InterviewG4E. Tony Vairelles : “Bruno Fievet est un passionné, on en a besoin dans le foot aujourd’hui”

Il n’a passé que quelques mois en Gironde, mais Tony Vairelles a apprécié son passage aux Girondins de Bordeaux, et ce même s’il n’évoluait pas forcément à son poste de prédilection. Aujourd’hui installé dans la région, il garde un œil attentif sur le club au scapulaire, qui va affronter son autre club de cœur ce week-end, le Racing Club de Lens. Mais plus qu’un joueur de foot, l’image que l’on a de Tony Vairelles est celle de quelqu’un d’entier, de sincère : une belle âme, un optimiste, même si comme Monsieur Tout-le-monde, la vie de l’a pas non plus épargné. « Je ne me plains jamais sur mon sort, parce que j’ai tellement été heureux dans ma vie de footballeur… J’ai vécu un rêve pendant tellement d’années, je me dis que ce qui m’arrive depuis dix ans, c’est peut-être mon purgatoire sur terre (rires). Mais je vais en sortir, et encore plus grandi ».

C’est en région bordelaise que l’ancien attaquant a d’ailleurs connu Bruno Fievet, candidat au rachat des Girondins de Bordeaux, et dont il va nous parler longuement dans cet entretien. Nous sommes dans une période importante pour Lens qui joue une qualification pour la Coupe d’Europe, mais également pour le FCGB qui joue son maintien, et par conséquent son avenir. Ne comptez pas sur lui pour prendre parti, Tony veut du bien de tous ceux qu’il aime. Interview.

 

 

« Comment as-tu vécu l’annonce du désengagement de King Street ?

Ca fait bizarre. Déjà, je ne pensais pas qu’on pouvait se désengager comme ça. J’ai eu une petite expérience, à mon échelle, puisque j’ai été propriétaire de Gueugnon. Je pensais que dans ce genre de cas il y avait une vente du club, mais de se désengager financièrement comme ça du jour au lendemain, en laissant une dette importante… J’ai vécu un peu la même chose. A Gueugnon, on avait un budget prévisionnel, et je m’étais engagé à mettre une certaine somme, 500000€, pour un budget de 1.5M€. Je m’étais engagé à mettre 250000€ tout de suite au début de l’exercice, et 250000€ à la fin de l’année pour terminer l’exercice. A cette époque, pas mal de gens avaient promis un soutien financier, comme les politiques, les sponsors, et je ne voulais pas qu’en mettant tout mon argent d’un coup, ils me disent que finalement ils ne participaient plus. Ce qui nous a mis dedans c’est que les politiques, qui avaient promis certaines sommes – parce qu’elles étaient en période de réélection – et au final on n’a même eu le quart de ce qu’ils avaient promis… On s’est retrouvé en mars avec 10% de ce qu’ils avaient promis. J’ai donc fait appel à un mandataire ad hoc, qui lui devait renégocier la dette et aussi aller voir les sponsors, pour savoir s’ils pouvaient peut-être avancer un peu les sommes qu’ils devaient mettre : trouver des solutions pour que le club puisse continuer à vivre, car les salaires n’étaient plus versés dans les temps aux joueurs, faute d’argent. Tout ça pour dire que le mandataire ad hoc a tout essayé, il a fait des pieds et des mains, et il m’a dit ‘on veut la mort du club’. On a été devant le Tribunal de Commerce, on a prouvé notre bonne foi, et on a fait un dépôt de bilan. Le club a malheureusement été rétrogradé.

 

On est dans le même cas de figure, pour que le mandataire ad hoc puisse renégocier la dette, afin que le club soit racheté, que les dettes soient échelonnées, pour que le club puisse avoir un horizon, plus loin que le jour J.

