[Interview G4E] Luc Davaillon (Poitiers) : “Ils sortent d’une performance où ils n’ont pas réussi à marquer, donc ils vont essayer de se rassurer, de nous mettre la pression très rapidement”
Avant la rencontre entre le club des Girondins de Bordeaux et celui du Stade Poitevin, comptant pour la 21ème journée du championnat de National 2, nous nous sommes entretenus avec Luc Davaillon, entraîneur du club poitevin depuis 2023. Avec lui nous évoquons le match aller, le début de saison, les formes actuelles, les Girondins, la lutte pour le maintien et la montée, la rencontre à venir et plein d’autres sujets… Interview.
Lors du match aller, les Girondins de Bordeaux étaient venus s’imposer 3 buts à 0 sur votre pelouse. Que retenez-vous de cette rencontre ?
Je retiens le fait qu’on n’ait pas fait la prestation que l’on avait envie de faire, dans le sens où on était dans une bonne période, on avait bien débuté notre championnat. Je crois qu’on était à trois victoires, un match nul, lors de nos trois premiers matchs avant de rencontrer les Girondins. On a eu des situations en première mi-temps qui auraient pu nous permettre de libérer un peu l’équipe, libérer les joueurs. Malheureusement, on n’a pas réussi à concrétiser ces actions, ce qui fait que derrière, on a subi les choses plutôt qu’être des acteurs de ce match-là. C’est un des regrets de ce match aller.
Bordeaux sortait d’une défaite 2-1 à Saint-Malo et d’un match nul 1-1 à domicile face à Angoulême. Ils étaient déjà sous pression avec leur entraîneur Bruno Irles tandis que vous sortiez d’une défaite 4-0 à Avranches. L’enchaînement fut trop compliqué ?
C’était après Avranches, Bordeaux ? Ce qui est plutôt logique d’ailleurs, vu qu’on a joué Avranches ce week-end. On avait fait Avranches, Bordeaux le week-end et avant on avait joué à domicile… Malgré tout, on était sur une bonne série au début de championnat. On a encaissé sept buts en deux matchs, quatre à Avranches puis trois contre Bordeaux, alors qu’on était très bien partis. Oui, c’est ça. Du coup, c’est aussi ce qui avait fait qu’on doutait un peu avant ce match-là et du coup, on n’avait pas réussi à se libérer. Donc je ne sais pas. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que ce match-là, on a été plutôt, plus spectateurs qu’acteurs et c’est le regret que j’ai de cette prestation.
Pourtant vous aviez pris 11 points sur 15 avec trois victoires et deux matchs nuls lors des 5 premières journées. Comment expliquez-vous ce coup de moins bien depuis ?
On a eu un mois de Janvier très compliqué pour diverses raisons. Ça arrive dans une saison et on essaie de tout faire pour inverser la tendance et retrouver les repères. On a surtout eu des soucis au niveau offensif, parce que malheureusement, on a perdu notre attaquant qui était en forme au début de saison, Ansley Pannelle, sur un claquage en Coupe de France. Puis le second attaquant qu’on avait recruté, sur qui on fondait beaucoup d’espoir, Olivier Boissy, qui a eu des problèmes de santé durant le match contre Saumur et qu’on n’a pas pu récupérer. Du coup, on a fonctionné avec pas mal de joueurs qui ont tourné au poste d’avant-centre sans trouver réellement la bonne formule.
Dernièrement vous restez sur un match nul 0-0 contre Avranches alors que vous étiez restés sur une longue période sans jouer à cause des intempéries. De quoi donner des motifs de satisfaction ?
Oui, le match de ce week-end était plutôt encourageant puis nous a rassuré sur le fait qu’on puisse repartir sur de bonnes bases dans cette compétition parce que quand on ne joue pas depuis un mois, c’est toujours compliqué. On a fait des matchs amicaux, malgré tout ça, ça ne se rapprochera jamais réellement de la compétition. Au final, on avait hâte d’en découdre, dans le sens où, quand on se prépare comme ça pendant un mois à ne faire que des entraînements, des matchs amicaux, on a quand même envie de se confronter à nos adversaires du championnat. Au final, Avranches, qui est une bonne équipe de la poule, qui a des joueurs confirmés, qui est capable de mettre à mal n’importe quelle équipe de la poule, on a réussi à les maîtriser. Malheureusement, on regrette quand même, malgré tout, de ne pas avoir été suffisamment efficace avec le ballon et d’avoir mis plus de danger devant ce but.
La saison dernière vous aviez réussi à vous maintenir devant la DNCG. Cette saison, sportivement rien n’est encore joué et la lutte pour le maintien sera intense ?
Oui, bien sûr. C’est quelque chose auquel on est préparé. D’abord, on s’est maintenu sur le terrain la saison dernière. On s’est maintenu sur le terrain. Cette année, si on doit faire la même chose, on est préparé à ça.
Quelles différences avez-vous pu noter dans le groupe entre la saison dernière et celle-ci ?
