InterviewG4E. Giovanni Castaldi : “Bordeaux est une de mes villes préférées, j’ai toujours eu une forme de tendresse pour ce club-là”

A seulement 30 ans, Giovanni Castaldi a déjà un beau CV. Passé par Eurosport, Media365, CNews, ou encore Yahoo, il est aujourd’hui chez RTL et ce depuis 3 ans et demi, puis sur La Chaîne L’Equipe depuis août 2019. L’année dernière, et en ce début de saison, nous le suivions dans L’Equipe d’Estelle et L’Equipe du Soir, mais surtout dans le debrief de RTL, ‘On refait le match’. Cet été, l’actualité des Girondins de Bordeaux a été une nouvelle fois chargée en informations, et Giovanni a toujours eu un avis sur chaque sujet. C’est ainsi que nous avons voulu nous entretenir avec lui sur la situation actuelle du club au scapulaire, en abordant tous les thèmes de son actualité. Interview.

 

“Quelle image aviez-vous des Girondins de Bordeaux, que ce soit plus jeune, ou de manière globale ?

Le truc tout con mais pour moi, c’est le maillot Panzani (rires). De mémoire, je crois que c’est un des premiers maillots que j’ai eu quand j’étais enfant. Ensuite, forcément Zizou, Liza, Duga… Toute cette équipe-là que j’ai beaucoup appréciée. Evidemment la période avec Johan Micoud parce que c’est un joueur que j’aimais particulièrement. Mais ce qui m’a marqué, c’est quand j’avais à peu près 18-19 ans, j’allais commencer ma carrière de journaliste, et il y avait le Bordeaux de Laurent Blanc. Je dois avouer que mes premiers grands souvenirs où j’ai pu aller au stade, où j’ai pu voir des joueurs, c’est cette période avec Yoann Gourcuff, Marouane Chamakh… C’est une des équipes qui, dans l’histoire récente du championnat de France, m’a donné le plus de plaisir. En plus, j’avais un rapport un peu particulier parce qu’en France, Bordeaux c’est une de mes villes préférées, donc j’ai toujours eu une forme de tendresse pour ce club-là. Mais j’ai été très marqué par la période Laurent Blanc même si historiquement il y a eu des Girondins de Bordeaux très, très forts. C’est parce que je les suivais un peu de plus près que j’ai pris plaisir à regarder cette équipe.

 

Qu’est-ce que représentaient pour vous les Girondins de Bordeaux ?

Un des meilleurs clubs de France, déjà. Épopées européennes, grands joueurs, maillots mythiques… Pour moi, cela fait partie des 4-5 plus grands clubs de France, c’est ce que j’avais comme image des Girondins. Un vrai public, un vrai stade de foot, une vraie identité. C’était un club qui compte énormément en France, et qui n’est pas n’importe quoi à l’échelle de l’Europe. Au niveau de notre championnat, ce n’est pas si courant !

 

Depuis justement la période Laurent Blanc, beaucoup de choses ont changé, comme le standing ?

Oui, le standing a changé, mais ce n’est pas facile pour un club structuré comme les Girondins de Bordeaux d’être éliminé en quart de finale de Ligue des Champions, de digérer tout ça, de repartir sur un cycle… Tout le monde a une période un peu moins faste derrière. Ce qui me frappe énormément sur ces dernières années, c’est la capacité des Girondins à laisser partir des joueurs qu’ils devraient garder. Je ne dis pas que ce sont des joueur parfaits, aboutis, etc, mais quand je vois Zaydou Youssouf qui est parti à Saint-Etienne, Aurélien Tchouaméni à Monaco, ce sont des joueurs que jamais tu dois laisser partir, qui doivent réincarner un petit peu le futur des Girondins. Je trouve que Jules Koundé est parti un peu trop vite aussi. Ce sont des erreurs sur la formation, et en termes de recrutement. On ne peut pas dire qu’il n’y avait pas d’argent à Bordeaux, on ne peut pas dire ça. Il y a eu des joueurs qui sont arrivés, de l’argent de dépensé, mais c’est surtout un club qui à mes yeux, comme je le déplore pour pas mal de clubs français, a été trop fainéant dans les choix de joueurs. Ce qui s’est passé à Nice un peu avant le rachat où ils recrutaient malin, ce qui se passe aujourd’hui avec Reims : tu n’es pas obligé d’avoir une fortune pour être performant dans le championnat de France. Et à un moment, j’ai l’impression que Bordeaux s’est un peu trop reposé sur son statut, et a fait n’importe quoi dans les campagnes de recrutement. Je ne parle même pas des choix des hommes, des entraineurs. Jocelyn Gourvennec, je n’ai pas trouvé que tout était à jeter, Paulo Sousa pareil, mais c’est plus sur la direction sportive et les choix des joueurs.

