Willy Sagnol : “Je faisais partie de la génération qui n’avait pas gagné 98, donc c’était la seule que j’aurais pu gagner et on me l’a enlevée… Donc forcément, tu ressens de la colère, c’est normal”

Pour Colinterview, l’ancien entraineur des Girondins de Bordeaux, Willy Sagnol, est revenu en détails sur le Mondial 2006, à commencer par sa relation avec Zinedine Zidane.

« En dehors des terrains, on avait une relation extrêmement proche. Sur le terrain, c’était un peu Dieu qui m’avait fait un cadeau en me permettant de jouer avec lui. Je n’ai jamais joué avec un joueur de ce niveau-là. Les Messi, Cristiano Ronaldo, leurs stats, la façon dont ils jouent… Mais la façon dont Zidane est capable de rendre une équipe… Je n’ai vu aucune autre équivalence ».

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Puis il revient longuement sur la manière dont il a vécu le coup de boule de Zizou en finale de la Coupe du Monde.

« Il y a deux choses. Il y a de la colère parce que son comportement individualiste nous a laissé tomber, et il y a de la colère parce que la Coupe du Monde je ne l’ai pas soulevée… En plus, cette Coupe du Monde est en Allemagne, dans ma deuxième maison. Je suis anéanti à ce moment-là. Si un mec avait pris un rouge parce qu’il avait mis un trop plein d’agressivité sur le terrain, ça n’aurait dérangé personne, parce que c’est le football qui est comme ça. Mais quand tu as un joueur qui a une réaction individuelle, épidermique, qu’il n’arrive pas à gérer son émotion à l’instant T, bien sûr que tu ressens de la colère… Parce que tu sais que c’est quand même beaucoup plus facile de gagner une Coupe du Monde à onze qu’à dix… Il y en a plein qui se sont exprimés de manière différente, mais je peux t’assurer que dans le vestiaire à la fin du match, tout le monde avait les boules. Et en plus, on ne perdait pas n’importe quel joueur, on avait perdu notre guide… Sur le terrain, c’était notre guide, notre guide technique, c’est lui qui décidait si on devait accélérer le jeu, si on devait le ralentir… C’est pour ça que tous les sentiments que tu devais ressentir après étaient exacerbés… Parce que c’était le mec que tu idolâtrais, moi je faisais partie de la génération qui n’avait pas gagné 98, donc c’était la seule que j’aurais pu gagner et on me l’a enlevée… Donc forcément, tu ressens de la colère, c’est normal. Dans la période qui suit, la colère contre le joueur, Zizou, disparait. Quelques temps après ça, Zizou est venu à mon mariage. Quelques années après on a passé nos diplômes d’entraineur ensemble. Ça ne changera pas le fait que grâce à lui, j’ai joué une finale de Coupe du Monde, que jouer avec lui a été une des plus belles expériences de ma vie, et qu’humainement il fait partie des plus belles rencontres que j’ai eu dans ma vie […] Personne n’a parlé à la fin du match, et c’est normal, si j’avais dit quelque chose je l’aurais regretté cinq minutes après. Lui s’excuse parce qu’il sait que de toute façon, il ne peut pas faire autrement. Il sait très bien que personne à ce moment-là va venir lui taper sur l’épaule et lui dire ‘ce n’est pas grave, c’est pour la prochaine’ car il n’y en a pas… on est des hommes aussi, on avait vécu tellement de choses ensemble : ça va ».

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