Patrick Battiston : « Je vois un boulevard. J’accélère, j’accélère… C’est pour moi ! Je me dis : ‘Oulah, il y a un truc qui m’arrive droit dessus’… »

Dans L’Equipe, s’est souvenu de la demi-finale de Coupe du Monde jouée par les Bleus dans la fournaise de Séville, le 8 juillet 1982 (3-3, puis défaite 4-5 aux tirs au but). Il n’était alors pas titulaire au coup d’envoi. En effet, le désormais responsable du centre de formation des Girondins de Bordeaux aujourd’hui, Patrick Battiston, remplaça Bernard Genghini, touché au mollet.

« Hidalgo me fixe: «Prépare-toi !» Choqué, je pénètre dans les douches, je tourne en rond. «Quoi, c’est pas possible, je vais entrer ! » Je retourne voir Bernard : «T’as pas mal, hein! Tu continues, t’as pas mal ! » La France joue si bien, je me demande ce que je peux apporter… Serais-je à la hauteur d’une demi-finale de Coupe du monde ? Surtout que, milieu, ce n’est pas mon poste. Le match reprend. « Échauffe-toi ! » me lance Michel Hidalgo. Montées de genoux, talons-fesses, pas chassés, sprints… Wouah, ça va trop vite, là ! Mes gestes vont à 200 à l’heure, je suis bien en cannes, pas essoufflé, mes réflexes sont supers. Le meilleur échauffement de ma vie ! La dernière fois que j’ai joué milieu, c’est en juniors. J’entre dans un état second… Je n’entends rien. Sur mon premier ballon, j’effectue une montée et je frappe de loin. Puis je tacle Briegel. Personne ne me donne de repères tactiques pour bien rester en numéro 6. Tout est à l’instinct. Je cours beaucoup, je reviens, je demande les ballons ».

Puis arriva ce dont tout le monde se souvient aujourd’hui : le gardien allemand Harald Schumacher le percute violemment. Dents cassées, mâchoire enfoncée… Patrick Battiston revient l’action avant le choc.

« Je me situe plein axe. Michel, je le côtoie depuis deux saisons à Saint-Étienne. Avec lui, si l’appel est bon, la balle arrive dans les pieds. Je fonce… Sa transversale est merveilleuse, dans ma course, ni trop fort ni trop loin. Je vois un boulevard. J’accélère, j’accélère… C’est pour moi ! Je me dis : « Oulah, il y a un truc qui m’arrive droit dessus…» Je touche le ballon pied gauche, puis je veux vite m’enlever. Je n’ai pas le temps ! ».