InterviewG4E. Eric Rabesandratana : “J’ai toujours bien aimé ce club des Girondins, je ne saurais pas expliquer pourquoi”

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Eric Rabesandratana est “étiqueté” Paris Saint-Germain pour la plupart d’entre nous. Et pourtant, il a commencé sa carrière et a disputé son plus grand nombre de matches en professionnel à Nancy, où il fut lancé par un certain Aimé Jacquet, en 1990-1991. C’est uniquement ensuite qu’il rejoignit le PSG, où il resta quatre saisons. D’ailleurs, il croisa lors de sa longue carrière de nombreux joueurs des Girondins de Bordeaux, comme Alain Roche avec qui il fut aligné en défense centrale dans le club de la capitale. Vous allez découvrir que l’ex-défenseur, devenu consultant, a toujours eu un œil sur le club au scapulaire, qu’il apprécie vraiment, sans pourtant autant réellement l’expliquer. Peut-être sa proximité avec la « Belle Endormie » à la fin de sa carrière, puisqu’il s’installa du côté de Saint-Emilion plusieurs mois. Avant la rencontre de ce soir, découvrez ou redécouvrez Eric Rabesandratana. Interview.

 

Pour commencer, on va prendre de vos nouvelles. Après votre carrière de joueur professionnel, vous avez passé votre diplôme d’entraîneur et vous proposez aujourd’hui des stages pour les jeunes en Haut-de-Seine en parallèle des consultances sur différentes radios.

Exactement. Pour les commentaires, je fais les commentaires des matchs du Paris Saint-Germain sur France Bleue Paris. Ensuite, j’ai une activité sur Canal + Afrique où je fais les commentaires du championnat turc et quelques interventions, de temps en temps, sur RFI, pour parler du football actuel, la Ligue 1 et l’actualité africaine.

 

Vous avez joué quatre saisons au PSG. Lors de votre première saison, vous remportez deux trophées dont une finale de Coupe de la Ligue remportée face aux Girondins de Bordeaux. Une finale épique, 2-2 après prolongations et finalement une victoire parisienne aux tirs aux buts, dont vous marquez le premier pour le PSG, d’ailleurs. Quels sont vos souvenirs de cette finale ?

Oui, désolé (rires). C’est un fantastique souvenir. C’était le premier match officiel au Stade de France, donc c’était un événement un peu particulier, d’autant plus que c’était une première finale pour moi. Du coup, ça a mélangé pas mal de sensations. J’étais dans une équipe qui avait l’habitude de gagner les championnats ou les finales de coupe, donc c’était une chance pour moi d’en faire partie. Après, ça a été un match fantastique car il y a eu plein de rebondissements. Et un final superbe pour moi car forcément, nous avons gagné. Mais c’est sûr que ça reste un souvenir plus dur pour les bordelais, d’autant plus avec l’épisode de François Grenet qui se fait mal sur la glissade de Franck Gava. Il ne contrôle pas son intervention et il blesse. Ça m’a fait mal au cœur mais ce sont des faits de jeu qui arrivent de temps en temps dans le football.

 

Eric Rabesandratana
( Photo by Eric RENARD / Onze / Icon Sport )

 

A Paris, vous avez notamment joué avec Alain Roche, qui a joué 6 saisons aux Girondins. Lors de votre première saison, vous profitez de sa blessure pour avoir votre chance et finalement à son retour vous êtes alignés ensemble. Que pouvez-vous nous dire sur votre relation sur le terrain avec lui à l’époque ?

C’est exactement comme ça que ça s’est passé, en effet. Il a fallu que j’attende qu’Alain se blesse au genou pour avoir ma chance. Quand il est revenu de blessure, que j’avais assuré l’intérim et que ça s’était plutôt bien passé, Ricardo a essayé de nous mettre ensemble. Il a réfléchi à un schéma pour mettre Paul Le Guen, Alain Roche et moi, et ça s’est très bien passé. Je pense que ça nous a aidé car on était assez complémentaires, c’était sympa.

 

Vous étiez entraîné à l’époque par Ricardo, qui a également entraîné à deux reprises les Girondins de Bordeaux. Que pouvez-vous nous dire de votre expérience avec lui ?

