InterviewG4E. Tulio De Melo : “Bordeaux est un club que j’admire depuis toujours”

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Tulio De Melo avait probablement le profil du joueur qu’il nous faudrait aujourd’hui : athlétique, bon en tant que point appui, bon de la tête, et buteur. A plusieurs reprises d’ailleurs, l’attaquant brésilien a été annoncé du côté de la Gironde, lorsqu’il évoluait au Mans, puis ensuite lorsqu’il eut un peu moins de temps de jeu au LOSC. Récemment, l’ex-attaquant est venu en Gironde, voir son ancien coéquipier avec qui il fut Champion de France, Rio Mavuba, mais pas que… En effet, aujourd’hui intermédiaire d’agents, Tulio a participé à la signature d’un jeune espoir suisse aux Girondins de Bordeaux. Interview.

 

Vous êtes arrivé en France, au Mans en 2005, en provenance du Danemark. Que connaissiez-vous du championnat de France et quelle image aviez-vous des Girondins de Bordeaux à votre arrivée ?

Je connaissais un petit peu le championnat de France, surtout les équipes connues au Brésil dont font partie les Girondins. Il y a des brésiliens qui y ont évolué comme Ricardo Gomes, Paulo Miranda ou d’autres. Bordeaux, ça a toujours été connu au Brésil. C’est une équipe traditionnelle de France du fait qu’il y ait des brésiliens qui soient passés par là-bas. Donc je connaissais Bordeaux.

 

Lorsque vous jouiez au Mans, un entraîneur brésilien était à la tête des Girondins, à savoir Ricardo. Grâce à lui, Bordeaux a fini 2ème du classement dès sa première année et a gagné la Coupe de la Ligue en 2007. Est-ce que vous le connaissez personnellement et surtout que pensez-vous de lui ?

Je ne le connais pas personnellement, non, mais je connais son histoire dans le football et je l’ai affronté lorsque nous étions en France. C’est un excellent coach qui a fait ses preuves en France et au Brésil aussi. Je ne pense que du bien de lui. D’abord, comme joueur, c’était un excellent joueur. Et ensuite comme coach il a continué à faire de belles choses.

 

Vous signez à Lille en 2008, l’année où les Girondins de Bordeaux terminent Champions de France. Cette année, vous êtes une des rares équipes à ne pas avoir perdu contre Bordeaux (victoire de Lille à l’aller, 2-2 au retour à Bordeaux). Quels souvenirs gardez-vous de cette équipe ?

C’était une équipe très performante et ils l’ont montré dès le début du championnat. A l’époque, Gourcuff était très fort, n’est-ce-pas ? Il était très bon. Et toute l’équipe marchait super bien. C’était l’équipe difficile à battre. Le titre a prouvé leur valeur en fin de championnat.

 

Cette équipe championne de France était notamment emmenée par des brésiliens qui ont marqué les supporters, à savoir Jussiê, Fernando, Wendel et Henrique. Quels souvenirs gardez-vous de ces joueurs-là ?

J’en garde de bons souvenirs car ce sont tous des amis à moi, les quatre. Henrique, c’était toujours très difficile de jouer contre lui car il était très dur, agressif. On le connaît, il a la grinta. Jussiê et Wendel, ils animaient beaucoup au milieu de terrain pour les attaquants. Wendel, avec sa patte gauche, il faisait beaucoup de mal aux adversaires. Et Fernando, il était excellent aussi, avec toute sa classe. Je pense que Bordeaux était très bien servi avec ses brésiliens de l’époque.

 

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Avez-vous eu des contacts lors de votre carrière pour signer aux Girondins ?

Je pense qu’il y a eu des rumeurs, des conversations à un moment ou un autre mais ça n’a jamais abouti. C’est un club que j’admire depuis toujours, c’est un club très sympa. Bordeaux, c’est la tradition, c’est connu au Brésil. C’est un très grand club français.

 

Vous avez joué avec Rio Mavuba à Lille, lui qui a été formé aux Girondins et qui est aujourd’hui entraîneur adjoint de la réserve de Bordeaux. Quels souvenirs gardez-vous de lui et que pensez-vous de sa reconversion en tant qu’entraîneur ?

Rio, c’est un des grands amis que j’ai pu me faire dans le monde du foot. On est vraiment très proches, on se parle souvent. Je suis très content qu’il soit revenu à Bordeaux, dans son club formateur et la ville où il a habité pendant longtemps. Il aime beaucoup la ville. J’étais à Bordeaux il n’y a pas longtemps, j’ai mangé avec lui. Il adore la ville et il y est bien avec sa famille. Je pense que sa reconversion est très bien car c’est quelqu’un qui vit le foot, il le connaît. En plus d’être joueur, il était capitaine d’équipe aussi, ça veut dire que c’est quelqu’un qui avait cet esprit de leader. Je pense qu’il va être un très bon coach.

 

Justement, concernant votre visite au Haillan au mois d’août dernier, on voulait savoir s’il s’agissait d’une visite de courtoisie ou s’il y avait un projet professionnel derrière ?

