InterviewG4E. Denis Balbir : “Bordeaux est un club qui est dans le patrimoine français. Vouloir améliorer un club en le dénaturant, ce n’est pas une bonne idée”

(Photo by Fred Marvaux/Icon Sport)

Denis Balbir a un beau CV. Passé par de nombreuses radios ou chaînes de télévision, il officie aujourd’hui toujours dans plusieurs émissions de radio comme sur France Bleu Lorraine ou encore NA Radio. Suiveur attentif de la Ligue 1 et de l’AS Saint-Etienne, il effectue également souvent des chroniques sur But! où il traite l’actualité des Verts, mais aussi souvent celle des Girondins de Bordeaux. C’est avec plaisir que nous avons recueilli ses propos sur l’actualité du club au scapulaire, qu’il suit toujours de près malgré sa baisse de standing. Vous allez découvrir un entretien où le journaliste et commentateur de renom a un avis bien précis sur toute l’actualité de notre club. Interview.

 

Avant de parler des Girondins de Bordeaux d’aujourd’hui, on aimerait savoir quelle image vous avez des Girondins de Bordeaux de façon générale ? Quels souvenirs marquants avez-vous en tête ?

J’ai les souvenirs de la grande équipe, quand il y avait Tigana, Ferreri, Girard, Aimé Jacquet comme entraîneur, l’équipe qui rivalisait avec Marseille, Claude Bez comme président. C’était une équipe de Bordeaux un peu rugueuse mais talentueuse sur toutes ses lignes. Il y avait Dropsy dans les buts… Je ne vais pas citer tous les joueurs de l’époque mais c’est un club qui a tellement abrité de grands joueurs, c’est l’image qui me vient de suite en tête. Il y avait des buteurs, même si on a pu être surpris par leurs réussites, comme Fargeon, ce sont des joueurs qui ont marqué l’histoire du club. Ils ont laissé leurs empreintes en étant présent dans les statistiques, mais également pour Tigana et d’autres, en étant présent dans le cœur des supporters, par leur dévouement et le cœur qu’ils mettaient à défendre leurs couleurs.

 

Jean-Marc Ferreri, avec qui vous avez commenté de nombreuses années, est passé 5 ans par les Girondins de Bordeaux avec qui il a d’ailleurs remporté un titre de Champion de France, et une Coupe. Cela vous arrivait de parler de Bordeaux ?

Bien sûr, sans arrêt, on parle beaucoup de ses souvenirs. Comme il a du mal à accepter de vieillir (rires) – c’est une petite blague – on n’aime pas que le temps passe ! Mais c’est vrai qu’on en parle beaucoup, tout comme son passage à l’OM. Bordeaux, ça reste un des passages de sa vie personnelle et professionnelle qui l’a forcément marqué. Il a fait partie intégrante d’un groupe exceptionnel à l’époque.

 

Il y a deux ans, un fonds d’investissement américain a racheté le club. Depuis, le projet n’est pas clair et de nombreuses tensions existent, que ce soit avec les salariés du club ou avec les supporters. Vous disiez récemment que depuis le rachat, l’histoire des Girondins de Bordeaux avait été bafouée. Vous disiez même que l’on était en train de tuer un patrimoine du foot français… C’est aussi le sentiment des supporters…