 

Depuis maintenant près de deux ans, Bordeaux a été racheté par un fonds d’investissement américain. Quel regard portez-vous sur ce type de transaction ?

Si j’ai des gens sérieux qui rachètent un club, je trouve ça bien, parce qu’on est malheureusement dans un contexte économique à l’échelle mondiale du football où il faut de l’argent, très clairement. Il faut des moyens pour pouvoir briller dans le football européen. Bordeaux, quoi qu’on en dise, est une ville attractive, et je comprends que des investisseurs aient envie de mettre de l’argent dans le club, mais il y a aussi toute la ville, tout ce qu’il y a autour, il y a de vrais moyens. Cela peut être bien fait. A Nice, pour l’instant, c’est très bien géré. A Lille aussi avec Gérard Lopez. On peut aimer ou non ce qui se passe, mais pour l’instant ça marche. Quand ils ont vendu Pépé, tout le monde a dit qu’ils allaient s’écrouler, mais si le championnat allait au bout, je ne suis pas sûr que Rennes garde sa troisième place parce que la dynamique était inversée. Si tu as des investisseurs étrangers qui savent s’entourer, pas forcément qui connaissent mais qui ont l’humilité de s’entourer correctement, des gens qui connaissent le foot… En France, pour accéder aux places européennes, tu n’as pas forcément besoin de dépenser 450M€ comme en Angleterre. Si tu es malin, que tu bosses correctement, que tu accompagnes des jeunes joueurs talentueux – même si tu sais que tu ne peux pas les garder 5-6 ans – que tu les fais progresser et que tu arrives à les revendre, tu peux vite avoir un modèle économique qui est viable, sans mettre trop d’argent. Après, il ne faut pas tomber dans la caricature du trading, mais si c’est fait intelligemment, tu peux t’en sortir, ce qui n’a pas été le cas à Bordeaux.

 

Justement, à Bordeaux, c’est le business avant le sportif…

Là, c’est au-delà de ça, il n’y a même pas de business. François Kamano, tu devais le vendre il y a deux ans à Monaco 20M€, tu vas le revendre 5-6M€, c’est n’importe quoi. Pour le coup, là c’est tout fait à l’envers. Je parlais de Zaydou Youssouf, et Aurélien Tchouaméni. Ce dernier est plutôt bien vendu, mais c’est quand même un garçon qui avait un énorme potentiel. Youssouf, il est parti pour 2.5M€ à Saint-Etienne, c’est n’importe quoi… Un joueur comme Samuel Kalu est un joueur qui aurait pu beaucoup plus progresser à Bordeaux, qui aurait dû être mis en avant… Là, on n’est même pas sur quelque chose de prendre des jeunes joueurs comme à Lille et Monaco, pour les revendre. Là, très sincèrement, vu de l’extérieur, c’est géré n’importe comment. Il n’y a pas d’autre mot.

 

Remi Oudin

 

On a aujourd’hui près de 50 joueurs sous contrat, mais c’est surtout la masse salariale à Bordeaux qui a explosé.

Rémi Oudin par exemple, je n’ai rien contre lui, c’est un très bon joueur de Ligue 1. Comment peux-tu dépenser 10M€ pour Rémi Oudin ? En plus, tu avais un peu ce même profil car Nicolas De Préville est un joueur d’impact, qui peut faire des différences mais qui pêche un peu dans le dernier geste. Vu les profils que tu as, c’est incompréhensible. Les 10M€, il fallait les mettre ailleurs. C’est surtout ça qui me déçoit un peu parce que quand tu fais Rémi Oudin pour 10M€, et encore une fois je ne veux pas critiquer Rémi Oudin qui est un bon joueur de football… Mais à ce prix-là, tu peux acheter typiquement un joueur comme Victor Osimhen. Ce joueur, sans les bonus, c’est 10M€ quand il sort de Charleroi. Si Bordeaux travaillait correctement, ce genre de coup à 10M€, sur des joueurs avec un potentiel supérieur à celui de Rémi Oudin… Bordeaux est en capacité de le faire ! Ce n’est quand même pas insurmontable de convaincre un joueur qui joue en Belgique de venir à Bordeaux plutôt qu’à Lille, il y a plein d’autres aspects. Il y a plein d’exemples comme ça où tu as l’impression que ça ne travaille pas. C’est toujours dur de dire ça, mais en tout cas ça ne travaille pas correctement.