En ce moment, je travaille comme agent de joueur, en tant qu’intermédiaire. A cette époque-là, on était là pour présenter quelques joueurs brésiliens ainsi qu’un très bon joueur qui est aujourd’hui dans la formation de Bordeaux, qui s’appelle Joss Da Silva. C’est un joueur qui est à Bordeaux aujourd’hui et j’espère qu’il va y faire de très grandes choses car il a un gros potentiel. C’est pour cela que j’étais au Haillan.

 

Comment avez-vous trouvé le cadre, le Chateau du Haillan et les conditions d’entrainement ?

Le Chateau est vraiment très beau, c’est la classe, on peut le dire ! (rires). Le centre d’entrainement est très bien, c’est Bordeaux quoi ! A Bordeaux, c’était sûr qu’il allait y avoir de belles structures. Je n’étais pas surpris car je savais que ça allait être un beau centre d’entrainement et c’était le cas.

 

 

Vous avez également joué avec Ludovic Obraniak, qui a évolué deux ans aux Girondins après son expérience Lilloise. Il se dit très attaché au LOSC, ainsi qu’aux Girondins. Quels souvenirs gardez-vous de lui sur le terrain et en dehors ?

J’en garde de très bons souvenirs, c’est aussi un ami. Sur le terrain, on s’entendait très bien, il me trouvait souvent, on se sentait bien ensemble sur le terrain. Souvent, il savait que même dans une position plus éloignée, il pouvait me trouver dans la surface. On avait de très bons feelings et de très bons rapports. Il m’a fait beaucoup de passes décisives. En dehors de ça, on est restés amis, il a fait sa reconversion comme consultant à la télé, ce qu’il fait très bien. Ce sont de très bons souvenirs que j’ai avec lui, c’est un ami.

 

A Evian, vous avez joué avec Youssouf Sabaly. On lui prédisait un grand avenir notamment lorsqu’il était au PSG, mais depuis quelques temps, ça semble plus difficile pour lui. Comment expliquer qu’il n’ait pas réussi à maintenir son niveau de jeu ces dernières saisons ?

Youssouf, c’était un gros potentiel, je le voyais à l’entraînement. Il était très fort physiquement, costaud, intelligent, avec un très bon caractère. Une bonne personne en plus. Donc c’est un joueur important, intéressant pour les vestiaires. C’est comme ça dans le foot, il y a des bonnes et des mauvaises saisons. Mais je ne pense pas qu’il ait perdu son niveau, certainement pas. Il a toujours un très bon niveau et la preuve c’est qu’il joue à Bordeaux. Pour jouer à Bordeaux, il faut du haut niveau. Peut-être qu’on attend beaucoup plus de lui, mais c’est comme ça dans la vie. Parfois, il y a des hauts, des bas, des moments où on a des problèmes en dehors du terrain et les gens ne savent pas. Les joueurs ne sont pas des robots. Ce qui se passe en dehors du terrain joue vraiment sur les performances. Je ne dis pas que c’est le cas pour Youssouf, car ça fait longtemps que je n’ai pas parlé avec lui. Mais déjà, s’il est à Bordeaux, c’est qu’il a un haut niveau car c’est un club de haut niveau, Bordeaux.

 

L’effectif des Girondins a peu changé ces dernières saisons et à l’attaque on retrouve notamment un joueur d’expérience, qui a marqué 100 buts en Ligue 1 à 35 ans, c’est Jimmy Briand. C’est sans aucun doute un exemple de longévité et un modèle pour les jeunes joueurs, non ?

Certainement ! Jimmy Briand, j’ai joué contre lui au tout début quand il jouait à Rennes, ensuite à Lyon. Il a joué dans beaucoup de clubs et aujourd’hui il se retrouve dans un club de Ligue 1. Être encore performant, c’est sans doute un exemple à suivre. C’est très bien pour lui, je suis content pour lui et je le félicite d’ailleurs.

 

Le groupe a été renforcé par l’arrivée de Hatem Ben Arfa. Il le sent de mieux en mieux dans le groupe et sur le terrain et il a été décisif lors des trois derniers matchs. D’ailleurs Otávio, le milieu brésilien de Bordeaux a déclaré qu’entre lui, Pablo et Hatem, c’est Ben Arfa, le vrai brésilien. Que pensez-vous de ce joueur ?

Hatem Ben Arfa, c’est un talent inné. Il a tout, la vitesse, l’intelligence de jeu, la frappe, le pied gauche magnifique, c’est un excellent joueur. Il arrive à revenir après ne pas avoir joué pendant 6 mois. Il revient, c’est comme s’il n’avait jamais arrêté. C’est un joueur qui est né pour le football, c’est excellent joueur. J’espère qu’on va pouvoir le voir le plus longtemps possible sur le terrain, parce que c’est un bonheur.

 

Un dernier point sur un des attaquants des Girondins, c’est Nicolas de Préville. Il est arrivé à Bordeaux après avoir explosé à Lille. Depuis, les saisons s’enchaînent mais ne se ressemblent pas pour lui. On sent que son niveau de jeu fluctue selon les entraîneurs. Sachant qu’il y a justement eu beaucoup de changements d’entraîneurs à Bordeaux, difficile de rester constant et en confiance. Que pensez-vous de lui et est-ce que l’instabilité au niveau des entraîneurs peut jouer sur le mental d’un joueur comme De Préville ?