Je crois que les gens qui arrivent pour investir dans des clubs historiques ne se rendent pas compte de certaines choses et c’est bien dommage. Au-delà de l’argent, il y a des paramètres à ne pas négliger. Quand on veut investir dans un club, je pense qu’il est vraiment inutile de vouloir changer le maillot, la couleur, le scapulaire, les choses qui ont fait du club ce qu’il est. Quand on touche à un club et qu’on touche au maillot, déjà, ce n’est pas bon signe, vis-à-vis des supporters, car ils n’aiment pas ça. Ce n’est pas rejeter l’évolution ou la modernité, de ne pas vouloir avancer, pour moi, ce n’est pas ça. C’est le fait que l’on est attaché à des couleurs, à des valeurs et que tout ça, c’est important de ne pas les galvauder. Les gens qui investissent pensent que l’argent peut tout faire. Non seulement, il ne fait pas tout puisque depuis quelques temps les Girondins ont des résultats plutôt décevants, avec des problèmes extra-sportifs et l’entraîneur qui annonce à ses joueurs qu’il partait pour finalement partir trois mois plus tard… On naviguait à vue. Pour moi, la colère des supporters est un petit peu gênante quand elle est débordante, c’est-à-dire quand on en arrive à taguer, insulter… C’est embêtant car en voulant servir le club, ils vont contre ce qu’ils voudraient obtenir. Mais d’un autre côté, je comprends qu’il y ait une réaction un peu sanguinaire, épidermique de ce qui se passe à Bordeaux, parce que tout va dans le mauvais sens. Tout ce qu’il ne faut pas faire a été fait. Tout ce qu’il faut faire n’a pas été fait encore. C’est très ennuyeux pour un club qui se veut ambitieux, pour un club historique, pour un club qui a été champion, qui a marqué l’histoire du foot français en abritant des joueurs de renom. Pas seulement l’époque du Tigana, mais aussi celle sous l’ère de Laurent Blanc, celle de Laslandes, Lizarazu, Bonnissel… même si le club a connu des couacs comme la demi-finale contre Calais en 2000. Mais historiquement, profondément, c’est un club qui est dans le patrimoine français. Vouloir améliorer un club en le dénaturant, ce n’est pas une bonne idée, à mon avis.

 

 

Quel est votre avis sur la gestion de Frédéric Longuépée à la tête des Girondins ? Il s’est mis à dos la grande majorité des supporters de par ses actions. On a l’impression qu’il est le président le plus détesté de l‘histoire du club mais malgré tout, il s’accroche à son siège…

Mon regard sur lui revient à ce que je viens de dire. Je ne le connais pas personnellement, mais comment est-ce qu’on peut, en étant président d’un club, faire ce qu’il a fait ? On se fait brocarder dans un stade et répondre par le tableau lumineux ? Faire des choses comme ça … A un moment donné, il  faut non pas être plus haut que les autres, mais il y a une fonction à respecter, à avoir, il y a des choses à faire. Il y a eu beaucoup de clubs qui ont connu des crises avec leurs supporters qui ont convoqué les leaders des supporters, qui se sont expliqués autour d’une table, qui ont expliqué les projets ou les problèmes. Mais faire ce que le président a fait est complètement irrationnel, puéril et hors sujet. Ce n’est pas du tout la place d’un président de faire ça à mon avis, si ce n’est à attirer les rancœurs, à être antipathique. Alors que c’est un club qui au contraire, vu ses résultats et son histoire actuelle qui est bancale, a tout intérêt à être plus populaire et repartir sur des bonnes bases avec les supporters pour pouvoir grandir. La pyramide, on ne la construit pas du bon côté. Au lieu de mettre du ciment sur les fondements, on met une brique à gauche, une brique à droite, en espérant que ça ne s’écroule pas. Mais ça se fissure. Pour moi, la politique actuelle n’est pas bonne. La seule bonne idée, d’avoir pris Jean-Louis Gasset comme entraîneur.

 

Vous étiez dans le Groupe M6 lorsque le club a été racheté. En avez-vous discuté avec Nicolas De Tavernost à l’époque, et quel était votre ressenti alors que les supporters émettaient déjà de gros doutes sur ce nouvel investisseur…? Nicolas de Tavernost qui reste d’ailleurs muet alors qu’on connaît son amour pour le club…

Je n’en ai pas parlé avec lui directement car il avait beaucoup de dossiers à traiter. Maintenant, il est affectivement attaché aux Girondins mais il n’est pratiquement plus partie prenante dans l’histoire. Je pense qu’il a une vision un peu triste de ce qui se passe, parce que même dans le monde du business, il y en a certains qui ont un cœur et qui ont un attachement à certaines choses, même quand ils en sont séparés. Je n’en ai pas discuté avec lui, mais le club avec M6 était certainement arrivé au bout d’une histoire, avec une histoire assez riche. Il ne faut pas que les supporters réduisent la présence de M6 aux échecs que le club a pu connaître car il y a aussi eu de belles périodes. Je pense qu’il faut aller de l’avant, maintenant que le club est vendu, il faut trouver des solutions pour que le club retrouve des couleurs au niveau sportif et financier. En tout cas, ressasser ce qu’a fait ou non M6, ou ce que pense le président De Tavernost, ça ne sert pas à grand-chose. La seule chose qui est certaine, pour en avoir parlé directement avec lui, c’est l’attachement affectif que le président peut avoir pour les Girondins de Bordeaux. Parfois, on peut aimer mal mais on l’aime quand même. C’est sûrement le sentiment des supporters. Mais je peux vous assurer que tous ceux qui ont participé à l’aventure des Girondins de Bordeaux au sein de M6 sont toujours à l’affût de ce qui s’y passe parce dans leurs cœurs, c’est encore un peu leur club.