C’est sûr, parce qu’il faut penser aussi à la saison d’après. Avec Gueugnon, quand je suis arrivé, on m’a menti, mais c’est de ma faute, je n’ai pas fait les choses comme il aurait fallu les faire. J’ai été trop vite en besogne, j’aurais dû faire un audit d’un ou deux ans avant de reprendre. Mais comme j’étais encore joueur, j’ai voulu être correct et faire les choses dans les temps. En fait, on m’avait dit qu’il y avait à peu près 200000€ de déficit, et en fin de compte, quand j’ai tout bien épluché, il y avait 1M€ de déficit… En deux ans, en mettant 500000€ de ma poche, on avait réussi à faire assez d’économies pour englober les 1M€ dans les deux ans. Si on avait réussi à aller au bout de la deuxième année, on arrivait à un déficit à 0. Mais après, comme tu dis, il faut encore reconstruire un budget pour l’année d’après… C’est ce qui est hyper compliqué. Cela m’a apporté vachement d’expérience à ce niveau. Si demain je devais refaire quelque chose, maintenant, je le sais.

 

Justement, on sait que Bruno Fievet a l’ambition de racheter le club, lui qui est ton ami. Comment vous vous êtes connus ?

On a deux amis en commun. Je travaillais sur mon projet de Talent Show avec Emmanuel Bissirier, que j’ai connu à GirondinsTV. Et l’autre ami que l’on a en commun, c’est Marius Trésor. C’est par l’intermédiaire de ces deux personnes que j’ai fait la rencontre de Bruno. Et d’ailleurs Bruno a essayé de m’aider sur mon projet aussi, en me faisant rencontrer des financiers qui pourraient être intéressés. J’ai été en Suisse rencontrer de potentiels investisseurs. On a construit tout un budget, il m’a donné un coup de main là-dessus, et de fil en aiguille, on a sympathisé.

 

Tu dois avoir connaissance de son projet pour les Girondins de Bordeaux…

En fait, Bruno, c’est un passionné. Alors, je ne connais pas les autres projets de reprise qu’il peut y avoir, donc je ne critiquerai pas les autres, mais le sien, je le connais. Je sais que c’est quelqu’un de rationnel, je sais qu’il fera tout pour que le club retrouve ses lettres de gloire. Ce qui est bien quand tu discutes avec lui, c’est qu’il est conscient du travail, mais il est prêt à retrousser les manches, et à tout faire pour que ce club qui l’a fait tant vibrer quand il était plus jeune, retrouve une âme. Parce qu’on a l’impression qu’aujourd’hui, c’est ce qui s’est un peu perdu, et pas qu’à Bordeaux. Dans certains clubs, on n’a plus l’identité, l’âme du club. Même si je n’ai joué que six mois à Bordeaux et que je ne suis pas un joueur qui a marqué les esprits au club… Mais le peu de temps que j’y ai joué, pour moi c’est un club qui doit jouer les premiers rôles. Les Girondins, ça reste légendaire, avec des joueurs comme Marius Trésor, Alain Giresse, René Girard, des joueurs qui ont marqué leur époque. Après, il ne faut pas vivre tout le temps dans le passé, il faut savoir vivre avec son temps. Mais c’est bien aussi de se souvenir, et de parler des anciens passés par le club aux joueurs actuel. Pas pour leur dire que c’était mieux avant, mais avoir la mémoire de ce qu’étaient les Girondins de Bordeaux, c’est important, pour que justement les joueurs aient envie de perpétuer la tradition.

 

Ne pas vivre dans le passé, mais qu’il y ait une base sur laquelle s’appuyer.