Il était assez discret comme entraîneur, mais très sympa. Après, moi, je l’ai très peu connu car c’était ma première année. Je n’ai pas beaucoup discuté avec lui mais nous avions une très bonne relation. C’était un super mec. Il était assez mystérieux pour moi car je ne le connaissais pas très bien mais dans l’ensemble, tout se passait bien. En plus, j’ai joué contre lui quand il jouait au PSG avant qu’il ne soit entraîneur. C’était une belle rencontre.

 

Lors de la saison 1998-1999, les Girondins de Bordeaux sont Champions de France, titre décroché à la dernière journée au Parc des Princes justement. Quels souvenirs gardez-vous de cette équipe, menée par Sylvain Wiltord, Lilian Laslandes et compagnie ?

C’était une superbe équipe. Elle a fait le championnat parfait et elle avait les joueurs pour le faire. C’était plutôt logique de les voir Champions à la fin de la saison. Après, bien sûr, on s’est fait allumer par les marseillais parce que les bordelais avaient gagné à Paris pour le dernier match de la saison, lors d’un match à rebondissements… Sauf qu’ils ont oublié qu’il y a deux matchs contre les bordelais qu’ils n’ont jamais gagné ! Et c’était tellement facile de se plaindre sur notre match à nous alors qu’eux n’avaient pas fait le boulot avant. C’est l’anecdote que je retiens sur la performance de Bordeaux à Paris sur ce dernier match. Mais franchement, ils méritaient largement ce championnat cette année-là.

 

Justement, à l’époque, il y avait notamment Rolland Courbis qui avait affirmé que « lorsqu’Adailton égalise et qu’il va devant le kop, qu’il écarte les bras… Il regarde à droite, à gauche, il se retrouve tout seul, et dit ‘putain, j’ai fait une connerie ?’… Les marseillais ont été assez critiques à ce sujet…

Non, mais les marseillais (rires)… On ne va pas les retenir, c’est quand ça les arrange aussi ! Donc là-dessus, il n’y a pas de souci. Bien sûr qu’il y avait certainement des joueurs qui n’étaient pas à fond du côté parisien. C’était notre dernier match de championnat et on ne jouait plus rien. Donc de ce côté-là, je n’ai aucun doute que tout le monde n’était pas à fond. Mais n’empêche qu’il y avait 2-0 et qu’on est revenu à 2-2 pour finalement perdre 3-2 à la dernière minute. Même en calculant et même en essayant de tricher, c’est plutôt difficile de réaliser ça. Après, on peut dire ce qu’on veut. Mais je répète, encore une fois, les marseillais ont eu deux fois l’occasion de gagner contre les bordelais, ils ne l’ont jamais fait. Donc déjà, fais ton boulot avant d’aller critiquer les autres !

 

Il y a tellement d’anecdotes sur ce match… on a entendu Francis Llacer qui a affirmé que plusieurs joueurs n’étaient pas à 100% motivés pour faire un résultat contre Bordeaux… et Lilian Laslandes qui a également affirmé avoir entendu le Parc des Princes chantait ‘allez Bordeaux’ pendant bien dix minutes.

Ah, ça c’est sûr que Francis, il était pas à 100%, c’était sûr ! Et pour les chants, c’est possible aussi oui ! J’avoue que je ne me rappelle plus trop car j’étais concentré sur le jeu, mais c’est bien possible. Parce que quand Bordeaux marquait, les supporters n’étaient pas du tout fâchés ou quoi que ce soit. Ils préféraient que ce soit Bordeaux qui gagne le championnat que les marseillais. J’imagine bien les parisiens aient fait ça oui !

 

Est-ce que dans votre carrière, vous avez été approché par les Girondins de Bordeaux ?

Non, je n’ai jamais été approché et je l’ai regretté car j’aimais bien la région, où j’ai vécu deux ans après d’ailleurs. Si j’avais eu l’opportunité de venir à Bordeaux, je serais venu direct.

 

Quelle image aviez-vous du club à l’époque où vous étiez joueur ?

C’était un club difficile. Quand j’ai commencé à jouer contre eux, dans les années 90 et il y avait encore Jean-Marc Ferreri… Il y avait de supers joueurs. Avant tout ça, c’était déjà une équipe qui tournait, même avant les Ali Benarbia, Sylvain Wiltord… Ça a toujours été un club qui faisait partie des clubs importants du championnat français. J’ai toujours bien aimé ce club, je ne saurais pas expliquer pourquoi.