 

Depuis des années, les Girondins de Bordeaux ont baissé de standing. Est-ce que cela reste pour vous un grand club français, et qu’est-ce qu’il manquerait pour revenir sur le devant de la scène ?

Non, ça ne reste pas un grand club français, parce que justement les choses se sont précipitées dans le mauvais sens, le club a été vendu et il y a eu des mauvais choix. Il y a eu une répétition d’erreurs, que ce soit avec les supporters ou au niveau sportif. Il y a eu des tentatives qui n’ont pas pris, des recrutements curieux, des choix bizarres. Il y a tout qui a été fait comme il ne fallait pas. Il reste quand même au club des fidèles, comme Eric Bédouet qui est toujours présent et il est important d’avoir toujours quelqu’un comme ça au club. Il a quelques fois joué les pompiers de service et fait ce qu’il pouvait. Mais quand on parle du championnat de France de Ligue 1 aujourd’hui, qui va parler de Bordeaux, à part les supporters bordelais ? Personne. Cette semaine, oui, puisque Hatem Ben Arfa a signé. C’est juste une réalité, ce n’est pas méchant ce que je dis. Aujourd’hui, quand on regarde le championnat, on dit que Rennes, c’est le futur Lyon parce qu’ils font un recrutement fou et que c’est un club structuré. On regarde ce qui se passe à Lyon, on dit que Marseille c’est toujours pareil, on dit que Paris va être champion, on dit Lille c’est super, on dit Monaco va revenir… Mais personne ne parle de Bordeaux. On sait tous que Bordeaux est rentré dans le rang et l’arrivée du nouvel entraîneur peut faire que sur le moyen terme, le club retrouve des couleurs et petit à petit, par paliers, retrouve des sensations avec ses supporters à ses côtés. Cette guerre qu’il y a entre la direction et les supporters qui empêche les supporters de s’exprimer dans les stades, qui empêche les joueurs d’être soutenus, ça fait beaucoup de choses qui sont pénibles pour tout le monde. On ne peut pas dire qu’aujourd’hui, Bordeaux est un grand club de la Ligue 1. Bordeaux est un club moyen et il faut justement que l’équipe en place fasse en sorte que Bordeaux redevienne un club dont on parle. Il faut qu’ils aient de l’ambition, qu’ils recrutent bien. Pour moi, pour qu’un club réussisse, il faut que chacun ait une place donnée et que chacun trouve sa place. Je pense que le problème fondamental des investisseurs étrangers, c’est qu’ils ne se renseignent pas, même s’il y a des anciens cadres, comme Alain Roche, Eric Bedouet, Jean-Louis Gasset. Il faut qu’ils lisent et s’imprègnent de l’histoire des clubs avant de se dire d’aller acheter Paulo Sousa ou tel joueur. Ce n’est pas du bricolage, c’est une vraie construction. On voit un club qui a perduré pendant 24 ans consécutivement en Coupe d’Europe, c’est Lyon. C’est énorme. Alors, on aime ou n’aime pas le président Aulas, il a toujours défendu et aimé son club. C’est forcément un exemple quelque part et cet exemple, il faudrait que les investisseurs étrangers l’intègrent. Il faut qu’ils se disent qu’il y a un club, une région, un nouveau stade que l’on aime ou pas, mais il est là. Il y a des choses à faire. Le Haillan est un formidable outil de travail comme cela peut exister à Lille, Saint-Etienne, Lyon… Il faut attirer des joueurs pour sa région, pour ses outils de travail et son ambition. On ne peut pas faire fi de l’attachement des supporters au club et dire que l’on va arriver avec nos millions, et changer le maillot bleu avec le scapulaire. En quoi c’est une priorité de faire ça ? A part se mettre les supporters à dos… La priorité est de revenir au premier plan et ce n’est pas en changeant de maillot que l’on revient au premier plan.