Exactement. C’est hyper important. Quand j’entends parler Bruno de Bordeaux, de son projet de reprise, avant tout, c’est ça. C’est vivre dans le présent, avec une mentalité qui a changé aussi. Même moi, je suis un peu rétro dans ma tête, j’ai un peu des réflexes anciens ; les choses ont changé. Mais ça n’empêche pas qu’en vivant dans le monde moderne, tu peux te rappeler de ce qu’étaient les Girondins, pour avoir envie de retrouver ça. Cette passion, ça me fait penser aux Présidents que j’ai connus, Gervais Martel, Jacques Rousselot… Des gens qui étaient issus de leur ville, qui aimaient leur club avant tout. Pas des mecs qui viennent investir pour faire une plus-value. On a besoin de gens comme ça. Je ne suis pas devin, mais je connais le projet de Bruno, et je sais que c’est quelqu’un qui est dans la passion. On en a besoin dans le foot aujourd’hui. C’est bien d’avoir de grosses armadas comme Paris, etc… Mais soit tu as ça, des gens qui ont les robinets ouverts, soit tu as des passionnés. Un mec comme Jean-Michel Aulas, on aime ou on n’aime pas, mais tu ne peux pas enlever qu’il est passionné par son club, sa ville. Et ce qu’il a fait depuis plusieurs décennies, c’est quand même remarquable.

 

Il a su aussi créer une véritable identité, que justement Bordeaux a perdue.

Bien sûr, mais peut-être que tu peux la retrouver, je le pense ! Mais tu ne la retrouveras pas avec des gens qui viennent pour se faire de l’argent. Quand tu veux faire de l’argent, tu ne fais pas les bons choix… Et tout le monde le sent, tout le monde le voit. Une chose qui est importante pour moi dans un club, c’est le respect des supporters. Tu ne fais pas de la lèche aux supporters en disant ça, non. Il faut que tu arrives à amener les joueurs à avoir le respect de leurs supporters. Et le respect des supporters, ce n’est pas simplement aller les applaudir à la fin du match, non ! Le respect des supporters, c’est de se battre sur le terrain, de donner tout ce que tu as. Sur le terrain, il y avait des jours où j’étais bon, d’autres moins bon, et des jours où j’étais nul, mais même quand j’avais été nul, je sortais du terrain la tête haute parce que je savais que j’avais tout donné. Et ça, les supporters le voient. Les gens dans les tribunes, tu ne les prends pas pour des cons.

 

C’est ce qui s’est un peu perdu, alors que cela devrait être la base, se dépenser, mouiller le maillot…

Je trouve ça inadmissible. Cela me fait plaisir quand on me dit ‘à votre époque, vous étiez des battants’. Mais ça, ça doit être déjà la base ! Qu’on me dise ‘je me souviens de toi pour tel but, tel exploit’, mais cette qualité-là, on ne devrait pas me la ressortir ! Être des battants, ça devrait être la première qualité ! Quand tu as ça, les gens te pardonnent tes fautes techniques, tes erreurs, tes ratés. Les gens te pardonneront si les gens voient que tu t’es battu comme un lion sur le terrain, que tu as tout donné, même quand tu es nul ! Les gens ne te diront pas que tu as été bon, en revanche ils diront que tu as tout donné. Aujourd’hui, tu as l’impression – je ne dis pas que c’est le cas – que certains joueurs ne donnent pas tout, et qu’à l’arrivée c’est comme ça, ce n’est pas grave… Tu perds 3-0, tu joues le maintien, mais ce n’est pas grave… C’est tuant pour les gens qui regardent ! Même nous qui sommes des anciens joueurs… J’ai toujours essayé d’être modéré dans mes mots, comme sur GirondinsTV, et jamais on ne m’a entendu critiquer ouvertement quelqu’un. J’ai été joueur, je sais trop ce que c’est. J’essaye d’être objectif. En tant que joueur, si un ancien avait dit ça de moi, j’aurais pété un plomb. C’est hyper important de respecter les joueurs mais aujourd’hui, je pense qu’ils devraient aussi respecter le club dans lequel ils sont. Bordeaux est mal en point, il faut qu’ils gagnent une des deux dernières rencontres minimum. Et tu n’as pas le droit de perdre les derniers matches comme ils l’ont fait avec des scores comme ça… Tu peux perdre parce que tu tombes contre une équipe meilleure que toi mais 3-0, 4-0… Tu as l’impression que les joueurs lâchent !

