Cheick Diabaté, ce joueur atypique

diabate but montpellier

 

 

Solidarité patronymique ou girondine, Lassina Diabaté est également intervenu dans le portrait de Cheick Diabaté, dressé par le quotidien l’Equipe, et a pris la défense du malien : « Les gens disent qu’il n’est pas joli à voir joueur. Mais il a une morphologie spéciale pour une footballeur. Malgré son déséquilibre naturel d’avoir des jambes plus longues que le tronc, il s’est adapté et est capable de gestes rares. […] Son ratio buts/temps de jeu le place même au niveau des plus grands attaquants passés par Bordeaux. […] Ces dernières années, il a compris que le foot est un sport collectif et que, seul dans son coin, il aurait du mal à s’exprimer. […] De nos jours, c’est rare de voir des jeunes qui ne pensent pas d’abord aux chiffres. La priorité de Cheick n’était pas l’argent, juste de vivre sa passion. »

 

Atypique, Cheick Diabaté ne l’est pas uniquement sur le terrain, mais également en dehors, et le confirme un peu plus en confiant au quotidien sportif ses premiers souhaits de carrière, qu’il rêvait de faire dans son pays, contrairement aux autres joueurs évoluant au Mali :  « Pour la plupart des gars de bled, le rêve était de passer pro en Europe. […] Je voulais jouer au foot mais au Mali. Je me voyais passer ma vie à côté de mes parents parce que je me sentais en sécurité. […] J’avais tout ce que je voulais. Comme on m’avait donné le prénom de mon grand-père, mes frères n’avaient pas le droit de m’insulter ou me taper et j’en profitais. Des fois, ma mère me disait “Tu crois que tu vas rester toute ta vie à côté de ta mère ? Tu es un homme, un jour, il faut partir”. Quand elle me disait ça, je pleurais. »

 

Très attaché aux valeurs familiales, la disparition de sa mère l’a bouleversé, mais ses proches l’ont finalement convaincu de rejoindre l’Europe s’il souhaitait poursuivre sa carrière professionnelle dans le football. Mais Cheick n’a pas oublié ses racines, et ce lien familial lui a notamment permis de percer aux Girondins de Bordeaux : « Ça a été très dur. Quand je l’ai perdue, pour moi, la vie ne servait plus à rien. […] Mon père et mes frères m’ont dit : ‘Si tu veux devenir pro et jouer pour ton pays, tu dois y aller’. […] Un jour, Guy Dubois m’a dit que j’avais le droit d’appeler en Afrique. Ça m’a fait beaucoup de bien. A compter de ce jour, sans rien dire à personne, je l’ai considéré comme mon père. Je me disais que les cuisinières étaient ma mère et ma tante et que les autres joueurs étaient tous mes frères. A partir de là, je me suis senti mieux. »

 

Évoquant d’ailleurs ses difficultés lors de ses premiers mois en Gironde, notamment à cause de la langue, Cheick Diabaté nous raconte une petite anecdote montrant également un choc culturel en terme de comportement : « Chez nous, quand on parle avec un aîné, il faut baisser les yeux. Pour Patrick, ça voulait dire : Cheick s’en fout. En fait, c’était une marque de respect, mais je n’avais pas les mots pour lui expliquer. On a fait un an comme ça… Personne ne m’avait expliqué les codes. Je me rappelle, quand il parlait avec d’autres joueurs, certains le fixaient droit dans les yeux et je me disais : comment il regarde l’entraîneur celui-là, il est fou ! »

 

Une image prétentieuse dont il peine à se défaire, notamment à cause de certaines déclarations, et d’un usage prononcé de la troisième personne pour parler de lui, comme ce fut le cas récemment (avec cette déclaration “J’aime tous les joueurs qui ont joué à Bordeaux, mais je préfère Cheick Diabaté”) : « J’ai dit ça parce qu’il y a tellement de joueurs qui ont fait de grandes choses ici que j’ai cité mon nom. Je ne voulais pas dire que les autres ne sont pas bons. De la même manière, quand j’ai dit que je voulais faire comme Drogba ou Eto’o, je ne me comparais pas à eux. Je veux juste devenir un joueur qui compte, c’est normal non ? J’aimerais bien que plus tard,  si je reviens voir un match de Bordeaux, on me respecte pour ce que j’ai fait. »

 

 

Retranscription par Girondins4ever