Pourquoi Bordeaux se prive de son internationale brésilienne Kathellen Sousa

Cela ne vous aura probablement pas échappé mais Kathellen Sousa, l’un des piliers de la saison dernière réussie par les féminines des Girondins de Bordeaux, et habituelle titulaire de la Seleção, ne figure plus sur le terrain depuis plusieurs mois, et encore moins dans les groupes convoqués par Pedro Martinez Losa, le coach de la section. Blessure ? Manque de forme physique ? Écart de conduite ? Rien de tout ça. Il semblerait que la jeune internationale brésilienne soit au milieu de plusieurs conflits, notamment d’egos, qui ne servent ni la carrière de la joueuse, absente des terrains, ni le club qui ne peut bénéficier de ses qualités dans un championnat que le FCGB souhaite aborder avec ambition.

 

La genèse
En janvier 2018, Kathellen Sousa pose ses valises à Bordeaux pour six mois. La suite, tout le monde la connait : une ascension fulgurante. Ses résultats et son adaptation rapide au championnat français alertent les responsables de la Seleçao dès l’été 2018. Cette sélection, comme pour toute joueuse, représente évidemment une très grande fierté, et « Kat » se montre reconnaissance aux Girondins de Bordeaux qui lui ont permis d’atteindre le Graal. Alors que le début de l’aventure s’annonce merveilleux pour ne pas dire magique, la défenseuse prolonge l’aventure avec le club au scapulaire jusqu’en 2020. « Je suis très contente. Je suis déjà prête pour la saison prochaine. J’aime Bordeaux, j’aime les filles, j’aime l’équipe. C’est incroyable ici, la ville est incroyable. Le foot est incroyable en France » confiait-elle à l’époque et le 23 mai 2018 pour être précis. Dans ce contrat est insérée une clause validée par le Président de l’époque, Stéphane Martin. Cet accord stipule qu’en cas d’offre à hauteur de 50 000€,  et ce avant le 30 juin 2019, Kat sera libérée de tout engagement contractuel, procédure habituelle chez les hommes.

 

Bordeaux propose une nouvelle prolongation début 2019
Voyant arriver le terme de cette clause, mais surtout devant ses excellentes prestations avec l’équipe, les Girondins de Bordeaux envisagent donc un nouveau contrat et donc une prolongation jusqu’en 2022 avec la défenseuse brésilienne. Si la principale concernée est heureuse dans une ville et dans une région qu’elle apprécie, ainsi qu’au sein d’un groupe où elle a des attaches amicales fortes, elle commence cependant à émettre via son agent le souhait de partir pour différentes raisons, tout d’abord pour continuer sa progression après une Coupe du Monde où elle espère crever l’écran mais également pour une raison assez surprenante, le club ne s’est jamais occupé de régulariser sa situation administrative ! En effet, la défenseuse s’étonne de retard de règlements et/ou de remboursements médicaux. Au niveau personnel, elle trouve aussi des difficultés à trouver un logement et reside toujours aujourd’hui dans un hôtel. Après réflexion, elle ne donne pas suite à cette proposition de prolongation. « Financièrement, la proposition n’était pas particulièrement mauvaise, bien qu’évidemment moindre à ce qu’elle pouvait espérer avoir dans un autre club » nous souffle un proche du club.

 

Les cadors européens offrent le montant de sa clause libératoire
Si nous avons longtemps parlé de l’intérêt du Real Madrid, ce n’est pas le premier club qui s’est manifesté pour enrôler Kathellen. En effet, début mai, Arsenal puis la Juventus de Turin soumettent tour à tour une offre dont une de 50 000€ pour les Italiens dans le but de la recruter alors qu’il reste un an de contrat à la joueuse. Si ce montant peut paraître dérisoire à vos yeux, sachez que les transferts dans le football féminin sont peu courants, même s’ils se démocratisent ces dernières années. Cependant, jamais un transfert n’a dépassé les 150 000€. Cette offre du club italien ainsi que toutes les autres seront refusées, allant contre les accords signés par toutes les parties.

