Daniel Riolo : “C’était le club géré par le notable de province, Claude Bez tout puissant, avec son caractère. Il représentait, il incarnait Bordeaux”

Daniel Riolo, en promotion pour son livre Cher Football Français, dans GirondinsAnalyse, a livré ses impressions sur la perte d’identité progressive des clubs français comme c’est le cas des Girondins de Bordeaux.

« Le type qui aime son club, c’est un peu comme s’il faisait une délégation de passion aux gens qui vont gérer son club. A travers les joueurs qui représentent le club sur le terrain et les dirigeants qui gèrent le club, c’est un peu comme si on faisait un investissement passion. Quand on s’aperçoit que les joueurs et les dirigeants ne sont pas à la hauteur de cet investissement, d’abord il y a la déception, mais cela peut aller encore plus loin quand on déracine les supporters. C’est ce qui arrive à Bordeaux en ce moment. Il y a énormément de déception sur les dernières années chez les supporters en France, parce que le système a été travesti complétement. Ce système produit des joueurs qui ne sont pas réellement attachés à l’entité qu’ils sont censés représenter, mais ils savent qu’ils sont dans un système d’achat-vente de joueurs, et qu’en gros très vite ils vont être vendus. Ils n’ont pas le temps de s’attacher pour le club dans lequel ils évoluent […] En termes d’attachement culturel, et de clubs qui représentent quelque chose, je vais rester sur les Girondins de Bordeaux. En fait, dans les années 80-90, on n’avait pas beaucoup plus de résultats en Coupe d’Europe, mais ce sont les années fastes du football français, tout le monde fait une finale… Bordeaux, tu savais – je ne sais pas si l’image va vous plaire – que c’était le club géré par le notable de province, Claude Bez tout puissant, avec son caractère. Il représentait, il incarnait Bordeaux. Je me souviens, j’étais petit, je regardais, il y avait Chaban Delmas qui était en tribunes, et je me disais quand même quoi… Même le mec qui ne s’y connait pas en histoire, il sait qui est Chaban Delmas : résistant, maire de Bordeaux… Avec Claude Bez qui est le notable, le représentant dans la ville. Il y avait quelque chose, pour moi c’était identifié. Et sans parler des joueurs, Giresse et compagnie… Même après le départ de Bez, il y a eu quand même, mine de rien, des joueurs emblématiques : Duga, Zidane, Liza… Les Présidents qui passaient n’étaient peut-être pas complétement bordelais, mais bon, ils faisaient perdurer un peu ça. Et après ça s’est écroulé. Chaque club pouvait être résumé à un ou deux mots, c’était identifié à quelque chose. Aujourd’hui, tout ça tend à foutre le camp, on ne sait plus trop. Cette déperdition du football français, c’est un peu ce que je raconte dans le livre. On s’est noyé dans la mondialisation, et on a eu une perte d’identité un peu à tous les niveaux ».

Retranscription Girondins4Ever