 

(Photo Icon Sport)

 

On dit souvent, de l’extérieur, qu’il n’y a pas de pression à Bordeaux, que cela dort et stagne, qu’il y a trop de confort, un manque d’envie de se surpasser. On a même parlé de Club Med ces dernières années. Est-ce que c’est aussi votre avis ?

Non. Il ne faut pas non plus exagérer. Bordeaux n’est pas un Club Med. Le problème est que la région du sud-ouest n’est pas forcément une région footballistique. C’est une région plutôt agréable à vivre, avec l’océan et le Bassin pas loin. Les gens pensent qu’avant d’arriver au stade, les joueurs sont sur la côte, à faire du surf et manger des fruits de mer. A un moment donné, les joueurs savent où ils mettent les pieds, certains en tout cas. Sinon, ça voudrait dire que les équipes précédentes qui ont gagné avec Bordeaux n’étaient pas en touriste. Ou alors c’est la mentalité qui a changé mais je ne pense pas que les joueurs viennent à Bordeaux parce qu’il n’y a pas de pression. La pression existe dès que vous êtes en Ligue 1. Et elle existe si on veut bien lui en donner. La pression, c’est l’ambition aussi. Si on dit au groupe qu’on veut être 7ème, il y a une pression. Si on dit qu’on fait ce qu’on peut, que l’Europa League, quand on la jouait, on s’en foutait, si on était éliminé tant mieux parce que ça soulagera le calendrier… On fait le discours français que l’on a entendu pendant des années et ça me hérisse le poil. Le seul club qui a joué l’Europa League à fond, c’est Lyon et les autres clubs ne faisaient pas assez pour aller le plus loin possible alors qu’ils avaient tout donné pour s’y qualifier. Il y a vrai problème de considération des compétitions, de cohérence dans ce que l’on veut faire. La pression existe quand on veut la mettre. Si les dirigeants mettent la pression, les joueurs l’auront aussi. Si Bordeaux était un Club Med, les dirigeants et entraîneurs diraient aux joueurs de venir à Bordeaux et de faire ce qu’ils veulent. Ça ne tient pas debout. C’est une question de valeurs, de morale, de volonté et d’ambition.

 

Que va apporter selon vous Jean-Louis Gasset, que les précédents entraineurs n’ont pas apporté à Bordeaux ?

Il peut tout apporter, tout simplement. Après, je trouve que c’est quelqu’un de trop gentil. C’est mon sentiment mais je trouve qu’il a été trop gentil à Saint-Etienne. Même s’il a eu des résultats, je trouve qu’il a été trop gentil avec certains cadres qui à un moment donné, d’après mes sources, avaient quelques passe-droits. Mais par contre, humainement, pour les joueurs c’est ce qu’il faut. A mon avis, Ben Arfa arrive à Bordeaux pour ça. Jean-Louis Gasset, quand vous l’entendez parler de football et que vous buvez un café avec lui, comme cela m’est arrivé relativement souvent, s’il vous dit de venir avec lui pour faire n’importe quoi, vous y allez. C’est quelqu’un qui vous emmène par son discours, qui est extrêmement motivant. On parlait d’ambition et de pression, c’est quelqu’un qui sait la mettre, tout en restant humain, charismatique, en ayant de mots et des attitudes choisies. C’est quelqu’un qui a été aimé partout où il est passé pour toutes ces raisons.  En plus, c’est quelqu’un de très compétent. A ce niveau, je pense que les supporters devraient être un peu plus calmes, malgré les distancions avec la direction que j’ai moi-même critiquée. Là, il y a un entraîneur qui a été choisi pour bâtir, même si c’est sur du moyen terme, pour redonner des couleurs au club et au maillot. C’est donc très important.

 

 

La grande information de la semaine est l’arrivée d’Hatem Ben Arfa aux Girondins pour une année. Que pensez-vous de ce joueur et de son arrivée aux Girondins ?