A cet instant précis, les priorités de la joueuse sont ailleurs puisqu’elle va accomplir un rêve, à savoir disputer la Coupe du Monde avec son pays, le Brésil. Après cette Coupe du Monde, où la Seleçao s’est inclinée en huitièmes de finale face à la France, arrive alors le Real Madrid qui soumet au FCGB une premiere belle offre, puis deux offres surréalistes dont une qui serait montée jusqu’à 160 000€, faisant de la joueuse, le plus cher transfert de l’histoire du football féminin. Surement assez pour faire plier les dirigeant bordelais pourtant si ouverts à la négociation en 2018 ? Bis repetita. Devant cet acharnement et le non-respect de l’accord signé, les relations entre les Girondins de Bordeaux et la joueuse se ternissent forçant même « Kat » à ne pas se présenter à la reprise de l’entrainement. C’est pour cela qu’en début de saison, elle ne joua que très peu et notamment au poste de latérale droit, un poste qui ne lui convient évidemment pas. Depuis, les relations sont devenues très froides avec son coach, Pedro Martinez Losa, lui aussi rêveur d’un départ, voire même inexistantes puisque ce dernier ne lui adresserait plus la parole. Résultat, depuis novembre, elle ne figure que très rarement dans les groupes convoqués par l’entraîneur espagnol, et plus jamais dans le 11.

 

Ulrich Ramé se dit intervenir, mais aucune solution n’est trouvée
Le camp de la joueuse s’interroge de la situation. Devant cette mise à l’écart, mais le refus des Girondins de Bordeaux de la laisser partir, Kathellen Sousa se retrouve isolée, et tente en fin d’année dernière de discuter avec Ulrich Ramé qui la reçoit dans son bureau, pour essayer de trouver une solution. En larmes, la bordelaise explique qu’elle ne se sent plus bien au club. Ce rendez-vous débouche sur une promesse d’Ulrich Ramé d’un entretien avec le coach, entretien qui n’aura jamais lieu.

 

Un avenir toujours aussi incertain, les grands clubs toujours à l’affût
Malgré son temps de jeu inexistant, Kathellen Sousa garde l’intérêt de grosses écuries européennes, qui n’ont eu de cesse de faire des offres ces dernières semaines. Le FCGB fait la sourde oreille, et ceci dans un but bien précis… En effet, les Girondins de Bordeaux envisagent de lui proposer une nouvelle prolongation de contrat… dans le but de la transférer l’été prochain. Une drôle de situation, le club refusant de la vendre depuis maintenant près de six mois, se privant même d’une internationale, et la dévalorisant par son faible temps de jeu… D’autant que, toujours selon nos informations, une nouvelle offre est arrivée ces derniers jours, d’un montant de 100 000€. A titre indicatif et pour rappel, le plus gros transfert connu est de l’ordre de 150000€.

 

Le temps presse
Le Club, ne la faisant pas jouer, compromet sérieusement ses chances de participer aux prochains Jeux Olympiques. Tout le monde est dans l’impasse puisque la brésilienne ne peut pas exercer son métier alors que sportivement elle apporterait une plus-value à l’équipe bordelaise. Côté FCGB, ce refus de la laisser partir depuis près de sept mois débouchera bien sur un départ quoi qu’il arrive de la joueuse l’été prochain. Seulement, contre aucune indemnité de transfert puisqu’elle sera… libre, et pourra s’engager avec son futur club dés le 1er février.

Dans un monde ou les gains ne sont pas assez motivants pour que les joueuses ne soient pas heureuses en dehors du terrain, le silence de son entraîneur envers Kat s’annonce également très pesant, que ce soit pour elle, mais pour ces coéquipières qui s’interrogent tous les jours de la situation. Les premières rumeurs commencent à sortir d’ailleurs sur Pedro Martinez Losa qui, après avoir signé en faveur des Girondins de Bordeaux l’été dernier, aurait essayé de finalement quitter rapidement le club, ayant reçu une offre du… Real Madrid. Mais la réponse du club a été catégorique : il s’est engagé sur un projet de long terme, donc il reste. Étrange coïncidence lorsque l’on sait que le club empêche désormais la joueuse de signer dans le club Merengue…

 

En attendant, alors qu’elle ne devait pas faire partie du groupe pour la réception de l’Olympique Lyonnais, une solution doit être trouvée pour le bien de tous, et particulièrement de Kat qui ne peut faire ce qu’elle aime le plus : jouer au football.

 

Kathellen Sousa