Marius Trésor : “C’était dégueulasse de la part de journalistes présents sur place de dire que les Italiens nous avaient battus à cause de cette histoire”
Dans L’Equipe, l’ancien défenseur central des Girondins de Bordeaux, Marius Trésor a été invité à se rappeler de la fameuse affaire “des chaussures” qui a empoisonné votre Coupe du monde 1978, alors qu’il était capitaine de l’Equipe de France.
“Après notre premier match face à l’Italie, les gens ont fait tout un plat de ce truc de godasses alors que ça n’avait pas lieu d’être. C’était même dégueulasse de la part de journalistes présents sur place de dire que les Italiens nous avaient battus à cause de cette histoire. Tu es à la Coupe du monde et tu vas perdre volontairement ? C’était n’importe quoi de penser que nous avions pu faire une connerie pareille !”.
L’ancien bordelais argumenta.
“À l’époque, Adidas, qui était l’équipementier de l’équipe de France, te faisait signer un contrat personnel à partir de ta troisième sélection. Ç’a été mon cas, comme pour Henri Michel par exemple, plus ancien en sélection que moi. Mon contrat s’élevait alors à 500 francs par mois, soit 6 000 francs par an pour jouer en Adidas. À ce forfait, s’ajoutaient 150 francs par match en bleu. Cet argent mettait un peu de beurre dans les épinards. Aujourd’hui, cette somme ne veut plus rien dire. Mais à l’époque, c’était bien de la toucher. En plus de ce contrat joueur, Adidas nous versait 1 500 francs de prime. Une fois notre qualification pour le Mundial argentin en poche, elle est passée à 1 600 francs. Peut-être qu’Adidas a cru que nous ne saurions jamais combien il versait aux autres délégations. Et notre équipementier ne croyait sans doute pas en nous. Il devait y avoir un peu de ça aussi. Il a d’ailleurs eu raison puisque nous avons été éliminés dès le premier tour. Mais c’était oublier que le monde est petit. Car en arrivant là-bas, en Argentine, nous avons appris la somme que les autres délégations touchaient de la part d’Adidas. Je ne me souviens plus si c’est Platoche (Michel Platini) qui l’a su ou si c’est quelqu’un qui l’a lu dans les journaux argentins. Notre réaction n’était donc pas préméditée. Mais nous étions vraiment en colère. Certains gueulaient tous les jours en disant : “On se fait vraiment baiser la gueule !”