Ça joue énormément, le changement d’entraîneur. Tu es très bien dans un club avec un entraîneur et après ça change et un autre entraîneur arrive. Ça m’est déjà arrivé et si l’entraîneur, tout simplement, n’aime pas ton style de jeu, ton visage, je ne sais pas… ce n’est pas toujours le cas mais ça peut arriver. Ça n’aide pas ça et parfois il ne te fait pas jouer même si tu t’entraînes bien, ou il va te sortir, ou ne pas te faire jouer à ta place. Un changement d’entraîneur ça joue beaucoup et dans le mental, aussi. De Préville est un très bon joueur qui a de l’expérience dans quelques équipes en France. S’il traverse un moment plus difficile, je ne sais pas si c’est à cause de l’entraineur mais à cause de tous les changements d’entraîneurs, oui, ça peut être une explication. Car ça joue vraiment, ça touche les joueurs.

 

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Les Girondins ont traversé une période difficile, notamment depuis le rachat du club par des investisseurs américains. Il y a de fortes tensions au sein du club et avec les supporters. Depuis cet été, le club se structure en faisant appel notamment aux anciens du club. Est-ce important d’après vous de s’appuyer sur les anciens pour retrouver les valeurs du club et le reconstruire ?

Je pense que c’est une bonne stratégie, parce que c’est vrai qu’une fois que tu passes dans un club, tu le gardes en mémoire, tu as vécu de bons moments. Tu y as vécu avec ta famille, il y a eu de très belles choses qui se sont passées. Certainement, il y a plus d’attachement : en plus du travail, il y a le côté émotionnel. Il y a ce sentiment, d’avoir joué pour le club, d’y avoir vécu des choses intenses. Moi, dans tous les clubs dans lesquels je suis passé, je suis supporter du club. J’espère toujours qu’ils vont gagner, qu’ils vont faire le meilleur championnat possible. Personnellement, si je reviens dans un club dans lequel j’ai joué, il y aura certainement plus que du travail. Il y a des sentiments, de la passion. Donc ça peut influencer les gens à côté, les joueurs. En tout cas, c’est une énergie positive qui circule dans le club et je pense que la mentalité positive est le début de toutes les belles choses de la vie.

 

Les Girondins se déplacent à Lille dimanche. Lille est sur une bonne dynamique en ce moment, puisqu’ils n’ont pas perdu un match depuis 1 mois, toutes compétitions confondues. Quels sont les atouts de cette équipe cette année d’après vous ?

C’est une équipe qui est très bien construite, par le club, le staff, la cellule de recrutement… Il y a un très bon coach qui instaure une stabilité, ce qui aide beaucoup. L’époque où on était Champions de France à Lille, on était une équipe qui jouait ensemble depuis 3-4 ans. Ça joue vraiment beaucoup la stabilité. Ils sont très forts défensivement, ils sont très bons au milieu… et ils sont très forts offensivement (rires). Ils sont performants partout. C’est un club qui a des moyens, qui peut investir et ils l’ont bien fait. Le danger, il vient de partout à Lille. Le danger est devant mais derrière, il y a une solidité défensive qui donne de la qualité à toute l’équipe.

 

Est-ce que l’enchaînement intensif de matches ne risque pas d’user les Lillois, et donner un avantage aux Girondins, qui seront plus frais ?

Oui, on peut dire ça. Ça peut être un élément à prendre en compte. Je ne sais pas s’ils sont fatigués les Lillois. Si tu enchaînes des matches et que tu as des victoires, c’est très bien, même si tu joues tous les 3 jours. Tu es fatigué mais tu es dans une bonne dynamique, tu as confiance. Parfois, la fatigue, tu ne la sens pas parce que mentalement, tu es tellement bien, en confiance. Je ne sais pas si c’est un atout pour Bordeaux, parce que Lille a un effectif important, avec des joueurs qui peuvent remplacer ceux qui sont éventuellement fatigués, sans baisser le niveau de jeu de l’équipe. Je ne sais pas si ça peut jouer vraiment sur ce match.

 

Bordeaux de son côté enchaîne une bonne série, notamment depuis la trêve internationale. On sent qu’il y a une nouvelle dynamique dans le groupe. Du coup, comment voyez-vous ce match ?

Ce sont deux équipes qui enchaînent les bons résultats, elles sont en confiance. Avec le mental, on positive. J’attends ce match avec impatience parce que je pense que ça va être une très belle rencontre. On va avoir de belles actions des deux côtés et ça va être un beau match de Ligue 1, je l’espère. C’est un match qui va se jouer sur les détails, à la tactique, à l’équipe qui va être plus performante, pour annuler les atouts de l’autre équipe, celle qui va savoir explorer les opportunités et être plus réaliste, décisive. Cela va donc se jouer à celui qui va être le plus performant au moment de marquer un but. Voilà comment je vois ce match.

Merci Tulio !