 

C’est surtout ça, les attitudes. Il suffirait juste de mettre de la combativité, et avec ça, tu es capable de gagner des matches avec cette vertu…

C’est ça. On ne connait pas tout, on n’est pas à l’intérieur du club… Il y a peut-être des joueurs qui lâchent volontairement, d’autres qui lâchent parce qu’ils n’ont pas le moral, le mental… Je ne suis pas là pour les juger, mais le résultat que tu vois le week-end, ça fout les boules. Tu te dis merde, ils ne se rendent pas compte… J’ai vécu une descente à Bastia, et ce sont des choses qui te marquent. C’est le genre de chose que tu ne veux pas sur ton CV, une descente. On dira toujours que tu as fait partie de l’équipe qui est descendue. Quand j’étais à Bastia, il y avait 4-5 joueurs qui savaient qu’ils allaient partir, et ils s’en foutaient… Il y a peut-être des joueurs qui se disent ‘nous, si on est descend, ce n’est pas grave, on est sûrs de retrouver un club de Ligue 1’… Oui, mais sur ton CV, il y a une descente. Et puis, tu es payé par Bordeaux ! Jusqu’à la dernière minute, tu dois donner 200% dans ce genre de situation. C’est comme ça que tu gagnes les matches, en allant chercher plus, pour sauver ton club. J’ai aussi vécu un Lens-Bordeaux. A l’époque, le RCL jouait son maintien, et Bordeaux pouvait être Champion, ils étaient en concurrence avec Lyon. J’étais au stade, Lens a perdu – Lyon avait gagné dans le même temps, donc Bordeaux n’a pas pu être Champion – et les lensois ne s’étaient pas battus pour ne pas descendre, alors qu’il y avait des bons joueurs… Mais tu sentais qu’ils s’en foutaient. Bordeaux jouait le haut de tableau, c’était une bonne équipe, tu peux perdre en ayant tout donné… Mais là, tu avais l’impression que ça jouait tranquille, tu n’avais pas l’impression qu’ils jouaient leur vie sur ce match… Par respect, tu dois te dire que tu ne veux pas partir sur une descente.

 

A la différence près que là, nous sommes dans une crise sans précédent, et vu ce qu’ils ont montré cette saison, pas sûr qu’ils retrouvent un club aussi facilement, et surtout au même niveau de salaire…

A Gueugnon, je me suis battu jusqu’au bout. J’aurais pu lâcher l’affaire, mais je me suis battu. Le moment où j’ai commencé à baisser les bras, c’est un jour où les joueurs voulaient faire grève parce qu’ils avaient du retard sur leurs salaires. Je leur ai expliqué qu’on était désolés, qu’on avait du mal à les honorer en temps et en heure, parce qu’on nous a fait des promesses non tenues. Ils voulaient aller faire grève devant la mairie, pour réclamer leurs salaires… Je leur dis de ne pas faire grève, ils n’y vont pas, et deux-trois semaines après, ils font grève finalement, mais contre moi ! On était au mois de mars-avril. Leur intérêt était de jouer, de se montrer. Certes, il y avait des retards de salaires, mais ils étaient payés le 20 du mois, ce n’était pas avec trois mois de retard ! Ils faisaient grève, ils demandaient le dépôt de bilan, parce qu’ils avaient entendu dire qu’avec le dépôt de bilan, ils allaient toucher leurs salaires dans les temps, que tout allait être réglé… Mais si on dépose le bilan, on n’a plus de matches, et là, ils se seraient montrés devant qui, devant quels clubs ?! A partir de ce jour-là, je reconnais que j’ai un peu baissé les bras. Il y avait même des mecs dedans que j’avais sortis de la merde, à qui j’avais donné une chance, qui n’avaient pas de club… Je parle de ça, parce que c’est le même sujet. Tu as des joueurs qui ne comprennent pas que de trainer des pieds, tout le monde le voit… Personne ne te recrutera. Alors qu’au contraire, si tu te bats, tu sauves ton club de la merde…

 

Où en est ton projet de « L’ultime chance » ?

