Triaud : « une saison à oublier »

 

Le site officiel des Girondins retranscris la première partie de l’interview de Triaud sur le bilan sportif de cette saison. Au menu notamment la fin de cycle, l’erreur de casting Andre ou encore Pavon et la maladie de Dropsy.

 

Depuis 2005, est-ce votre plus mauvaise saison ?

Sûrement. Je n’ai plus trop de souvenirs car d’une saison à l’autre, j’oublie un peu. La fin de la saison dernière a été pénible mais nous avions vibré pendant 6 mois. Tandis que là, nous n’avons même pas vibré 5 minutes. Une saison à oublier.

 

Etes-vous déjà dans l’analyse de ce qu’il s’est passé ?

J’aimerais que l’on en sorte. Nous n’arrêtons pas de faire des analyses depuis 18 mois sans trop de succès. Nous n’avons pas su changer le cours des choses. Nous avons invoqué de multiples raisons. Je me suis battu longtemps contre l’idée que l’équipe était en fin de cycle. Quand j’écoute Rio Mavuba, champion avec Lille, il explique que cela fait 3 ans que cette équipe vit ensemble. Au moins un Bordelais aura réussi cette saison… Des complicités et des automatismes se sont constitués à Lille. Je croyais que c’était une raison valable pour avoir de bonnes performances. A l’inverse, on dit que Bordeaux est en fin de cycle. Il semblerait que ce soit le bon terme pour une durée de 3 ans. C’est peut-être vrai. Je ne voulais pas le croire. Je pensais, au contraire, que beaucoup de vécu en commun pouvait apporter de la performance. Il semblerait que chez nous, ce soit l’inverse. Peut-être que cette équipe est en fin de cycle.

 

Peut-être que l’analyse de Rio est valable tant que l’on a rien gagné ?

Je ne crois pas que l’on se blase aussi vite de quelques titres, en tout cas à Bordeaux. Lyon a gagné 7 titres d’affilée. Il parait qu’à la descente de l’avion lors de la dernière année, il y avait peu de public pour les accueillir. De notre côté, nous avons gagné un titre, une coupe et un trophée des champions, ce n’est pas suffisant pour arriver à saturation. Nous avons trouvé des dizaines de raisons en allant du manque de complicité entre l’entraîneur et le groupe, de faits de jeu défavorables qui nous ont plongé la tête sous l’eau, les suspensions, les blessures. Nous pouvons toujours trouver des excuses mais je n’ai jamais vu un groupe réagir. Après Sochaux (0-4), nous avons vu la purge du match de Toulouse (2-0). Quand des équipes menées ont envie de gagner, elles se précipitent pour jouer la touche. Nous allons chercher le ballon en marchant alors que nous sommes menés au score.

 

Vous avez avancé les arguments de la fin d’un cycle bordelais et de l’embourgeoisement des joueurs. Est-ce que le club n’a pas fait signer trop de joueurs sur des contrats trop longs ?

Nous ne pouvons pas dire une chose et son contraire. Parfois, on me dit que je n’ai pas encore prolongé le contrat d’un joueur et de ce fait, il est en situation de stress et d’incertitude et est moins concerné. Alors pour qu’il ait l’esprit libre, il faut le prolonger. On me dit également que par moment, je m’y prends trop tard, comme pour Marouane Chamakh. On ne peut pas dire un jour qu’il faut prolonger et le lendemain qu’il ne faut pas. Ce sont des discours a posteriori qui sont des lieux communs. Soyons réalistes. Un joueur est performant lorsqu’il est concentré sur la performance sportive et pas autre chose. Lorsque nous arrivons à 2 ans du terme d’un contrat d’un joueur, c’est à ce moment que nous pouvons parler de prolongation. Les bons joueurs sont sollicités et la tentation de ne pas prolonger pour pouvoir partir libre, existe.

 

Il y a un an, ce groupe, à quelques différences près, était en quart de finale de la Ligue des Champions. Cette saison, l’équipe fini dans le ventre mou du classement. Vous êtes-vous posé la question de la valeur de ce groupe ?

Je suis persuadé de sa valeur. Ce qui m’ennuie, c’est que les joueurs eux-mêmes n’en sont pas persuadés. J’ai eu quelques échanges avec les joueurs. Certains m’ont dit que l’équipe était moins performante à cause de 2 absents. Ils parlent bien sûr de Marouane Chamakh et Yoann Gourcuff. Pour ce dernier, cette saison n’est pas la meilleure. Marouane quant à lui, est sur le banc à Arsenal. Les 6 derniers mois de la saison de Laurent Blanc n’ont pas été bons non plus. L’équipe n’a pris que 21 points sur les 19 matches. Marouane et Yoann étaient dans le groupe à cette période. Donc il ne faut pas résumer nos contre-performances à ces seules absences. D’autant plus que le jour où les joueurs m’ont dit que l’effectif était diminué, 10 joueurs sur les 11 présents face à la Juventus jouaient le soir même. Ils sont encore dans l’équipe actuellement. Cela prouve bien que parfois, les joueurs manquent de recul et d’analyse.

 

 

Il y a donc un gros travail psychologique à faire autour de ces joueurs…

Oui. Je regarde ce qui se fait ailleurs. Un entraîneur comme Jean-Louis Garcia fait un bon travail à Angers. Son homologue, Rudi Garcia explique qu’il n’insiste que sur les points positifs. C’est une approche courageuse et un parti-pris extrêmement positif en communication. Quand un entraîneur gère un groupe, il a plus envie de leur rentrer dans le lard pour leur dire tout ce qui ne va pas. Lui pas. Il a une équipe qui a très bien tournée cette saison. Alors a posteriori, c’est facile d’expliquer cela. Mais un garçon capable de faire cela, c’est très courageux. Je pense que nos joueurs ont besoin de retrouver confiance. Cela passe par une excellente communication et un bon discours de leur futur entraîneur.