 

L’incarnation de ce projet, si on peut appeler ça un projet, c’est Frédéric Longuépée, avec qui les supporters, partenaires, salariés, et même certains joueurs sont en opposition. Que vous évoque ce conflit, et comprenez-vous qu’il soit encore en poste ?

Qu’il soit toujours en poste, ça, je fais partie de ceux, même si Monsieur Longuépée ne fait pas tout bien… Tu ne peux pas laisser le club aux supporters, ça ce n’est pas possible. Le principe d’un supporter c’est qu’il est passionné, parfois extrême, et que par conséquent il n’a pas toujours le recul nécessaire. Tu ne peux pas laisser un club être dirigé par les supporters. Maintenant, les échos que j’ai de Monsieur Longuépée, ce qui me terrifie, c’est qu’il y a visiblement pas mal de gens – et je parle des salariés du club – qui se plaignent beaucoup, qui sont partis en burnout… Ça, pour le coup, quand on connait un peu Le Haillan… C’est quand même une famille, un club réputé pour être plutôt familial. Tu ne peux pas arriver et mal traiter des gens qui ont consacré, entre guillemets, leur vie aux Girondins. C’est pour ça que je pense que l’arrivée d’Alain Roche et de Jean-Louis Gasset, des hommes qui sont très humains, qui connaissent le club et la maison… On peut dire que c’est un choix de com’ de la part des Girondins de Bordeaux, mais je pense que c’est aussi pour ramener un peu de calme dans toute la structure des Girondins, et ramener un peu d’humanité, de ne pas avoir l’impression que ce n’est que du business, qu’on n’en a rien à foutre de l’humain.

 

La démarche des Ultramarines, à aucun moment, n’est de prendre le pouvoir au club, même si on ne parle pas en leur nom. Mais cela fait un moment qu’ils demandent à King Street de changer de direction pour de nombreuses raisons.

Bien sûr ! Je ne dis pas que la démarche des supporters est de prendre le pouvoir, mais une direction ne peut pas constamment céder, et je mets des guillemets, aux ‘caprices’ des supporters. Là, évidemment il y avait un contexte très particulier parce qu’encore une fois, des échos que j’ai, c’est qu’on a touché à l’humain et qu’on est au-delà des choix sportifs. C’est un cadre un peu particulier. L’ancien maire, le nouveau maire, tout le monde s’en est mêlé, cela faisait un peu bordel sans nom quand même, on ne va pas se mentir. Après, il faut toujours mettre un peu de limites avec les supporters, même si aussi leurs requêtes sont parfois légitimes. Parfois les supporters ont raison d’être mécontents. Mais tu ne peux pas toujours laisser le club à la main des supporters, ce n’est pas possible.

 

Avec ce fonds d’investissement, il y a eu aussi la disparition des valeurs du club, de son identité, l’épisode du logo par exemple… Êtes-vous d’accord que les supporters, comme c’est le cas à Bordeaux, sont les garants de l’histoire, l’identité d’un club ?

Les supporters font quelque part partie de l’âme d’un club, et ça c’est tout à fait normal, ils donnent beaucoup pour leur club. Mais je vais faire un parallèle, qui n’a rien à voir avec le sportif. Si tu prends ce qui s’est passé au PSG avec le changement de logo, le fait qu’on ait tout misé sur ‘Paris’, on a réduit le nom puisqu’avant c’était le Paris Saint-Germain, là tu ne vois vraiment que ‘Paris’. Il y a eu ce qui s’est passé dans les tribunes, l’impression que le club devient une multinationale… Au final, les supporters parisiens, si parfois ils sont un peu mécontents, ils sont obligés de reconnaitre que ce qui se passe ça marche, et qu’aujourd’hui la marque du Paris Saint-Germain est une marque très forte à l’international. Le problème à Bordeaux, c’est que tu as des changements, et que tu te retrouves à être bidon sur le plan sportif. C’est toujours pareil, pour faire accepter ce genre de changement aux supporters au niveau du logo, de mettre en avant Bordeaux, parce qu’il y a une vision différente pour le club et la marque, il faut que le sportif suive.