 

Et aujourd’hui, est-ce que vous trouvez que l’image du club a changé ?

Oui, surtout dernièrement ! Ils ne sont plus trop performants comme ils auraient pu l’être auparavant. Ils sont plus dans une période de transition, je dirais.

 

Eric Rabesandratana
Photo Icon Sport

 

Le club a été racheté par un fonds d’investissement américain, il y a peu. Le club rencontre de nombreuses difficultés depuis ce changement de propriétaires et de présidence. De fortes tensions subsistent notamment entre le président et les supporters, qui sont à un point de non-retour. Vous qui avez joué à Paris et qui êtes supporter du PSG, que pensez-vous de ce type d’investissement, que le PSG a également connu avec l’arrivée des Qataris…

Paris a connu un rachat oui, mais avec plus de moyens. Après, c’est un peu dommage de voir ce club comme ça, alors qu’on a eu l’habitude de le voir dans le haut de tableau. Le problème avec les supporters, il disparaîtra le jour où il y aura des résultats sportifs. Ça changera certainement la donne. C’est la première chose à faire, avoir des résultats sportifs pour remettre le club au niveau que les supporters espèrent le voir. Parce que de l’avoir vu longtemps devant et le voir comme ça en difficulté, c’est sûr que c’est difficile pour les supporters et c’est ça qui est embêtant. Après, ça prend du temps la transition, il faut voir s’ils sont là réellement pour développer le club ou si c’est juste un investissement pour faire du commerce, comme ça peut l’être à Lille ou à Monaco.

 

C’est justement la critique que font les supporters, à savoir que la nouvelle direction souhaite créer une marque, basée sur Bordeaux et retirer les Girondins pour la commercialiser.

Si tu n’as pas les résultats, tu peux essayer de faire toute la marque que tu veux… Mais les gens ne vont pas adhérer et en plus pour faire venir des joueurs, il faut des résultats. Donc c’est compliqué, c’est un peu un cercle vicieux. Il faut surtout penser football et pas penser commerce.

 

Les Girondins de Bordeaux ont vu arriver Laurent Koscielny cette saison, qui est un élément fort pour structurer la défense. Est-ce que cette venue vous a étonné et que pensez-vous de sa saison à Bordeaux ?

Non, ça ne m’a pas étonné. Et je trouve ça bien de prendre des joueurs comme lui. Il faut un ancien dans chaque ligne pour avoir une équipe plus structurée et expérimentée. Maintenant, c’est toujours pareil, il faut des sous pour ramener des joueurs. Je ne sais pas quel est le niveau financier du fonds d’investissement américain.

 

Le projet de Bordeaux se construit autour de l’entraîneur Paulo Sousa. Il a essayé plusieurs schémas tactiques depuis son arrivée. Il essaie de s’adapter à son groupe, qu’il juge encore incomplet, puisqu’il manque selon lui un avant-centre. Que pensez-vous de sa façon de travailler ?

Il a l’air pas mal. C’est quelqu’un de sérieux. Après, je ne regarde pas tous les matchs des bordelais donc c’est compliqué de juger tout le travail qu’il a pu faire mais sur ce que j’ai vu c’est plutôt intéressant. Maintenant, il faut voir s’il a réussi à faire passer son message et que les joueurs y soient réceptifs. C’est ça, le plus dur dans le football et c’est ce qui va faire la différence.

 

Dimanche soir, le PSG accueille les Girondins. Comment voyez-vous le match ? Compliqué pour Bordeaux ?

Oui, ça risque d’être compliqué pour Bordeaux. Il faudra que les parisiens arrivent légers comme ils ont pu l’être face à Dortmund. Même si finalement, ils ont réussi à bien gérer le club allemand puisqu’ils s’en sortent bien avec seulement un but d’écart. Les parisiens vont devoir bien se préparer pour le match retour et ça commence par bien travailler tous les matchs qu’ils vont jouer jusqu’au match retour, et ça commence avec Bordeaux. Donc j’imagine qu’ils vont être très sérieux contre Bordeaux.

 

Un pronostic ?

Je ne suis pas très bon pour les pronostics. Je dirais qu’il y a quand même la fatigue du match de mardi, mais comme ils ont la possibilité de tourner un peu l’effectif… Je miserais quand même sur un 4-1 !

Merci Eric, bonne continuation, et à bientôt ! 

Eric Rabesandratana
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