 

En début de saison les objectifs étaient logiquement élevés. Avec le recul, vous ne toucheriez rien à ces objectifs…

Je trouve ces objectifs cohérents avec la valeur du groupe et le budget du club. Pendant longtemps, nous disions que notre principal but était de remporter le plus de matches. Nous avons été accusés de nous cacher. On nous a reproché de ne pas avoir d’ambition car nous n’affichions pas nos vrais projets. Alors, pour couper court aux discussions, j’ai annoncé que cette année nous allions jouer la Champions League. Les joueurs ont trouvé qu’on leur avait mis trop de pression avec de tels objectifs. Alors l’année prochaine, nous allons les mettre à l’aise en disant que nous jouons le maintien ! Ils n’auront plus de pression et pourront être meilleurs.

 

Lors de sa présentation, Jean Tigana n’avait pas annoncé clairement l’objectif Ligue des Champions. Pourquoi y a-t-il eu un décalage entre la communication du club et celle de l’entraîneur ?

Il venait d’arriver à Bordeaux. Il n’allait pas se mettre une pression inutile dès le départ. Nous pensions réellement que ces objectifs-là étaient dans nos cordes. Nous n’avons jamais mis en jeu le contrat de tel ou tel joueur. Nous leur avons simplement dit que nous pensions qu’ils avaient le niveau. Mais si leur dire que nous avons confiance en eux leur met trop de pression, je ne sais plus ce qu’il faut leur dire.

 

Il s’est passé beaucoup de « faits divers » durant cette saison. Le stade qui se fissure, les déclarations plus que malheureuses de Moussa Maazou, la maladie de Dominique Dropsy, la mésentente entre Michel Pavon et Jean Tigana… Tout cela fait beaucoup pour une saison…

La maladie de Dominique Dropsy est réellement la chose la plus difficile et grave. Le reste est anecdotique. S’il n’y a pas de nouveau stade, il faudra s’accommoder de Chaban Delmas. Les rapports difficiles en Michel Pavon et Jean Tigana, sont des choses qui peuvent arriver. Ils ont manifesté des appréciations différentes sur la manière de gérer le groupe. Moussa Maazou, par ses déclarations, nous a montré que c’était un garçon sous pression. Il ne s’est pas bien rendu compte de ce qu’il disait. C’est absolument condamnable.

 

Et le centre du Haillan taggué…

Je trouve cela plein d’humour. Nos supporters ont gagné en qualité dans la remarque et la réflexion. Je leur ai toujours demandé d’être originaux. Ils ont du m’écouter. Ils sont devenus plus matures. Il y avait une banderole au stade qui disait « Cherche berger pour troupeau de chèvres ». J’ai trouvé cela marrant.

 

 

Le fait d’avoir des supporters mécontents mais qui réagissent de façon positive, traduit-il les bonnes relations existantes entre la direction et le public ?

Cela traduit beaucoup de maturité chez ces garçons et surtout chez leurs leaders. C’est quelque chose de très positif. Cela met de la pression sur le club mais sans que cela soit malsain. Une réflexion s’engage sans créer de stress inutile et de climat délétère. Je félicite souvent ces supporters mais je leur rappelle qu’ils ne sont pas les seuls à connaître le foot. Nous avons constaté les mêmes carences. Nous faisons les mêmes analyses et nous avons des ambitions similaires. Ils n’ont peut-être pas conscience et ce n’est pas leur problème, mais nous n’avons pas tout à fait les moyens que nous voudrions. Nous divergeons sur cet unique point. Je préfère l’humour que la bêtise.

 

Quel regard portez-vous sur l’arrivée des nouveaux joueurs cette saison ?

Pour André, c’est une erreur de casting. Nous n’avons pas pris un gros risque financier. Nous avons fait un pari. Il n’a pas fonctionné. Je pense que ce garçon est immature et il n’a pas su se mettre physiquement au niveau. C’est une erreur absolue. Pour le cas Moussa Maazou, l’entraîneur pensait qu’il pouvait apporter sa vitesse et son jeu dans la profondeur. Cela s’est avéré être négatif. En ce qui concerne Anthony Modeste, il ne faut pas oublier qu’il n’a que 22 ans. Il n’a pas été très en réussite cette saison. Nous l’avons encore vu face à Paris. Ceci dit, c’est un joueur avec des qualités. Le poste dans lequel il évolue, est un poste qui demande un peu de maturité et d’expérience. C’est aussi la 1ère fois qu’il joue une saison pleine en Ligue 1. Il faut lui laisser un peu de temps. Pour Fahid Ben Khalfallah, je pense que le comportement général de l’équipe n’a pas été à son avantage. C’est un garçon jouant avec sa vitesse. En partant bas, avec des ballons dans la profondeur, et au vu de son gabarit, cela n’a pas été facile. Il a été à son avantage face à Auxerre et Marseille. Il faut qu’il s’adapte. Je demande à le voir évoluer un peu dans son registre c’est-à-dire autrement que dos au but et dans une équipe coupée en deux. Cette saison, les défenseurs restaient derrière, les attaquants attendaient devant. Au milieu, nous avions un no man’s land occupé par nos adversaires. La notion de bloc est importante quelque soit l’endroit où il se situe sur le terrain. Lorsqu’une équipe avance en bloc et avec mouvement, elle trouve toujours des solutions. Evidemment si nous jouons étirés et arrêtés, nous n’avons pas beaucoup de chances de réussir.

 

Y a-t-il des joueurs cadres qui vous ont déçu cette année ?

Très simplement, il n’y en a que 3 qui ne m’ont pas déçu.