Mon projet est toujours dans les tuyaux, il est prêt, mais avec le Covid, ce n’était pas possible de l’imaginer, avec toutes les restrictions sanitaires, faire des rassemblements, etc. Pour l’instant, il est un peu mis de côté. Et j’ai aussi un truc à régler, qui me met des bâtons dans les roues, c’est mon affaire judiciaire. Normalement, c’est en juin, mais ce sera peut-être repoussé avec tout ce qui s’est passé dernièrement. Ca pourrait être repoussé en fin d’année… Ca dure depuis dix ans… On est pieds et poings liés avec ce truc-là, mes frères et moi. J’ai hâte que ça se termine. A partir de ce moment-là, je pense que je repartirai sur de bonnes bases. Les diffuseurs n’auront plus non plus ce couperet… Je suis sûr que ça, ça me met des bâtons dans les roues.

 

Tu sens qu’on t’a déjà jugé avant l’heure ?

Mais c’est normal, et je ne peux pas leur en vouloir. Ils se disent qu’ils vont faire une émission avec quelqu’un, mais s’il est condamné, ils vont passer pour qui ?! Je sais que je n’ai rien fait, mais ils ne le savent pas, eux. Sur le fond, je les comprends. Sur la forme, je ne les comprends pas parce que l’honnêteté serait de me le dire, mais sur le fond je les comprends, évidemment. Pour revenir à mon projet, j’ai toujours envie de redonner la chance à quelqu’un, qu’il ait la vie que j’ai eue. Parce que pour moi, il y en a qui le méritent. Oui, c’est dans ma nature. Tu ne te refais pas. Je suis persuadé qu’il y a beaucoup de jeunes qui le méritent. Il y en a plein qui sont en place, et qui ne le méritent peut-être pas autant que d’autres qui n’ont pas eu cette chance. Ce projet est humain. C’est pour ça que c’est beau. Si tu me disais demain ‘tu refais la même carrière, mais au SMIC, ou tu gagnes 10000€ en étant chef d’entreprise’… Eh bien je préfère faire ma carrière au SMIC, il n’y a pas photo.

 

Comment on vit ce genre de match qui arrive ce week-end, où on a joué dans les deux clubs ? Mis à part de souhaiter le match nul en termes de pronostic…

(rires) Un match nul qui n’arrangerait personne d’ailleurs… Quand tu aimes les deux clubs… Je n’ai joué que quelques mois à Bordeaux, mais c’est quand même un club que j’ai beaucoup apprécié, une ville que j’apprécie puisque je suis encore ici aujourd’hui. J’aime les deux clubs, donc je serais content que Lens fasse l’Europe, mais je serais content aussi que Bordeaux se maintienne… C’est le genre de match, aussi décisif pour l’un comme pour l’autre, que tu n’as pas envie de regarder… Il faut que les deux clubs gagnent, mais malheureusement ce n’est pas possible…

 

Tu es quelqu’un de toujours positif, d’un naturel optimiste, est-ce que tu l’es pour les Girondins de Bordeaux ?

Bien sûr que je suis optimiste. Le prochain match, je n’ai pas envie de le regarder parce que ça me fera mal d’un côté comme de l’autre. J’aimerais bien que Bordeaux se maintienne et que Lens soit européen. D’ailleurs, peut-être que c’est encore possible pour les deux, quel que soit le résultat de ce week-end. Mais Bordeaux est un club de Ligue 1, et doit rester absolument en Ligue 1. Tu vois, pour en revenir à Bruno, on n’en a pas discuté de ça, mais avec tout l’amour qu’il a, et tous les projets qu’il a pour le club, je suis certain que même si le club venait à descendre en Ligue 2, c’est le genre de personne qui serait toujours présent pour reprendre le club. Je suis sûr et certain que dans d’autres projets, si le club tombe en Ligue 2, leur projet tombe à l’eau. C’est sûr que si ça arrivait, ce sera plus dur. Mais connaissant Bruno, je suis sûr que même si le club venait à descendre en Ligue 2, il serait toujours là pour se battre, reprendre le club, et essayer de le faire revenir au plus haut niveau.