Entre cette saison et la saison dernière, je trouve qu’il n’y a pas énormément de différences parce que si on regarde bien l’écart… Alors, effectivement, il y a plutôt deux championnats avec une première partie de tableau qui ne luttera pas pour le maintien et puis une grosse deuxième partie de tableau qui luttera pour le maintien. Mais là où ça se ressemble beaucoup, je trouve, c’est dans l’homogénéité de la poule et le fait que les résultats, on le voit encore ce week-end, ne sont jamais écrits à l’avance. Il y a très peu de matchs où on peut donner le score à l’avance puisque les équipes sont proches les unes des autres. Et c’est ce que je trouve intéressant, c’est qu’il y a vraiment une homogénéité globale qui était déjà là, à mon sens, l’année passée. Et l’année dernière, on a vu, d’ailleurs, pour le maintien comme pour la montée, tout s’est joué à la fin et il n’y a rien eu d’écrit avant. Si notre groupe est très relevé et si ça joue beaucoup plus que dans les deux autres ? Après moi, je n’aime pas faire les comparaisons. Mais oui, effectivement, a priori, les styles de jeu sont différents dans notre poule que dans la poule du Sud, etc. Mais moi, je ne suis pas trop… Je me concentre surtout sur notre poule (sourire). Et ce que je peux vous dire, c’est que c’est homogène et que les matchs sont souvent très serrés.
Les Girondins jouent eux pour la première place du championnat et une accession en Ligue 3. Comment voyez-vous cette lutte avec le club de La Roche ?
Ce que je vois, c’est que pour l’instant, personne ne réussit à se détacher réellement. Les deux équipes ont encore fait un match nul ce week-end. Ce que je vois, c’est qu’il faudra surtout être efficace, à mon sens, contre les équipes de bas de tableau. Parce que perdre des points contre des équipes de bas de tableau, ça peut entamer le fait de pouvoir accéder à la Ligue 3. Après, vu que les équipes de haut de tableau sont aussi très serrées et très denses, on peut perdre des points très facilement. Là, on voit Les Herbiers qui ont accroché La Roche, mais ce n’est pas du tout étonnant sur le niveau des deux équipes. Là, Angoulême qui n’a pas pris de but contre Bordeaux, ce n’est pas étonnant non plus, puisque ça fait partie des meilleures défenses malgré leur contre-performance contre Bayonne. Ce que je veux vous dire par là, c’est que pour moi, il n’y a rien d’écrit. Et même Bayonne, qui est troisième, on a vu l’an passé l’expérience de Saint-Brieuc, qui a fait une remontée fantastique à la fin et qui a réussi à accéder au National. Pour moi, il ne faut oublier personne. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur Bordeaux et La Roche-sur-Yon. parce que Bordeaux et La Roche-sur-Yon ont montré aussi qu’ils pouvaient perdre des points. Pour l’instant, il n’y a personne qui avait montré un visage où ils pouvaient avoir un parcours linéaire.
Pensez-vous que d’autres clubs peuvent rentrer dans la danse comme Bayonne ou Angoulême, à l’image du Stade Briochin la saison dernière qui avait coiffé tout le monde au poteau ?
Angoulême, je pense qu’ils sont trop loin. Angoulême, je pense qu’ils sont bien trop loin. En tout cas je ne m’amuserais pas à faire un pronostic là-dessus parce que l’expérience de l’an passé rappelle à tout le monde qu’à force de voir Saint-Malo monter en National, les autres se sont approchés et sont passés devant à la fin.
Samedi vous allez vous rendre au Stade Atlantique. Comment voyez-vous le début de rencontre ?
Je pense que Bordeaux va essayer d’imprimer quelque chose dès le départ. Ils sortent d’une performance où ils n’ont pas réussi à marquer, donc je pense qu’ils vont essayer de se rassurer, de nous mettre la pression très rapidement, ce qui est plutôt logique. Du coup, il va falloir qu’on résiste à ça et qu’on soit capables après d’utiliser l’espace qu’il y a sur ce terrain pour pouvoir nous aussi créer des choses et être à l’inverse de ce qu’on a pu faire au match aller où on a été plutôt spectateurs, comme je vous dis, et ne pas être timorés. Nous aussi, montrer qu’on est capables de faire de belles choses avec le ballon, ce qu’on est réellement capables de faire, et jouer notre carte à fond, ça sera indéniable.
Votre effectif a pas mal évolué depuis la dernière fois où vous étiez venus. Est-ce qu’il va une nouvelle fois falloir préparer votre groupe à ce contexte du stade et des supporters ?
Déjà, il faut avoir réglé un maximum de choses en termes de détails puisqu’après, durant la rencontre, avec le bruit, c’est compliqué quand même de communiquer, c’est plus compliqué qu’ailleurs, on ne va pas se mentir. Mais malgré tout, après, j’ai plutôt tendance à penser que tout se passe à l’intérieur du rectangle vert et que ce qui se passe autour, on n’est pas du tout focalisé là-dessus, on n’est pas du tout attentif à ça parce que c’est tout ce qu’il faut pour passer à côté de sa performance. Du coup, nous, on sera vraiment concentré sur tout ce qu’il y a à l’intérieur du terrain et puis le reste, c’est sympa, c’est agréable, on ne va pas se mentir de jouer des matchs comme ça. Mais entre guillemets, ce ne sera pas ce qui nous intéressera samedi soir.