 

Mais est-ce que Bordeaux à vocation de ressembler au PSG ?

Ce que je dis, c’est qu’un projet marketing et communication, il ne peut être viable que si le terrain ça suit. C’est comme le LOSC, ils ont changé de logo, etc. On est dans un monde digital, où la communication est hyper importante. Mais les supporters, si tu es bidon sur le terrain et qu’en plus tu leur retires leurs racines, c’est normal qu’ils pètent un câble ! Par contre, si les résultats sont là, que Bordeaux joue la Champions League, qu’il y a des joueurs attrayants, qu’il y a un fond de jeu, un vrai projet cohérent, je pense que la pilule passerait un petit peu mieux. On peut retourner le problème dans tous les sens, la finalité c’est que c’est la dictature du résultat. Parfois, – et je ne veux pas enfoncer Monsieur Longuépée – il y a un moment où tu peux avoir les meilleures idées du monde, faire le meilleur Powerpoint du monde, si tu es bidon sur le terrain, tu vas te faire pourrir ! C’est toujours pareil.

 

Toujours sur le sujet de l’identité, pensez-vous qu’un club, et notamment le nôtre, doit avoir dans son organigramme d’anciens joueurs pour véhiculer ces valeurs ?

Cela peut être une bonne idée s’ils sont compétents. Je ne suis pas forcément un fan de ‘il doit être là parce que c’est un ancien’, par contre s’il est compétent et que c’est un ancien, pour moi, c’est un vrai plus. Alain Roche et Jean-Louis Gasset, ce sont des personnes qui travaillent, qui sont compétentes, qui connaissent le club. Je sais bien qu’Alain Roche, tout le monde se fout de sa gueule avec les transferts de Everton et Souza au PSG, mais il a fait aussi des bonnes choses. C’est un Monsieur qui connait très bien le football, qui est un grand professionnel. Monsieur Gasset, je pense que tout parle pour lui. Ce sont des anciens qui vont apporter un plus. Après, mettre des anciens pour avoir des anciens, non. Je ne suis pas convaincu que le passage d’Ulrich Ramé dans les instances dirigeantes, ait marqué les supporters bordelais. Ce n’est pas toujours gage de réussite. On parlait de la communication, ton image d’ancien, si tu es bidon, au bout d’un moment, on va te demander de partir.

 

Au chapitre des anciens, il y a eu aussi à l’époque de GACP le rôle d’ambassadeur qui avait été proposé à Jean-Pierre Papin plutôt qu’à d’autres…

(rires) Là, ce n’est pas pareil, c’est un rôle d’ambassadeur, donc c’est une énorme connerie. Mettre Papin comme ambassadeur à Bordeaux… Quand tu vois JPP, tu penses à Marseille, jamais à Bordeaux, jamais de la vie. Ecarter des garçons comme Alain Giresse ou Marius Trésor, c’est ridicule. Je ne veux pas m’acharner sur eux, mais tu as quand même l’impression qu’ils ont acheté un truc, et ils ne savent pas ce qu’ils ont acheté… Et malheureusement, ce qui se passe… On va attendre de voir ce qui va se passer avec Jean-Louis Gasset et Alain Roche, mais ce ne sont pas des magiciens non plus… Si l’effectif reste très moyen, si on ne leur donne pas les moyens de travailler librement, ça va toujours être compliqué. Quand tu rachètes un club, il faut avoir l’humilité de connaitre tes compétences, et de nommer des gens qui connaissent le football. J’entends ‘un club de foot c’est comme une entreprise’, ce n’est pas vrai. Ça ne peut pas être comme une entreprise du secteur privé. Il y a plein de paramètres qui sont différents, et tu ne peux pas gérer un club de foot comme tu gères une entreprise privée, ce n’est pas vrai.

 

Paulo Sousa

 

Revenons au sportif. Paulo Sousa a quitté les Girondins de Bordeaux contre un chèque. Il y a un goût d’inachevé, parce qu’il y avait un projet de jeu, une belle com’. Mais peut-être que les idées de Paulo Sousa n’étaient pas en adéquation avec l’effectif en place ?

