Tout savoir sur le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, et son rapport aux Girondins (stade, reprise, Gérard Lopez, soutiens…)

    Thomas Cazenave aime et supporte les Girondins de Bordeaux, comme il a pu le dire à de nombreuses reprises au début des années 2020. Né à Bordeaux en mars 1978, il fut ministre de l’Action et des Comptes publics renforcés en 2023-2024, et est député de l’Assemblée Nationale. Elu maire le week-end dernier face à Pierre Hurmic (au second tour avec 50,95 % avec un écart de 1827 voix exprimées), il prendra ses fonctions probablement vendredi prochain.

    En politique, il est toujours intéressant de rétrospectivement revoir ce qui a été dit par le passé. Et en ce qui concerne les Girondins de Bordeaux, il faut reconnaitre que le nouveau maire de la ville n’a jamais changé de discours, sur plusieurs sujets en rapport avec le Club au Scapulaire. Tour d’horizon de ses propos depuis maintenant six ans.

    Le stade

    Cela a toujours été l’un de ses combats, et une opposition franche au maire sortant. Il n’a d’ailleurs eu de cesse de le défendre publiquement et à chaque conseil métropolitain. Il prit par à plusieurs sujets de discussions comme le déficit d’exploitation de SBA, lié selon lui au déficit de fréquentation du stade. Il souhaita une renégociation du PPP avec SBA, craignant que ce déficit d’exploitation finisse par revenir au contribuable bordelais. Jamais il n’attaqua sa construction, et au contraire, il voulut trouver des solutions pour son développement.

    Décembre 2019

    « Je suis très fier du stade, je le trouve très beau, c’est un bel équipement, à la fois à l’extérieur mais aussi à l’intérieur. Je suis très fier de ça. La question, c’est qu’il est déficitaire dans son exploitation, il va falloir trouver une solution. Plutôt qu’aller se battre, s’en débarrasser, ou d’aller chercher des responsabilités, j’aimerais qu’on en fasse un grand pôle d’attractivité que ce soit en-dehors ou dedans. Qu’on fasse venir plus de manifestations, y compris autour du stade… ».

    Février 2020

    « Notre club doit retrouver ses couleurs, son lien fort avec les supporters, avec les bordelaises et les bordelais. Le partenariat de gestion du stade avec la métropole doit être réétudié. Le stade doit devenir un lieu aimé de tous ».

    Un PPP déséquilibré, amenant le départ de SBA

    « D’abord, si nous en sommes arrivés là, c’est que le contrat était déséquilibré. Il l’était non pas en notre défaveur, mais bien en la faveur de la Métropole. Il était tellement déséquilibré qu’il a mis en redressement judiciaire qui en avait à charge l’exploitation. C’est très important de le dire. Ce contrat était trop favorable à la Métropole et ne permettait pas d’avoir une rentabilité économique pour une entreprise. L’équilibre économique n’était plus assuré […] Il va falloir expliquer comment le passage en régie, un peu par miracle, ferait que le problème économique du stade disparaitrait. Le passage en régie ne résout rien. Nous récupérons un déficit d’exploitation, des salariés, des incertitudes sur les recettes, et des certitudes sur les dépenses […] Si les Girondins de Bordeaux n’étaient pas descendus, la question des loyers ne se posait pas. Ce sont donc deux sujets complètement différents pour moi. Vous faites le choix d’un mode de gestion, et je ne vois pas, en prenant le stade en régie, par quel miracle nous n’aurions plus les problèmes qui sont les nôtres et que nous trainons depuis un moment »

    2025, la volonté de le développer

    « Ce stade est magnifique, ce stade est d’intérêt métropolitain, à nous de le développer et de faire preuve d’imagination »

    L’arrivée de Gérard Lopez en 2021, et les craintes financières

    Le nouveau maire de Bordeaux constatait, en juin 2021 et au moment de la reprise des Girondins de Bordeaux par Gérard Lopez, qu’il y avait des risques financiers. Mais dans le même temps, il demandait à voir.

    « Nous souhaitons la réussite de ce projet de reprise et c’est de notre responsabilité, à notre place, de participer au rebond du club, de faire un geste qui est cet étalement de loyers. En revanche, considérons qu’il est un peu prématuré de se réjouir de cette reprise. C’est un montage financier qui va reposer sur beaucoup de dette, et des fonds d’investissement. C’est un modèle du foot-business, tout ce qu’il y a de plus classique. Et je crois même que King Street finance la reprise de Gérard Lopez. C’est quasiment un scénario à la Visconti qui se dessine. Il faut que tout change pour que rien ne change. La réinvention du modèle du foot est pour demain, mais pas dans le cadre de ce projet de reprise. En revanche, il y a un certain nombre de questions qui demeurent : le projet sportif, la solidité financière, le montage qui permet au club de se projeter sur plusieurs années et pas uniquement à court terme. C’est de cette capacité à se projeter dans le temps que viendra le fait de se relever ».

    Un an plus tard, en mai 2022, c’est la relégation des Girondins de Bordeaux en Ligue 2…

    « C’est une bien triste nouvelle. On est bord du gouffre, et il y a le risque pour la pérennité du club si cela se passait difficilement d’un point de vue financier dans les prochaines semaines. Il y a un an, on avait exprimé notre soulagement mais également nos doutes, nos inquiétudes. Nous avions dit d’ailleurs que c’était le risque que tout change pour que rien ne change, et en fait nous avons été démentis par les faits. On est très loin de la révolution du modèle du foot business espéré par certains. Les faits nous ont donnés tort, la situation a changé, mais en pire, hélas ».

    Deux mois plus tard, comme d’autres élus, il participait à la marche dans la ville pour montrer son soutien au Club

    « C’était important d’être présent pour moi parce que c’est l’avenir de notre club. Je voulais être avec les supporters, toutes celles et ceux qui se mobilisent pour exprimer notre volonté que notre club survivre et reste bien vivant. Peu importe les clivages politiques, honnêtement. De droite, de gauche, dans l’opposition, la majorité… Il faut qu’on se mobilise tous, à notre niveau. Moi, je suis député, j’en ai reparlé à la ministre des sports. Je ferai tout ce qu’il faut pour, jusqu’au bout ».

    Il se passe deux ans, et les Girondins de Bordeaux ont perdu leur statut professionnel. Ils évolueront en National 2

    « Je suis très attaché à ce club et pas uniquement parce que je suis député de la circonscription. Parce que je suis Bordelais, c’est une partie de l’âme de notre ville, des souvenirs communs. Comme élu local, j’ai suivi l’évolution et la reprise par le président du club Gérard Lopez. J’ai eu à voter en 2021 afin que la métropole ne perçoive pas le loyer du stade, pour le sauvetage du club. Mais le très haut niveau est très exigeant sur le plan financier, aussi. Et les résultats sportifs n’ont pas suivi […] Le club est condamné à la reconstruction sportive et financière, oui. