Bordeaux s’allège de près de 500000 euros par mois pour ces 3 salaires même si en réalité Bordeaux paye bien les 300000 euros de Laurent Koscielny avec l’accord que ce dernier a signé.

Il faut ajouter à cela le départ d’Otávio (environ 150000 euros), pierre angulaire de notre équipe avant sa blessure et qui n’avait plus la tête, ni les jambes (?) au club depuis son retour en septembre dernier. Bordeaux aura réussi à la faire partir en janvier, libérant ainsi des liquidités pour l’arrivée de l’ancien stéphanois Josuha Guilavogui. De ce point de vue-là, le club réalise un bon coup financier et « normalement », sportif.

Dans cette dernière ligne droite, il reste tout de même Paul Baysse et Edson Mexer qui n’ont pas trouvé preneur et dont les salaires restent conséquents alors que le club ne devrait pas compter sur eux dans cette deuxième partie de saison. Pour ce dernier, le mercato n’est pas terminé, comme pour Mehdi Zerkane, qui souhaite cependant rester et s’imposer.

Focus sur les arrivées

Pour Josuha Guilavogui, sur le papier tout le monde est convaincu (voir ci-dessus). Concernant Marcelo, de par son âge, sa fin d’aventure lyonnaise, son salaire (autour de 200000 euros ?) et ses qualités moyennes de relance, la question se pose sur la pertinence de ce choix.
De plus, la question d’une valeur ajoutée, par rapport à Laurent Koscielny (dont nous payons le salaire dans l’accord) ajoute à la méfiance vis à vis de ce joueur. Pas de sa mentalité et de sa volonté de réussir, en revanche.

L’analyse de la direction est différente. Il fallait pour eux un changement en profondeur dans une équipe encore trop marquée par les dernières années. Marcelo, comme Josuha Guilavogui, par sa mentalité, son expérience, sa fraîcheur va stabiliser une défense à l’agonie et faire souffler un vent nouveau. A voir dans les prochaines semaines. Attention, tout de même d’avoir à ses côtés un joueur capable de relancer proprement, le premier choix Phil Jones (qui a un physique très fragile) ne correspondait pas du tout à ce profil.

Deux joueurs en difficulté dans ce domaine peuvent fragiliser un ensemble. Vladimir Petkovic souhaite t-il repartir en 3-5-2 ? Les prochaines rencontres apporteront une réponse plus précise sur cette question. Mais depuis le départ, l’effectif a été construit pour jouer à quatre derrière.

La signature tardive d’Anel Ahmedhodzic renforce en tout cas l’idée d’une présence physique plus imposante en charnière centrale. Jeune (22 ans) mais titulaire indiscutable en Suède et international avec la Bosnie, il a participé à la Ligue des Champions et il est décrit comme un grand espoir. Encourageant !

Danylo Ignatenko est un pari sur l’avenir, il fait partie de la politique de trading de Gérard Lopez. Rien à dire pour le moment sur le joueur, sur la partie financière nous sommes sur un « nouveau » prêt avec une option d’achat autour de 2,5 millions. En fonction du sentiment de la direction sur une possible plus value et des finances du club, Admar Lopes et Gérard Lopez décideront ou non de la lever.

La question de l’adaptation

Une nouvelle charnière centrale, un nouveau milieu défensif, comme Saint-Etienne, Bordeaux a été actif pendant ce mercato hivernal pour se sauver mais comme pour les Verts, les nouveaux joueurs n’auront aucun temps d’adaptation, il faudra absolument emmagasiner le maximum de points possibles dans les 3 prochains mois pour éviter une fin de saison stressante. De plus, comment vont se comporter les joueurs prêtés (ils sont nombreux voir ci-dessous), seront-ils pleinement concentrés sur la survie du club si leur histoire bordelaise touche à sa fin ou qu’ils sont dans l’indécision sur leur futur ?

Une équipe de prêtés ?

Les finances Bordelaises sont toujours compliquées et nous voyons bien la difficulté pour notre club de faire des transactions (hors prêt). Tous ces prêts ont le mérite à terme de contrôler la masse salariale, d’ailleurs de gros efforts ont été réalisés pendant ces 2 mercato sur ce point.

A la fin de la saison, il se posera tout de même la question de confirmer l’achat de certains joueurs (si Bordeaux se maintient évidemment) ou repartir avec un nouveau groupe, avec la difficulté que cela comporte (créer à nouveau du lien, des automatismes…).

Pour bien comprendre, voici la liste des joueurs et le montant des options d’achat afin de voir l’importance de cette question. Plus de la moitié de ces joueurs sont des titulaires, les autres rentrent dans le principe de rotation.

Toutes les options d’achat (montant donné par les sites spécialisés) :

Ricardo Mangas – 2 millions (Gideon Mensah – 2 Millions)
Timothée Pembélé – 8 millions
Alberth Elis – 6 millions
Javairo Dilrosun (en balance avec Rémi Oudin) – 7 millions
Josuha Guilavogui – 600000 euros
Danylo Ignatenko – 2,5 millions
Anel Ahmedhodžić – 4 millions

Montant : entre 25 et 30 millions

Si on regarde de plus près, Alberth Elis devrait rester à Bordeaux, Ricardo Mangas et Gideon Mensah pourraient également être conservés même si pour le moment ils n’ont pas convaincu. Pour Josuha Guilavogui, pas de doute. Timothée Pembélé a été inconstant mais il a 19 ans et sur certaines rencontres, il a démontré un énorme potentiel, Bordeaux ferait peut-être une erreur en ne le conservant pas, mais c’est cher… Pour Javairô Dilrosun, le montant semble trop élevé par rapport à son rendement. Pour l’Ukrainien Danylo Ignatenko et Anel Ahmedhodžić, on imagine que ce sont des paris sur l’avenir autrement la question de leur venue cet hiver, même en prêt, se poserait.

Les ventes d’Aurélien Tchouaméni et Jules Koundé deviennent alors indispensables, comme celle de Hwang Ui-jo cet été (même s’il faudra le remplacer) car pour le moment, Bordeaux ne possède pas vraiment son effectif et ne peut pas donc faire le trading souhaité. Sans ces éléments, le mercato bordelais de l’été 2022 pourrait ressembler à celui de 2021, des coups en prêt et espérer l’explosion d’un ou deux joueurs minimum de son effectif. Tout recommencer encore pour une nouvelle année de transition.

L’équipe Post Mercato ?

En 4-4-2 :

      

En 3-5-2 :

 

 

Bilan du mercato

Positif :

– Baisse de la masse salariale
– Départ de quelques indésirables
– L’arrivée de Josuha Guilavogui
– Le pari Anel Ahmedhodzic

Négatif :

– Toujours plus de joueurs en prêt (manque de visibilité sur le futur)
– Un nombre encore trop important de joueurs sous contrat

A voir :

– Le départ de certains cadres sur l’ambiance générale du groupe et ses résultats
– L’apport de la nouvelle charnière centrale.

La politique du club sera jugée sur les résultats, Gérard Lopez a tenu sa promesse sur son souhait de régénérer ce groupe, on peut lui reconnaître. Sur le mercato d’été, plusieurs choix d’Admar Lopes ont déçu (Ricardo Mangas, Fransergio, Gideon Mensah, Stian Gregersen, M’Baye Niang) même si on peut leur laisser « encore un peu » l’excuse de l’adaptation. Alberth Elis et à un degré moindre Timothée Pembélé et Junior Onana sont plutôt des bonnes trouvailles. Attention tout de même, il faudra sortir le chéquier pour avoir les deux premiers en fin de saison (12 millions d’euros).

Dans ce mercato, Bordeaux a surtout souhaité remplacer des cadres (Laurent Koscielny et Otavio) par d’autres cadres. Plus, comme toujours avec Gérard Lopez, la recherche d’opportunités Danylo Ignatenko…

De leur adaptation dépend l’avenir de notre club. Ce mercato se termine, une nouvelle page s’ouvre mais pour Vladimir Petkovic, toujours la même urgence pour lui et pour le club.

Un mercato réussi ? Un mercato prometteur mais nous pourrons répondre à cette question si Bordeaux sauve sa peau en ligue 1 et si nous avons l’impression d’avoir une équipe qui prend forme en nous laissant espérer un retour à une place plus conforme à notre standing.

Et pour vous, le mercato est-il réussi ?