Fabien Gay : “Je crains fort qu’une nouvelle fois, cela soit une voie sans issue…”
Après une première sortie sur les Girondins de Bordeaux il y a quelques jours, le sénateur de Seine-Saint-Denis (93), Fabien Gay, membre du parti communiste et directeur de L’Humanité, s’est une nouvelle fois exprimé sur le cas du Club au Scapulaire, avec une tribune sur “la financiarisation du football est un symptôme du capitalisme prédateur.
“La cession des Girondins de Bordeaux à Sparta Capital, fonds d’investissement britannique, pour un euro symbolique, n’est pas un simple rebondissement sportif. C’est la démonstration crue de la manière dont le capitalisme transforme tout ce qui a de la valeur sociale en marchandise spéculative.
Depuis des années, les clubs populaires sont livrés aux appétits de fonds étrangers, de multimillionnaires et de structures financières dont le seul horizon est le retour sur investissement. Après le départ précipité de M6, nous avons vu défiler des fonds de pension américains, Gérard Lopez, et désormais Sparta Capital : la chaîne est toujours la même. On extrait de la valeur, on externalise les pertes sur les salariés qui subissent de plein fouet les conséquences, sur les supporters vus comme des vaches à lait et sur les collectivités ; puis on se retire quand le risque devient trop grand. Pendant ce temps, la Métropole et les contribuables sont sommés de négocier loyers et dettes pour sauver ce qui peut l’être.
Ce n’est pas une fatalité. C’est le produit d’un système politique qui a abandonné le football comme bien commun. Les gouvernements successifs, de droite comme de la macronie, ont laissé prospérer la dérégulation, la multipropriété et l’opacité financière. La DNCG sanctionne a posteriori les clubs déjà à l’agonie, mais n’a jamais eu les moyens ni la volonté politique d’empêcher les montages toxiques.
Le football n’est pas une exception dans cette société où l’Argent-roi est érigé en valeur cardinale. C’est le même modèle qui privatise les services publics, qui financiarise le logement, qui transforme la culture et le sport en produits de luxe ou en actifs de trading. Dans un pays où les inégalités explosent et où les classes populaires sont reléguées, on ne peut accepter que l’âme des villes et l’amour des supporters pour leur club soient bradés à des fonds dont le siège est à Londres ou ailleurs.
Qui peut croire d’ailleurs qu’après le naufrage de la gestion Lopez, c’est un fonds de pension basé à Londres, qui gère 560 millions d’actifs notamment dans la transition énergétique, avec un co-investisseur qui a fait fortune dans le poker et les marchés financiers, qui va nous sortir de cette spirale infernale ? D’ailleurs, lui aussi possède déjà des participations dans deux clubs en Europe (l’un en Espagne, avec Cordoue, l’autre en Écosse, avec Dunfermline, tous les deux en division 2). Cela ne vous rappelle rien ? Je crains fort qu’une nouvelle fois, cela soit une voie sans issue…
Les Girondins, par leur histoire longue d’un siècle, ancrés dans le panthéon du football national, ne peuvent mourir ainsi. Leur longue descente aux enfers doit servir de détonateur pour qu’un contre-modèle prenne vie. Ici et maintenant. En National 1 ou en Régional 1. Il faut rompre avec cette logique. Exiger la transparence totale sur les montages financiers, interdire aux fonds purement spéculatifs d’investir dans le sport comme dans d’autres pans de la société, interdire la multipropriété, ouvrir la voie à des modèles de sociétariat populaire, de participation des collectivités, des salariés et des supporters, et remettre le sport sous contrôle démocratique.
Le capitalisme ne s’arrêtera pas de lui-même.Seule une volonté politique claire, portée massivement par le camp social, peut empêcher que demain d’autres clubs mythiques ne subissent le même sort. Le football populaire n’est pas une variable d’ajustement. C’est un enjeu de société”