 

Tu disais tout à l’heure que tu avais connu des grands Présidents, Gervais Martel et Jacques Rousselot. Est-ce que Bruno Fievet peut justement incarner cette fonction ?

Il a la passion que ces Présidents avaient. Il a le recul pour le faire aussi. Oui, pour moi, il a ce qu’il faut. Après, ce sont des fonctions hyper difficiles. Cependant, ce qui est bien avec Bruno, c’est qu’il sera le premier à vouloir apprendre. Tu as des gens qui veulent devenir Président pour la gloire, pour le pouvoir. Bruno, il ne veut pas être Président pour le pouvoir, il veut être Président parce qu’il aime le club. Il veut être un Président passionné qui veut tout mettre en œuvre pour que le club réussisse. Se battre pour son club, ça je sais qu’il l’a. La route sera longue, difficile, et il le sait. Mais il fera tout pour, c’est ce qui est beau et passionnant aussi. Ce qui est important également, c’est de bien s’entourer. Tout grand Président sait s’entourer de gens qui sont des passionnés, et compétents dans leur domaine. Il faut un bon Président, un bon directeur sportif, un bon entraineur… Ca peut paraitre con ce que je dis, mais il ne faut pas qu’un Président veuille faire le coach, ou le directeur sportif. Il faut que chacun ait son rôle. J’ai connu une époque où c’était le directeur sportif qui recrutait les joueurs, et l’entraineur n’avait pas ce travail-là. Aujourd’hui, tu as beaucoup d’entraineurs qui recrutent les joueurs. Cela crée des divergences dans l’équipe… Quand un entraineur a recruté un joueur, involontairement il va le faire jouer contre vents et marées, même s’il est nul, et l’autre joueur à côté tu ne le feras pas jouer car tu ne l’as pas recruté. C’est une pression supplémentaire que tu te mets. C’est le directeur sportif qui doit recruter, même s’ils doivent être proches les uns et autres, qu’ils doivent échanger leurs avis avec l’entraineur. Mais quand le directeur sportif prend la décision finale, cela met déjà moins d’ambigüité. Aujourd’hui, tu as même des entraineurs qui ont le même agent que certains joueurs, et je trouve ça inadmissible.

 

Et il y a aussi le cas où l’entraineur a choisi un joueur, et qu’il est viré… Le joueur reste.

Cela crée des ambigüités qu’il ne devrait pas avoir. Il faut se contenter de sa fonction, même si tu as ton mot à dire. Bien sûr que le Président, l’entraineur et le directeur sportif ont leur mot à dire sur le sportif, c’est même important. Mais ça ne doit pas être le Président qui fait l’équipe, ni le directeur sportif. Il y a aussi le cas où l’entraineur gère tout, les arrivées, les ventes… Avec ça, cela crée forcément des ambigüités, des polémiques. C’est inconcevable. Il faut de la compétence, mais que chacun reste à son poste. Et je pense que Bruno, là-dessus, il sera assez intelligent. S’il y a certaines choses qu’il ne sait pas faire, il prendra des gens compétents pour le faire. Ca c’est une preuve d’intelligence de ne pas vouloir tout faire. Tu peux très bien apprendre aussi aux côtés de gens, mais ce qui est bien c’est d’avoir des gens compétents à chaque poste, et tu travailles en symbiose. Tu construis un club comme ça, avec des gens compétents chacun dans leur domaine. C’est comme ça que ça marche, pour que ce soit le plus sain possible. Bruno a cette philosophie-là, c’est aussi pour ça qu’on s’apprécie mutuellement ».