InterviewG4E. Caroline Thiebaut : “Après les supporters, la personne la plus déçue de toute cette histoire c’est Joe. Vraiment”

Agent, communicante, attachée de presse et manager, telles sont les casquettes de Caroline Thiebaut. L’un de ses rôles, elle l’a endossé aux Girondins de Bordeaux, et plus précisément avec Joe DaGrosa, l’ancien Président du FCGB. C’est d’ailleurs elle que l’on vit aux côtés de « Joe » le jour de son ‘investiture’ et de l’officialisation du rachat du club, début juin 2018. S’il pleuvait un peu ce jour-là, et que cela aurait pu annoncer un peu la couleur sur ce qui allait se passer au club, elle fut abritée sous le parapluie tenu élégamment par le patron de GACP. Mais ne vous trompez pas, c’est elle qui teint ensuite ce parapluie, étant dans son rôle. Protectrice, notamment face aux critiques, il s’agit bien d’un de ses rôles et plus que ça, un trait de caractère. Nous l’avions quittée par rapport au club au scapulaire, au moment du rachat des parts de GACP par King Street, sur un message et surtout une promesse : « Joe ne s’est pas foutu de vous. Bien au contraire. Il n’a qu’une hâte, pouvoir vous parler et vous expliquer. Sincèrement ». Malheureusement, entre-temps, des clauses de confidentialité ont surgi, et cela devait s’arrêter là. Quatre mois plus tard, nous sommes ainsi revenus sur ce dialogue manqué, qui n’aura cependant probablement pas lieu avant plusieurs années. Nous aurons également quelques éclaircissements de la part de Caroline qui est restée en contact avec Joseph Junior car « la communication n’est pas le seul paramètre de mon travail. Il y a l’affect et l’aspect humain également ». Sur ce point, difficile d’aller à l’encontre de ce qu’est Caroline à savoir une personne de bonne humeur constante, qui n’a eu de cesse de dialoguer avec nous, ou plus généralement les supporters, à chaque fois qu’elle fut sollicitée. Il y a encore quelques semaines, c’est un ancien bordelais qui nous louait la qualité de son travail, mais aussi tout simplement de sa personne (lire ICI). Interview.

 

Lors de l’annonce officielle du rachat des Girondins de Bordeaux par la GACP, on a vu que tu étais présente. Quelles étaient tes relations avec Joe DaGrosa ? Comment l’as-tu rencontré ?

Je l’ai rencontré par l’intermédiaire de Thierry Braillard, que j’ai connu lors de la campagne d’Emmanuel Macron et avec qui je m’entends bien. Il m’avait conseillé juridiquement sur 2-3 cas et on a sympathisé. Il m’avait dit qu’effectivement, le club risquait d’être racheté et qu’ils recherchaient un(e) communicant(e). J’ai donc postulé en montant un dossier en français et en anglais, j’ai passé les entretiens et j’ai été choisie.

 

Comment étaient tes relations de travail avec Joe DaGrosa ?

Ca s’est passé extrêmement bien. Je sais que ça va surprendre tout le monde, mais Joe est quelqu’un de très humain, vraiment bienveillant. Il sait vraiment bien gérer ses moments de colère, s’il en a, sans que personne ne s’en rende compte. J’ai beaucoup d’affect pour lui alors que pourtant, au début, notre relation n’a pas débuté sur de bonnes bases. Il doutait beaucoup de moi et de mes capacités. On a eu des moments de stand-by durant les deux premiers mois jusqu’à ce que je fasse mes preuves, ce qui était normal. Ensuite, on a eu une excellente relation qui perdure aujourd’hui avec une confiance l’un envers l’autre.

 

Que représentait pour lui cet achat du club ?

C’était énorme pour lui. C’est quelqu’un qui a toujours voulu investir dans le sport, en France et en Europe. Cette opportunité était assez incroyable pour lui et il n’a pas voulu passer à côté. Il a adoré cette expérience. Parfois, je lis des propos sur Twitter… maintenant je n’y réponds plus car ça me fatigue un peu, mais certaines personnes disent qu’il les a plantées, qu’il les a insultées, etc… Mais, je pense qu’après les supporters, la personne la plus déçue de toute cette histoire c’est Joe. Vraiment. Il faisait tout pour que ça fonctionne. Il prenait à cœur toutes les rencontres que je lui proposais autour du sportif, à savoir l’aspect politique, humain, sociétal, humanitaire, bénévole… Il écoutait tout, tout le temps.

 

Peux-tu nous dire pourquoi King Street a racheté ses parts ? Sa volonté était-elle vraiment de garder les Girondins ?

Je ne veux pas rentrer de nouveau dans une polémique qui pourrait exploser, notamment parce que très sincèrement, je n’ai pas tous les tenants et les aboutissants. Il y a forcément des choses pour lesquelles je n’ai pas été informée, car ce n’était pas de mon ressort de l’être. Mais sa volonté était vraiment de garder les Girondins. Je pense que s’il avait eu les fonds personnels à disposition, King Street n’aurait pas racheté, il l’aurait fait, lui. C’était son bébé, vraiment.

Concernant le rachat, je pense que dès le départ, il y a eu une fracture avec l’arrivée de Longuépée, qui est un peu l’homme fort de King Street. On ne peut pas dire qu’il soit arrivé avec beaucoup de joie, d’empathie, de bienveillance et de compassion. C’était quelqu’un qui était très fermé et les choses se sont dégradées. Mais après, je répète que je n’ai peut-être pas toutes les informations et il y a peut-être des choses que je ne sais pas. Mais quand on voit le travail qui a été fait par GACP, notamment Joe et Hugo (Varela), je les englobe dans un groupe, comme aller recruter Paulo Sousa, Eduardo Macia et tout ce qui a été fait sur le sportif, c’est à eux qu’on le doit, et pas à King Street.

 

Les relations avec Frédéric Longuépée étaient donc compliquées ?

Personnellement, mes relations avec lui étaient compliquées car on ne se parlait pas. C’est quelqu’un qui me fuyait, qui me disait bonjour à demi-mot. Il a eu beaucoup de distance très rapidement, vis-à-vis de moi. Et comme je n’ai pas trop tendance à me laisser faire, je dis les choses telles qu’elles sont et ça n’a pas dû lui plaire. J’aime les gens transparents et francs. Quand les choses vont bien, on le dit mais quand elles ne vont pas bien, on s’explique aussi. Et avec lui, la communication était juste impossible.

 

Depuis, le club a été racheté, sans que Joe DaGrosa ne communique réellement. Est-ce qu’il continue de communiquer avec toi ?

Oui, bien sûr, je parle avec lui régulièrement. Et notre plus grande tristesse, c’est de ne pas avoir pu communiquer comme on l’aurait voulu. Il y a des choses, juridiquement parlant, qui sont possibles, et d’autres non. Là, encore, je n’ai pas les tenants et les aboutissants juridiques mais on ne pouvait pas communiquer. On en avait gros sur le cœur de ne pas pouvoir le faire vis-à-vis de plein de gens parce qu’on se devait de le faire. Joe a pris le temps de faire des petits mots à certaines personnalités du club, supporters y compris. De notre côté, tout était prêt, on savait ce qu’on avait à dire et on avait hâte de le dire, mais on n’a pas pu le faire et ça s’est terminé comme ça…

 

Tu as déclaré plusieurs fois sur Twitter qu’il avait pourtant hâte de communiquer. Donc ce qu’il l’en empêche aujourd’hui, ce sont des clauses juridiques, c’est bien ça ?

Oui, complètement. Car si, dès le départ, tout était ok, autant pour lui que pour moi, nous aurions parlé. On n’attendait que ça de pouvoir descendre à Bordeaux, se réunir avec les supporters et les piliers essentiels de ce club pour mieux communiquer, et évidemment avec les joueurs aussi. Il y a plein de gens à qui on aurait aimé dire des choses, qu’on aurait aimé remercier mais on n’a pas pu le faire.

 

Tu disais également qu’il était très touché par la situation. Peux-tu nous en dire plus ? Est-ce à cause du projet qui tombe à l’eau ou parce qu’il s’était attaché au club, la ville ?

Il s’était attaché au club, à l’effervescence de la Ligue 1, des matches, d’une compétition sportive, en soi. Il était dans le bain, il a une très bonne relation avec Hugo qui lui a permis de mettre un pied dans un univers qu’il ne connaissait pas. Il avait à cœur de réussir ce challenge-là. Et il y a aussi plein de personnes qu’il a rencontrées et qu’il a adorées. Je pense à Jacques D’Arrigo, comme beaucoup de personnes dans ce club. Ca l’a rendu triste de partir dans des conditions pareilles. C’est la vie. Le sport, c’est aussi des enjeux économiques.

 

Comment vois-tu le club aujourd’hui, maintenant que King Street est l’actionnaire principal ?

Très sincèrement, je ne suis plus ce qui s’y passe. Ca m’arrive de tomber sur les résultats des matches via Twitter. Par contre, je suis beaucoup les comptes de certaines personnalités du club, parce que je sais qu’ils sont tous contre King Street. J’étais abonnée à eux, avant tout ça. Des comptes comme celui de Diabaté33, de Florian Brunet, etc… Je les suis sur Twitter. Mais concernant le club, j’ai tellement été déçue par ce qui s’est passé que je ne suis plus.

 

Tu n’as donc plus de contact avec le club ?

Le seul contact que j’avais et que j’ai toujours, c’est Jacques D’Arrigo, mais il est parti. Je m’entendais vraiment bien avec lui et pour moi, c’était de loin, la personne la plus professionnelle et compétente. Il avait la capacité de faire des choses incroyables que peu ont vu, hormis Joe, qui lui a touché du doigt ce qu’il pouvait apporter au club.

 

Est-ce que tu as pu échanger de la situation du club notamment avec tes collaborateurs et anciens bordelais (Ludovic Obraniak, Rolland Courbis, Benoit Trémoulinas) qui se disent très touchés par ce qui se passe au club depuis de nombreux mois ?

Oui, on en a beaucoup parlé, notamment avec Ludovic Obraniak et Benoit Trémoulinas. Ce sont des consultants que j’ai présentés à GACP, quand j’ai récupéré la com’ de GACP. Comme c’était des anciens bordelais, j’ai trouvé que c’était judicieux, cohérent et légitime qu’ils viennent aux matches et qu’on les présente. D’autant plus que les deux ont été des joueurs assez importants pour le club, ils ont été adorés. Ils ont adoré Joe tout de suite, on avait même pensé à des potentiels postes d’ambassadeurs, ou pourquoi pas, intégrer le staff, etc… J’avais réfléchi à plusieurs projets, pas seulement parce que c’était mes consultants mais aussi parce que le feeling était bien passé. Je leur ai demandé leur avis en tant que sportifs car moi j’avais mon avis en tant que communicante. Et ils étaient très déçus. J’ai d’ailleurs lu un tweet à ce sujet une fois, où Ludovic ou Benoit, je ne sais plus, disait du mal de King Street et les gens répondaient que comme ils avaient le même agent que Joe -à savoir, moi- ils iraient dans son sens. J’ai répondu que tous mes consultants étaient libres de dire ce qu’ils pensaient, que je ne les oblige à rien. On est très souvent en désaccord, ce n’est pas pour ça que l’on ne s’aime pas. Là, il se trouve qu’on était d’accord sur la situation.

 

As-tu d’autres choses à ajouter ?

Je voulais juste dire que je trouve dommage que ça se soit terminé comme ça car il y avait tellement de choses incroyables à faire et qui étaient en cours. Des choses que les gens ne savent pas à cause de ce rachat de King Street. Je tiens à rappeler que c’est GACP qui a recruté Laurent Koscielny en provenance d’Arsenal et qu’à son arrivée, GACP a récupéré une équipe qui était 14ème lors de la première saison. Et l’équipe était 4ème du championnat lorsque King Street a pris le relais. C’est beaucoup de déception et de tristesse, mais c’est la loi du sport et du business. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Personnellement, j’ai adoré faire ça, j’ai adoré Joe et je l’adore toujours. C’était top !

 

Ils ne se battent pas, mais presque, pour l’avoir. Caroline possède un joli carnet d’adresses. De nombreuses personnalités, de secteurs divers et variés, lui font confiance. A commencer par le monde du sport et plus précisément d’anciens joueurs ou entraîneur des Girondins de Bordeaux que sont Ludovic Obraniak, Benoit Trémoulinas, ou Rolland Courbis. Du rugby également avec, et pas des moindres, des références dans ce domaine tels que Bernard Laporte, Yannick Nyanga, Dimitri Yachvili ou Laurent Labit. Sans oublier de nombreuses personnalités médiatiques comme Agathe Auproux, Catherine Laborde, Eric Naulleau, Morgane Miller, et bien d’autres…

Pour la contacter, sur Twitter ou Instagram, avec @carothiebaut

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