Paulo Sousa a essayé de mettre en place des principes. Il n’a pas toujours tout bien fait. Mais je prends un autre exemple sur un mec qui est arrivé en France, qui a voulu révolutionner le jeu, et qui s’est ramassé : Robert Moreno à Monaco. Il ne s’est pas du tout adapté à son effectif. Paulo Sousa a essayé de le faire parfois aussi, on a tous en mémoire le match contre Marseille au Vélodrome où il faisait relancer bas Benoit Costil alors que le jeu au pied n’est pas son point fort. Je pense que certains joueurs ont progressé à ses côtés. Tout n’est pas à jeter. Maintenant, je pense que quand il signe à Bordeaux, on lui présente un projet, et il se rend compte très vite que ça ne va pas être ça. Et ça malheureusement, il n’en est pas responsable. Après, personne n’est dupe, s’il a voulu se barrer de Bordeaux c’est qu’à un moment il espérait le poste au Benfica et que finalement Benfica a pris Jorge Jesus. Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Foncièrement, je suis incapable de dire si c’est un très bon entraineur, mais ce n’est pas un mauvais. Je pense qu’il a des idées, mais aussi il a été dans un contexte très particulier, ça a été le bordel pendant un an ! Et à un moment, il n’était pas mal en championnat, Bordeaux n’était pas l’équipe la plus désagréable à voir jouer, loin de là : tout n’est pas à jeter. A titre personnel, avec Gustavo Poyet, je me suis beaucoup plus emmerdé qu’avec Paulo Sousa par exemple.

 

Vous disiez d’ailleurs récemment que vous trouviez qu’il était l’une des rares personnes compétentes à Bordeaux… Est-ce le fait qu’il ne soit pas bien entouré, et qu’il n’y ait pas dans l’organigramme les gens compétents pour mettre en place son projet ?

Je ne sais pas si on peut résumer ça de manière aussi simpliste. Je pense que lui aussi a fait des choix, et il s’est trompé. Paulo Sousa, je pense qu’il faut le prendre quand tu as fait deux années de ton projet, que les joueurs ont commencé à se développer, que tu as une structure bien en place, des résultats, mais que le jeu n’était pas terrible : c’est à ce moment-là que tu le mets, Paulo Sousa. Par contre, pour un projet qui part un peu dans tous les sens, il te faut des meneurs d’hommes comme Jean-Louis Gasset. Paulo Sousa, c’est plus un tacticien, un mec qui va penser au jeu, et qui a besoin d’avoir une structure très forte pour le soutenir dans ses idées. Ça s’est mal passé alors que ça aurait pu très bien se passer. Ce n’était pas con comme idée. Quand Nantes prend Sergio Conceiçao, tout le monde se demandait ce qu’il allait faire, etc. Nantes a fait une super année, et avec Paulo Sousa ça aurait pu très bien marcher aussi, mais il y a eu trop de divisions en interne.

 

Lorsque vous analysiez les matches sur RTL la saison dernière notamment, vous déploriez un manque de talent dans l’effectif bordelais, on vous sentait résigné. Que peut jouer Bordeaux cette saison alors que l’effectif a peu bougé, et est-ce que Jean-Louis Gasset est capable de métamorphoser cet effectif ?

Métamorphoser je ne pense pas, parce que ce n’est pas un magicien. Il ne faut pas oublier aussi que quand Jean-Louis Gasset réussit à Saint-Etienne, il fait venir beaucoup de trentenaires pour avoir un impact immédiat afin de redresser la barre. Je ne suis pas sûr qu’à Bordeaux il puisse avoir ce genre de relais-là. Jean-Louis Gasset, je ne sais pas s’il va s’installer sur la durée à Bordeaux. Ce qui est sûr c’est que pour remettre de l’ordre dans la maison, mettre un grand coup de chausson, faire progresser les garçons, je pense que oui, et ça peut être une bonne base pour assainir le club, pour faire table rase de ce qui s’est passé. Jean-Louis Gasset ne peut jamais te faire du mal, c’est trop une bonne personne, un bon entraineur… Par contre, de là à se dire que Bordeaux va jouer la troisième place… Mais se rapprocher de la qualification pour l’Europa Ligue, oui. Encore une fois, il n’a pas de baguette magique Jean-Louis Gasset, et je maintiens que l’effectif est très limité. Il faut aussi surtout regarder ce qui se fait à côté. Lille, ils sont quoi qu’on en dise en plein expansion, Monaco ils ne vont pas encore refaire une année comme ça, Lyon non plus, Montpellier ça travaille très sérieusement, Reims aussi, Nice ça commence à être sérieux, Paris on n’en parle même pas, l’OM ne va pas s’écrouler du jour au lendemain… Aujourd’hui, si tu regardes intrinsèquement, même avec Jean-Louis Gasset sur le banc, si tu termines 9ème avec Bordeaux il n’y a pas de scandale. Bordeaux est à sa place. Et on revient toujours à la même chose, à un moment il faut du pognon pour acheter des joueurs, ou une direction sportive. Alain Roche vient d’arriver, la saison commence la semaine prochaine… Il ne faudra pas dire au bout de quatre mois ‘Gasset, Roche, c’est nul’… Ils viennent d’arriver !

