Ludovic Obraniak : “Je suis en survie, moi, depuis six ans”
Pour RMC, l’ancien milieu de terrain offensif des Girondins de Bordeaux, Ludovic Obraniak, s’est exprimé sur le sujet de la “petite mort du footballeur”.
“Ce sont des termes vraiment adéquats parce que c’est comme ça qu’on le vit ou, en tout cas, 95% de ceux qui ont une carrière qui a commencé aux alentours de 17-18 ans. Notre vie a été réglée comme du papier à musique pendant plus de 20 ans où en se levant chaque matin, on savait comment était chronométrée notre journée, une journée qui était aussi bien remplie et aussi assistée parce qu’on avait des gens autour de nous qui faisaient beaucoup de choses et qui nous simplifiaient la vie. Donc cette vie qui était magique s’arrête un jour comme ça, c’était le cas pour moi”.
Et ce mal-être a duré plusieurs années…
“J’ai arrêté tôt, à 33 ans. Mais je ne m’attendais pas à la violence et à l’impact qui ont suivi derrière. C’est une chute. Une vraie chute. Une chute dans les profondeurs, comme si tu t’enfonçais dans le Grand Canyon. Tu te jettes dans le vide. Il y a un trou noir et tu ne sais pas du tout où ce trou va te mener. Est-ce que tu vas ressortir dans un autre univers ? Et le temps de la chute, il se passe beaucoup de choses, notamment sur le plan de ta conscience personnelle. Aujourd’hui, c’est un vrai sujet, la santé mentale des sportifs de haut niveau qui s’arrêtent et comment ils peuvent continuer leur vie, comment ils peuvent continuer à exister. Parce que clairement, c’est une seconde vie. On renaît, c’est-à-dire que c’est une renaissance. Il faut réapprendre à marcher, il faut se reconstruire. Moi, ça fait six ans que je suis dans ce processus-là et, honnêtement, je commence seulement à sortir un peu la tête de l’eau. Je suis en survie, moi, depuis six ans”.



