InterviewG4E. Geoffrey Dernis : “Il va falloir qu’à un moment donné, Bordeaux retrouve des vertus”

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Champion de France en 2012 avec Montpellier, Geoffrey Dernis a effectué près de 400 matches en professionnel. Formé à Lille, il passa également par Saint-Etienne, Montpellier, ou encore Brest en France, où il croisa la route de Paul Baysse (nous y reviendrons plus bas). Désormais consultant de France Bleu Hérault (retrouvez sa dernière émission ICI), il commente les matches du MHSC, club où il est passé pendant trois saisons. Le football plaisir continue d’ailleurs pour lui à Agde, dans le département héraultais mais c’est désormais au micro, aux côtés de Bertrand Queneutte, journaliste pour la radio et l’émission 100% Paillade, qu’il œuvre dans le milieu professionnel du football. Nous avons retrouvé celui que nous attendions, à savoir une personne joviale, sans langue de bois, et ayant toujours la passion du football ; ce fut un réel plaisir. L’ancien ailier possède un œil aguerri sur l’effectif et la saison des Girondins de Bordeaux, qu’il commenta également quelques fois lors de ses piges effectuées à Téléfoot La Chaine. Interview, avant la rencontre de dimanche 15 heures.

 

Quand on parle des Girondins de Bordeaux, quelle image as-tu du club ?

« Bordeaux reste un club très important du championnat de France. Il y a du vécu, des grands joueurs qui y sont passés, ils ont été Champions. Pour moi, c’est un club où il fait bon jouer au football, un club qui a une histoire, qui a envie de grandir. Alors, pas forcément cette année, mais qui a eu l’idée de grandir. C’est un club qui représente bien le championnat français ».

 

Est-ce que tu as eu l’occasion d’y signer lors de ta carrière ?

« Non, jamais. Bordeaux, pour moi, c’est un club que je mets dans la lignée des clubs comme Nantes, où il y a une histoire. En fait, ce sont des clubs où pour jouer au football, c’est top. Il y a un beau stade, un public, un centre d’entrainement qui est très bon. Cela ferait partie des clubs où, éventuellement, et s’ils avaient été intéressés bien sûr, j’aurais pu réfléchir pour y signer, oui ».

 

D’ailleurs, cela colle un peu à ta personnalité, un club familial…

« C’est ce que j’ai toujours recherché oui, un club où c’est structuré, où on peut te permettre de t’épanouir dans ton métier, de bien t’entrainer, dans une ville où il est très sympa d’y vivre. Oui, il y a quand même beaucoup de choses à Bordeaux qui font que les joueurs s’y sentent bien »

 

Ces dernières saisons, Bordeaux n’a plus le même statut qu’avant. Comment tu l’expliques ?

« Je ne suis pas au sein même du club, donc c’est difficilement explicable. Maintenant, si j’ai un regard extérieur, tu sens qu’il y a des problèmes au club. Déjà par rapport aux repreneurs mis en place, ensuite par rapport à un groupe qui change énormément d’année en année. En fait, tu ne sais plus où veulent aller les Girondins. Est-ce qu’ils veulent jouer l’Europe, est-ce qu’ils veulent jouer le maintien et restructurer ? Mais on a l’impression que ça prend plus de temps que prévu. Il y a eu beaucoup de changements d’entraineurs aussi. Tu as plus l’impression d’un club instable, plutôt qu’un club où il fait bon vivre à jouer au football. C’est ce que je ressens de l’extérieur. Tu as l’impression que c’est un peu tiré par les cheveux… Quand tu regardes l’effectif, tu as beaucoup de joueurs qui ne savent pas exactement de quoi est fait leur avenir, mais ça n’a pas l’air de les préoccuper… Un joueur a besoin de tranquillité, ou de savoir où il va. Même si tu lui dis qu’il ne reste pas, il sait ce qu’il a à faire pour finir la saison. Je pense que Jean-Louis Gasset est une bonne pioche, qu’il fait du bon travail. Il n’est pas forcément aidé par tout le monde lorsqu’on se fie aux déclarations de Laurent Koscielny, mais ça c’était visible de l’extérieur, on n’avait pas besoin de lui pour le savoir… Il va falloir qu’à un moment donné, ce club retrouve des vertus ».