Hatem Ben Arfa, c’est un génie. Après, quand il veut, s’il est capable physiquement de faire ce qu’il faut… C’est quelqu’un que Deschamps avait relancé en 2011 à Marseille, il lui avait bien parlé, il avait réussi à le remettre sur les bons rails. Comme Claude Puel à Nice. Maintenant, c’est Gasset à Bordeaux. C’est quelqu’un qui a toujours besoin d’être conseillé, aimé, il est toujours à fleur de peau mais il a une technique hors du commun. Tant qu’il aura un physique au top, il pourra apporter des choses. Même si certains disent qu’il a fait 6 clubs, qu’on croit en lui et qu’à chaque fois, il déçoit, etc… Moi, je veux toujours y croire car c’est le joueur le plus talentueux de sa génération. Mis à part certains jeunes en Ligue 1, on n’a plus trop des joueurs qui étaient un peu magiques comme l’ont été Jérôme Leroy, Mickaël Pagis, Julien Féret, Benjamin Nivet. Tous ces numéro 10 un peu feu follet, dribbleur, avec une vision du jeu, comme l’était Ferreri à l’époque. Ben Arfa arrive dans un club qui a besoin de lui et il vient avec un entraîneur qui va avoir les mots pour le guider, donc j’espère que ça portera ses fruits sinon ce sera une désillusion amère. Je veux y croire.

 

Bordeaux est le seul club français à ne pas avoir recruté un seul joueur lors de ce mercato. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ça m’inspire qu’il y a forcément un problème, certainement au niveau financier. Il y a forcément un problème dans l’organigramme. Même si Alain Roche est directeur sportif, on n’a pas vu beaucoup de ses décisions, de réseaux qui ont été activés. Il y a forcément des besoins donc le principal problème, c’est au niveau pécunier. Je ne connais pas les moyens des Girondins de Bordeaux aujourd’hui, mais avec un effectif comme ça, c’est compliqué d’aller loin, Ben Arfa peut être le sauveur. Il y a quand même une assise défensive, des individualités. Il faut trouver un collectif, Jean-Louis Gasset a beaucoup de travail. C’est là qu’avec ses compétences, il peut révéler des joueurs, il peut sublimer des joueurs moyens et faire une sorte qu’un groupe moyen ait des challenges à relever. Il y a un travail intéressant pour lui, de travailler sans les moyens qu’un autre aurait pu avoir. C’est peut-être pour ça qu’il a été choisi car il sait tirer le maximum d’un groupe moyen pour qu’il devienne un peu meilleur.

 

On dit souvent que les anciens joueurs sont essentiels pour préserver et véhiculer l’identité d’un club. Si ce ne fut plus le cas au moment du rachat, le club semble faire machine arrière avec des entraîneurs du centre de formation, Alain Roche et Jean-Louis Gasset également. D’après vous, est-ce important la présence d’anciens dans l’organigramme du club ?

Je trouve que c’est très important, ça se fait beaucoup en Italie, en Allemagne, notamment au Bayern. En France, il y a beaucoup d’anciens dans les clubs mais ça ne marche pas toujours. Regardez à Saint-Etienne, à une certaine époque, il y avait Patrick Revelli, ça n’a pas marché. Bereta, ça n’a pas marché. Il y d’autres exemples, dans d’autres clubs. Mais je trouve quand même que selon les postes, les anciens ont quelque chose à apporter parce qu’ils aiment le club et y ont vécu des choses. Ils peuvent faire le lien avec les supporters, parce que les supporters sont plus contents de croiser Alain Roche, plutôt que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Il y a une sorte d’attachement, de ralliement par rapport à ces gens-là. Je trouve important qu’il y ait des anciens dans les clubs, ça permet au club de grandir avec l’aide de gens qui veulent apporter leurs sciences, leurs savoirs, leurs vécus. Et c’est important pour les clubs d’avoir une bonne base avec ces personnes-là. Ça ne fait pas seulement chic mais c’est un apport non négligeable.

 

Pour revenir au sportif, est-ce qu’il y a des joueurs qui vous plaisent dans cet effectif cette saison ? Ou des joueurs qui vous déplaisent peut-être ?

