Qui est John Williams ?

(Photo by Dave Winter/Icon Sport)

Celui qui se définit lui-même comme un « homme de l’ombre, n’ayant ni besoin de reconnaissance ou de notoriété » a vu son nom être associé à ceux Stéphane Martin et Pascal Rigo, dans l’optique de reprendre les Girondins de Bordeaux. « Je ne suis pas convaincu d’être une personne intéressante et je n’ai pas assez d’égo pour communiquer » expliquait-il à L’Equipe en 2017.

 

Agent de joueur, conseiller du Président, directeur sportif, responsable du recrutement ou encore actionnaire, telles sont les casquettes de John Williams, dont certaines auraient été parfois cumulées. Ce qui lui valut notamment lors de cette année 2017 d’être convoqué devant la commission des agents de la FFF. En effet, la fonction d’agent est incompatible avec celle de dirigeant, pour évidemment des raisons de conflits d’intérêts potentiels (Williams et Amiens ont été blanchis. C’est leur appel devant le CNOSF qui a été décisif). Dans le métier, il jouit d’une certaine réputation, comme a pu nous le confier un agent : « Borderline, c’est exactement le mot. Il aime jouer avec l’ambigüité, jouer sur le fil, et parfois profiter du système, ou plutôt s’en arranger ».

 

Une jeunesse anglaise, française, bordelaise, et un métier d’agent pas forcément à sa convenance

 

S’il est né dans la banlieue de Liverpool, il n’est pas resté très longtemps en Angleterre. « C’est pour ça que le titre ‘d’agent anglais’, sorti pour le caractériser, est assez drôle dans le milieu » nous confiait un autre agent (D’ailleurs, il n’aurait jamais demandé son passeport français et serait fiscalement inconnu en France où il a toujours vécu). C’est en famille qu’il rentra en France et plus précisément dans la région bordelaise, là où il suivit ses études. Mais c’est lorsqu’il arriva au Havre que son réseau s’est développé, avec une passion née dans le management sportif. Son nom est associé à de bons joueurs Lassana Diarra, Carlos Kameni et bien d’autres, dans une fonction d’agent ou plutôt de mandataire sportif (même s’il eut finalement une licence officielle d’agent en 2015). Dans L’Equipe toujours, un ancien agent, sous couvert d’anonymat, donnait son ressenti le 1er juillet 2017 : « C’est une petite crapule. Il n’hésitait pas à se faire passer pour un vrai Anglais auprès des clubs français grâce à son nom, alors qu’il en parle à peine deux mots, et a souvent bluffé, en prétendant qu’il était orphelin de père pour s’attirer la sympathie de ses interlocuteurs ».

 

Dirigeant de Boulogne-sur-Mer, premiers pas dans cette fonction

 

Ayant vraisemblablement tenté de racheter le Havre, c’est bien à Boulogne-sur-Mer qu’il eut son premier rapport à l’actionnariat en injectant 500000€ dans le capital du club. Là encore, médiatiquement, il n’était officiellement que le « conseiller du Président », même s’il s’occupait du recrutement dans les faits. Selon la presse de l’époque, il aurait profité de cette confiance et des attributions accordées par le Président du moment pour faire signer des joueurs dont il continuait de s’occuper, tout en prenant des commissions sur le transfert de ces joueurs. Aujourd’hui à Amiens, il a également cumulé les casquettes : responsable de la cellule de recrutement, conseiller du Président. D’ailleurs, en étant le responsable du recrutement d’Amiens, il était toujours conseiller du Président de Boulogne-sur-Mer assure Le Courrier Picard, qui relayait justement des propos du Président du club nordiste, Jacques Wattez. « Le problème, c’est qu’il occupe toujours des fonctions chez nous. Je ne comprends pas à quel jeu il joue. Pour l’instant, je n’en sais rien. Je me suis entretenu avec Bernard Joannin qui m’a dit qu’il était en discussion avec lui. Je ne suis pas au courant. Il s’occupait d’une partie du recrutement. Il jouait le rôle de directeur sportif et conseiller du président. Il a un contrat moral chez nous ».