 

Ça ne colle pas avec le passé du club et son standing au niveau français…

« Non, ça ne colle pas avec l’image, car quand tu parles des Girondins de Bordeaux, tu te souviens des saisons avec les Dugarry, Lizarazu, Zidane, du titre avec les Chamakh, Gourcuff, Chalmé… Tu as une image de Bordeaux qui fait que c’est un club qui donne envie d’aller jouer les Coupes d’Europe… Il y a une réelle histoire. Et aujourd’hui… Il y a beaucoup de clubs comme ça, il y en a même qui sont en Ligue 2. Tu ne sais pas où tu vas, tu ne sais plus quelles sont les ambitions des bordelais. On peut évoquer tous les clubs qui ont été rachetés aussi, où pour certains cela devient plus du business que du sportif. Quand le business commence à prendre le dessus sur le sportif, on n’est pas tous sur la même longueur d’onde la plupart du temps ».

 

Tu parlais de l’équipe de 1996 des Girondins, tu t’identifiais un peu à eux plus jeune ?

« C’était ma jeunesse ! M’identifier, c’est un bien grand mot, mais quand tu es gamin, ton rêve est de devenir un jour footballeur professionnel, et tu regardes ça avec les yeux de l’amour du football. A cette époque-là, Bordeaux faisait quand même rêver beaucoup d’équipes, de clubs, de joueurs… J’en garde un super souvenir, ce sont des épopées ! Ils te battent le grand Milan de l’époque. Bordeaux fait partie des clubs qui ont marqué l’histoire. Malheureusement, aujourd’hui, l’histoire est lointaine. Mais c’est ma jeunesse, c’est ce qui m’a fait aimer le football, et qui m’a fait regarder aussi les Girondins de Bordeaux à l’époque ».

 

Tu as aussi croisé, cette fois sur le terrain, la dernière équipe des Girondins de Bordeaux, Championne de France en 2008-2009…

« J’étais très pote avec Matthieu Chalmé, puisqu’on a joué ensemble à Lille. Cette équipe, avec Laurent Blanc, avait un football fabuleux. Il y avait une identité de jeu, c’était une équipe solide derrière, très technique au milieu, efficace devant. Après, tu avais le Gourcuff qui était, cette année-là, euphorique. Mais globalement, c’est une équipe qui méritait son titre, ils ne l’ont pas volé. C’était agréable à regarder, et même les affronter, c’était bien ».

 

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Dans l’effectif actuel, il y a un certain Paul Baysse que tu as connu à Brest. Quel regard portes-tu sur sa carrière, lui qui a prolongé jusqu’en 2024 ?

« C’est paradoxal parce qu’à un moment donné, il n’était même plus du tout dans les plans. On voulait absolument s’en séparer, et finalement un nouvel entraineur arrive, lui redonne sa chance, et on le prolonge… Mais Paul Baysse, j’appelle ça le joueur de devoir. Ce n’est pas le meilleur défenseur du monde, mais par contre tu sais que tu peux aller à la guerre avec lui. Tu sais qu’il donnera toujours son maximum. C’est costaud, solide. Il a trouvé en Laurent Koscielny le joueur d’expérience qui lui permet de s’épanouir aussi à côté. Paul, je le connais, et c’est quelqu’un qui, dans un club, ne fera jamais de vagues, jamais d’histoires. C’est un bosseur, un bon mec. Je ne suis pas surpris que sa carrière eut été ainsi. A Brest, c’était notre défenseur principal. Pour moi, il avait le niveau de la Ligue 1. A l’heure d’aujourd’hui, je pense que Bordeaux lui convient très bien ».

 

Là, tu viens de faire son éloge, mais je vais te rappeler quand même ses propos sur ta coupe de cheveux juste après Nice-Bordeaux, lorsque tu étais en bord terrain… (cf la vidéo ci-dessous).

(sourire) Vous écoutez tout, vous ! Alors, pour me défendre, c’est que lorsque Telefoot m’a sollicité, j’ai vu qu’ils avaient recruté Christophe Jallet, Benjamin Nivet, Benoit Cheyrou et Mathieu Bodmer… Ils avaient tous le crâne rasé, donc j’ai tout rasé pour essayer d’avoir mes chances, voilà. Et ça, Paul ne le sait pas, je ne lui ai pas dit (rires). Bon, non, tout simplement, comme tout le monde, quand tu as moins de cheveux, tu les rases… C’est vrai aussi que je ne peux pas rivaliser avec Paul, mais il n’y en a pas beaucoup dans le championnat de France qui peuvent rivaliser avec le côté capillaire de Paul, ce n’est pas possible ».

 

 

Dans l’effectif bordelais, est-ce qu’il y a des joueurs qui te plaisent ?