Je n’ai pas de joueurs qui me déplaisent. Je n’ai pas à dire ça même si j’ai mes opinions sur certains. Je trouve bien que Gasset ait relancé Paul Baysse parce que je ne voyais pas pourquoi il était mis au placard. Ce n’est pas un joueur qui va vous faire gagner le titre de champion, mais ce n’est pas quelqu’un non plus qui va vous faire descendre. Il ne méritait pas ce qu’il lui est arrivé à mon avis. Après, le gardien est là, Koscielny aussi. Il y a quand même des cadres. C’est une équipe vieillissante à certains moments et à certains postes, notamment avec les 3 joueurs qui j’ai cités. Mais c’est important aussi d’avoir des joueurs d’expérience. Je trouve bien de s’appuyer sur des jeunes qui soient soutenus par des joueurs d’expérience. Après, ce que je trouve dommage, c’est que Bordeaux se soit dit que pour ce mercato, ils allaient rester comme ça, qu’ils attendaient pour voir. Ça met une pression supplémentaire pour l’entraîneur car il sait qu’il a peu de moyens, même s’il y a Ben Arfa. Mais Ben Arfa, ce n’est pas Zorro. Il ne faut pas croire qu’il va marquer 3 buts par match et que Bordeaux va gagner toutes ses rencontres. La pression est sur l’entraîneur, sur le joueur qui arrive avec une étiquette. Les supporters vont être comme des fous en espérant de retrouver le Ben Arfa d’avant. Espérons-le, mais il faut qu’il soit entouré de bons joueurs et il y en a. Les résultats ne sont pas mauvais jusqu’à maintenant, on ne peut pas dire que le début du championnat soit catastrophique, loin de là. On voit que c’est une équipe qui est en train de prendre forme, petit à petit. Ce n’est pas si mal, ça pourrait être mieux mais ça pourrait être pire aussi. Il y a des résultats potables. Après, dans la façon de jouer, de proposer du foot, on n’est pas au sommet de l’art que les Girondins de Bordeaux pourraient développer. Ca va peut-être venir, il faut laisser du temps. Il n’y a pas non plus des joueurs qui n’ont pas leur place. Après, la question est de savoir comment gérer tout ça et le faire progresser, et ça, c’est le travail du staff.

 

Quelle place peut prétendre Bordeaux cette saison ? Vous les voyiez dans le premier tiers selon le recrutement, mais comme personne n’est arrivé…

Je les vois vers la 10ème place. Je ne vois pas comment Bordeaux peut être devant Rennes, Lyon, Monaco, Lille, Marseille, Saint-Etienne et Paris. Ça fait déjà 7. Pour Bordeaux, ça va se jouer entre la 8ème et la 11ème place. Ce qui est à mon avis une bonne base de travail pour la saison prochaine, pour le mercato, pour se développer et faire patienter les supporters. Mais il faut que la direction du club se reprenne avec les bonnes personnes à la bonne place, de prendre de bonnes décisions fondamentales et non des décisions qui soient complètement aberrantes et superficielles. En plus de ça, prendre des décisions qui puissent écorcher la susceptibilité des supporters. Les supporters font vivre le foot. Même s’ils sont sevrés actuellement avec cette crise qui les empêche de s’exprimer. Le foot, c’est les supporters. Et sans eux, ce n’est pas du vrai foot, on le voit bien depuis quelques mois.

 

Après la trêve internationale, un match important, notamment pour les supporters bordelais, c’est le match qui opposera Marseille à Bordeaux. Comment voyez-vous cette rencontre ?

J’adore les Marseille-Bordeaux ou les Bordeaux-Marseille. Ce sont de gros chocs. Je me rappelle d’un Marseille-Bordeaux avec un Kaba Diawara qui avait été incroyable. Je crois que ça avait fini à 3-3, c’était un match de football ! Je me souviens d’un autre duel du temps de Franck Leboeuf, sous la neige, ça avait été un match un peu pourri parce qu’il gelait au Parc Lescure mais il y a toujours quelque chose. Comment je vois ce match ? Ca va être un match difficile, ça va être fermé. Il y a plein de choses qui vont rentrer en jeu, notamment la forme ou pas de Thauvin. Ils ont un Mandanda qui en ce moment fait des miracles. Mais sinon Marseille, avec leurs recrues que l’on n’a pas encore vu, va s’adapter, même s’ils ont perdu Bouna Sarr. S’ils sont dans un bon soir, ça peut être compliqué pour les Girondins de Bordeaux. La tactique de Gasset à l’extérieur, sa façon de préparer le match, le temps qu’il a pour le préparer, peut faire que Bordeaux fasse pourquoi pas un coup. Dans tous les cas, ce qu’il faut espérer, c’est que ce soit un beau match. C’est le spectacle qui nous manque parfois, on en a besoin. J’espère que ça sera le cas !

 

Merci beaucoup Denis pour la qualité de vos réponses et le temps que vous nous avez accordé. Bonne saison. 

(Photo by Dave Winter/Icon Sport)