 

D’Amiens jusqu’à aujourd’hui

 

Aujourd’hui officiellement à Amiens, il est responsable du recrutement du club amiénois, tout en étant annoncé avec Stéphane Martin, qui a lui-même confirmé sa présence dans une fusion, sur RMC. Dans quelle optique ? Forcément afin d’être plus fort financièrement car ce que King Street regardera avant tout, c’est assurément l’offre la plus haute. Mais revenons à John Williams. Aujourd’hui, il serait contesté en interne du club, et est surtout en conflit ouvert avec le coach, Oswald Tanchot depuis plusieurs mois. Les supporters du club de la Licorne n’y vont pas par quatre chemins concernant son travail de directeur sportif : « Il y a eu quelques bons coups, mais vite oubliés des suites de plusieurs campagnes de recrutement ratées, nous confie un supporter. Par exemple, Ganso. Ca a fait le tour du monde, ça a mis en lumière notre club au niveau international, mais c’était perdu d’avance quand on avait tous les éléments en main, d’autant plus que Christophe Pélissier n’en voulait pas. Résultat, 12 matches et un prêt cassé. Mais il n’y a pas que ça. On peut parler de Chadrac Akolo, payé 4 millions d’euros, ce qui est énorme pour un club comme le nôtre, pour rien au final. On a eu aussi pas mal de pistes dites exotiques, comme Juan Otero, arrivé pour 2 millions d’euros, ou encore Rafal Kurzawa. Beaucoup d’argent dépensé, pour aucun retour financier et sportif, ça la fout mal. Ah, et Luka Elsner, renvoyé six mois après sa nomination ! ». A noter également que John Williams, il y a un an, était sollicité par Monaco, mais qu’il décida de rester à Amiens, n’étant pas sûr d’être le choix numéro 1. « Je privilégie Amiens. Et je ne me suis jamais fixé en termes de niveau. Pour en revenir aux contacts, c’est simple : Lyon a pensé à quelqu’un d’autre. À Monaco, le projet était très excitant, et peut offrir tout ce dont rêve un directeur sportif : retrouver la Ligue des Champions, et aussi développer les jeunes, avec la présence de Bruges, le club partenaire. J’ai laissé un message à Monsieur Petrov pour le remercier, il est droit et bienveillant, et lui dire que je privilégiais Amiens. Très sincèrement, même si le contact s’est bien passé, je ne sais absolument pas si j’aurais été pris par Monaco ».

 

Et maintenant, objectif Bordeaux ?

 

Il semblerait que John Williams reproduise le même schéma que lors de son passage de Boulogne à Amiens, à savoir qu’il occupe toujours des fonctions dans un club (Amiens), tout en essayant d’en prendre d’autres (Bordeaux), pour au final se retirer du premier. Evidemment, comme tous les autres projets, il ne s’agira pas de fonds propres qui serviraient à racheter les Girondins de Bordeaux, mais dans le cas présent un fonds américain principalement. Stéphane Martin avait demandé d’ailleurs sur RMC de ne pas généraliser ou d’être effrayé par la combinaison « fonds-américain », mais après trois ans de souffrance, de déceptions, de crises et de cheveux blancs, il est évident que cette alliance nous rappelle GACP-King Street, soit l’association de plusieurs investisseurs, couplée à un pouvoir décisionnel multiple, avec tout ce que cela impliquerait. Mais encore une fois, nous n’avons pas tous les éléments en main et nous attendons cela avec impatience (et anxiété). Rappelons aussi que le Président d’Amiens, Bernard Joannin, assurait que John Williams resterait en Picardie. « Il a été contacté parce qu’il est bon, mais il reste à Amiens. J’ai une relation presque filiale avec lui. Si un jour, il a envie de faire autre chose, il me le dira et on est en train de travailler sur l’équipe » (Courrier Picard).

 

“Il ne faut pas non plus entrer dans la question des américains, pas des américains… Le problème n’est pas d’être américain, c’est la typologie d’investisseurs, ça c’est important. Aujourd’hui, les investisseurs qui étaient sur les deux tours de table sont des gens qui ont un intérêt stratégique et industriel, à investir dans le football, parce qu’ils ont des activités qui ne sont pas loin […] Il ne faut pas tomber dans les clichés avec les mots ‘américains’, ‘fonds’. Le problème n’est pas là. Il y a 320 millions d’américains…” (Stéphane Martin, sur RMC)

 

NB : tous les éléments ci-dessus concernant John Williams ont été rapportés par la presse, que ce soit L’Equipe ou Le Courrier Picard principalement. Nous nous sommes évidemment renseignés auprès de différentes personnes qui l’ont côtoyé, mais nous n’avons aucune preuve quant à ce qui nous a été dit. Pourtant, plusieurs personnes ont été très plutôt directes sur nombreux sujets -sans même qu’on leur demande – comme leurs mauvaises relations avec lui à un moment donné, la provenance des fonds pour certains transferts, sa personnalité (« Pervers narcissique » est souvent revenu, mais également « charmeur » pour arriver à ses fins), la fiscalité… Plusieurs thèmes reviendront cependant dans la vidéo ci-dessous de Romain Molina datant de janvier 2020. Vidéo évidemment à prendre avec parfois un second degré et du recul car Romain Molina a un style bien à lui de narrer les choses en vidéo, sans filtre.