 

Alain Roche semble plus s’installer sur la durée.

Mais j’espère ! Même pour Jean-Louis Gasset, j’espère qu’il s’installera sur la durée. Après, ça dépendra des moyens. Il y a beaucoup de joueurs sous contrat, cela dépendra de la capacité d’Alain Roche à faire le tri, à en sortir quelques-uns… Il y a tout à reprendre, à dégraisser, à sortir des joueurs qui n’ont plus leur place dans l’effectif, redéfinir une stratégie… Bordeaux ça forme bien, sérieusement, il y a des joueurs qui sortent. Quelle place pour le centre de formation ? Quel type de joueur on va recruter ? Laurent Koscielny, je ne peux pas dire que ce soit un mauvais joueur, mais il signe pour quatre ans à Bordeaux. Quelle direction sportive offre un contrat aussi long à un joueur de cet âge-là ? Fut-il, Laurent Koscielny, un excellent joueur. Il y a une mesure à trouver, une stabilité à trouver, et j’espère que cela passera par Jean-Louis Gasset et Alain Roche, qui sont des gens compétents.

 

Josh Maja

 

Est-ce qu’il y a des joueurs dans l’effectif qui vous donnent satisfaction ?

J’aime bien le petit Josh Maja. Très sincèrement, je trouve qu’il a montré de très bonnes choses. Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas gardé Paul Bernardoni. C’est un truc lunaire, il a fait des saisons de très bonne qualité avec Nîmes. Je ne comprends pas pourquoi on ne le garde pas. Un garçon comme Youssouf Sabaly qui a été en-dessous de son niveau, peut être un vrai bon joueur de ballon. Pour moi, c’est un très bon latéral. Il y a Samuel Kalu, sur certaines bribes, on a vu que c’était un vrai joueur de football, qu’il peut être extrêmement percutant, remuant : j’espère qu’ils vont le garder et le mettre un peu en vitrine parce que c’est un garçon qui peut avoir une vraie valeur marchande. Mais j’aime beaucoup le petit Josh Maja.

 

Est-ce qu’il y a des joueurs à l’inverse qu’on pourrait laisser partir ?

Pour moi, Benoit Costil, avec le salaire qu’il a, je pense que sortir des garçons comme lui, ça ne serait pas… C’est toujours pareil, il faut voir par qui tu le remplaces, mais pour moi il y avait un choix évident avec Paul Bernardoni. Benoit Costil n’est pas un mauvais gardien, mais je pense toujours à l’âge, au salaire, aux performances… Oui, il a son importance dans le groupe, mais le groupe va être à reconstruire en fait ! Je pense que garder Paul Bernardoni et sortir Benoit Costil, ça aurait pu être un choix intelligent. Je ne sais pas ce qu’ils vont faire de joueurs comme Rémi Oudin… Mais franchement, si tu avais une belle offre pour Rémi Oudin qui vient d’Angleterre à 20M€, il faut le sortir quoi ! De toute façon, je ne vais pas dire que tous les joueurs sont à vendre, mais pratiquement… Si de bonnes offres arrivent, à mon avis Bordeaux va vendre parce qu’ils ont envie de reconstruire, de faire table rase du passé.

 

Des rumeurs disent que des joueurs de Saint-Etienne seraient intéressés pour suivre Jean-Louis Gasset. Est-ce que ça pourrait être intéressant ?

Ca dépend lesquels ! Si Jean-Louis Gasset ramène Zaydou Youssouf, c’est bien (rires). Il faudra voir à quel prix, mais il y a un garçon qui, quand il est avec Jean-Louis Gasset, redevient un très bon joueur de foot : c’est Yann M’Vila. Si tu peux faire M’Vila encadré par Jean-Louis Gasset, ça peut être un vrai bon coup”.

 

Un très grand merci à Giovanni pour le temps qu’il nous a accordé. Merci pour son sourire et sa sympathie. Nous lui souhaitons une bonne nouvelle saison sur RTL et La Chaîne L’Equipe.