« J’ai commenté pas mal de fois les bordelais, notamment ce match à Nice où ils avaient été très bons. J’aime beaucoup, quand il est à son niveau, bien physiquement et mentalement, Yacine Adli. C’est un très bon joueur. Quand je l’avais commenté à Nice, je l’avais trouvé exceptionnel dans ses déplacements, dans sa faculté à faire jouer les autres. Ensuite, je trouve que Hwang Ui-Jo est quelqu’un qui apporte pas mal malgré tout. C’est puissant, ça va vite, ça ne rechigne pas. Et après, globalement, c’est plus un effectif. La charnière Koscielny-Baysse, c’est solide. Mais Yacine Adli est le joueur que j’ai trouvé vraiment bon, quand il a envie de jouer. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas envie, mais quand un joueur comme Yacine Adli est à 100%, je le trouve très intéressant ».

 

Passons à Montpellier. Concernant Gaëtan Laborde maintenant, est-ce qu’on ne l’a pas quelque part, du côté de Bordeaux, laissé s’installer vraiment ?

« C’est surtout qu’il a trouvé une entente avec Andy Delort à Montpellier, qui est exceptionnelle. Globalement, Gaëtan Laborde n’est pas un joueur qui va t’éliminer cinq joueurs, ce n’est pas le plus technique. Gaëtan Laborde est vraiment le mec qui va tout donner sur le terrain. Il a toujours des statistiques intéressantes. C’est vraiment son duo avec Andy Delort qui lui a permis d’éclore. Alors, dire qu’il aurait fallu le pérenniser à Bordeaux, je ne sais pas, peut-être. Est-ce qu’à Bordeaux il aurait eu les mêmes statistiques qu’à Montpellier avec un autre attaquant ?! Je ne sais pas. En tout cas, c’est vraiment ce duo avec Andy Delort qui fonctionne, pas uniquement Gaëtan Laborde ».

 

Quelles sont les forces de Montpellier avant cette rencontre ? Le MHSC réussit moins bien à domicile cette saison, ce qui n’était pas le cas les années précédentes…

« C’est vrai que c’est même totalement l’inverse des années précédentes. Avant, pour venir à Montpellier et y gagner, il fallait vraiment sortir le match de l’année. Mais c’est un peu comme toutes les équipes. Quand tu regardes, elles ont toutes été cycliques, en dehors des trois premières. Toutes les équipes ont eu une période où elles ont fait six ou sept matches sans victoire, puis six ou sept matches sans défaite, et tu ne sais pas pourquoi : Rennes, Montpellier, Bordeaux… Ce sont des clubs où il n’y a aucune régularité. Donc celui qui sera le mieux classé, ce sera celui qui sera le moins irrégulier. Et aussi, vu le contexte actuel, il n’y a plus de match à domicile ou à l’extérieur. C’est du 50-50. L’apport des supporters est indéniable quand tu joues à domicile. Le public te booste quand tu es dans un moins bon moment, et là tu es livré à toi-même. Il n’y a plus de notion domicile-extérieur avec les stades vides ».

 

 

Andy Delort marque souvent contre nous… Est-ce que tu penses qu’il peut prévoir de sortir lors de sa célébration un verre de vin rouge, des huitres, un canelé ?

« Ça va être compliqué de mettre une bouteille ou un verre de vin dans la chaussette… C’est plus facile de cacher un bonbon Haribo quelque part, je t’avouerai. Pas sûr qu’il ait prévu quelque chose contre Bordeaux mais si tel était le cas, il va falloir une sacrée idée parce que la bouteille ou le verre de vin, ça va être compliqué (sourire). Mais j’ai trouvé ça très, très sympa ce qu’il a fait face à Nîmes. Il n’y avait pas de méchanceté, c’était plus le côté chambreur. Ça représente bien le personnage, c’était beau, c’était bien ».

 

Comment tu vois cette rencontre de dimanche ?

« Je pense que ce sera une rencontre assez ouverte. Bordeaux, mine de rien, ne joue pas forcément le maintien ; ils sont quasiment maintenus. S’ils veulent aller voir plus haut, ce sera, entre guillemets, une réussite imprévue. Je ne pense pas que c’était leur objectif, vue les péripéties de la saison. Ils n’ont plus rien à jouer, hormis se faire plaisir. Pour Montpellier, c’est un peu pareil, même s’ils évoquent un peu l’Europe… Mais ça ne dépendra pas que d’eux, il y a beaucoup d’équipes devant. Je pense que ce sera deux équipes qui vont vouloir jouer, ou en tout cas je l’espère. En plus, il y a de la qualité dans ces deux équipes. Ce serait dommage de se priver de ce spectacle-là, avec deux équipes qui n’osent pas. J’espère que ce sera un match ouvert avec des buts ».

 

Merci Geoffrey, et bon match !