Puis à cette occasion il y aura aussi un anniversaire au stade, les 30 ans du match Bordeaux – Milan AC. Est-ce que vous vous souvenez de cette rencontre de légende ?
Oui, je m’en rappelle. Je ne suis pas trop jeune pour ne pas m’en rappeler (rires). Je me rappelle de cette génération de Bordeaux parce que j’étais au lycée à Châteauroux à l’époque et je crois que cette génération était venue jouer en Coupe de la Ligue contre la Berrichonne et j’avais été voir le match à l’époque où il y avait Didier Tholot, Witschge, etc… Bien sûr, Zidane, Lizarazu et Dugarry. La Berrichonne avait éliminé Bordeaux à cette époque-là en Coupe de la Ligue. Je me rappelle, je ne sais plus si c’est cette saison-là ou la saison précédente. Bref, tout ça pour dire que cette génération de Bordeaux a marqué beaucoup et puis pour les supporters de foot qu’on était, de voir que des jeunes talents arrivaient en Equipe de France, au-delà d’arriver à Bordeaux, c’était quelque chose de rassurant. On sortait de deux Coupes du Monde où on n’avait pas participé, et de voir qu’il y avait Zidane qui arrivait, même Dugarry, c’était un bel espoir à l’époque, Lizarazu, etc… C’était quelque chose de chouette pour tous les supporters du foot français. S’ils ont marqué toute une génération ? Oui c’est ça, puis les buts magnifiques qu’ils ont marqués ce jour-là, c’était vraiment un très beau match. Après, ils n’avaient pas existé contre le Bayern de Munich, je crois. Malgré tout, c’est une des belles pages du foot français, on va dire. Ça fait partie de ce que je disais tout à l’heure, c’est que ça fait partie des choses qui sont autour d’une rencontre et ça, c’est super sympa. C’est ce qui fait passer des belles soirées à tous les spectateurs. Nous, on sera concentrés sur notre performance (sourire).

Angoulême a réussi à contenir Bordeaux dans un match très dur au niveau de l’intensité, et le défi physique a été rude, même si des fois très limite. Est-ce un élément à prendre en compte pour faire déjouer Bordeaux ?
Ça fait partie des choses. Est-ce qu’on va accentuer beaucoup de choses là-dessus, je ne suis pas sûr, mais ce qui est sûr, c’est que ça fait partie des choses quand je vous disais qu’il ne faut pas être spectateur. C’est-à-dire qu’on doit réussir à être plus au contact qu’au match à aller et mettre plus de pression sur cet adversaire qu’au match aller. Est-ce que c’est réellement le défi physique ou est-ce que c’est juste un match de foot ? Ça fait partie des paramètres et des ingrédients qu’il faut mettre dans un match de foot pour réussir une belle performance. Effectivement, si on veut être acteur de cette rencontre, il ne faut pas qu’on regarde Bordeaux jouer.
Est-ce que vous êtes plutôt une équipe joueuse ou alors plus dans l’attente et laisser le ballon à l’adversaire pour contrer et jouer sur des transitions rapides ?
On essaie, enfin tout dépend… Comme je vous l’ai dit, on a pas mal de soucis au niveau de l’effectif, ce qui fait qu’on a été surtout obligé de s’adapter. Mais on a des joueurs de foot qui, comme toutes les équipes, aiment avoir le ballon et qui aiment proposer des choses. Simplement, dans la période actuelle, vu qu’on n’a pas eu des bons résultats au mois de Janvier, on avait surtout envie de se rassurer. Je pense que ce sera le cas encore à Bordeaux et que la priorité pour nous, ce sera avant tout pour exister dans ce match-là, de ne pas donner trop d’espace à cet adversaire. Du coup, peut-être que dans un premier temps, effectivement on sera plus dans le fait de contenir l’adversaire plutôt qu’essayer de s’éparpiller partout sur le terrain.
Est-ce que ce seront les clés du match selon vous ?
Oui, c’est ça et puis l’efficacité. Effectivement, on est la moins bonne attaque de la poule. Mais malgré tout, ces derniers temps, en plus de ne pas avoir énormément d’occasions, on n’a pas eu beaucoup de réussite et beaucoup d’efficacité. Donc je pense qu’une des clés, ce sera aussi le fait de retrouver de l’efficacité et d’être capable de piquer notre adversaire quand on aura l’opportunité de le faire.
Que peut-on vous souhaiter d’ici la fin de saison hormis un maintien rapide ?
Un maintien rapide (rires).
Un GRAND Merci à Luc Davaillon pour sa disponibilité, sa vision du football et sa gentillesse.



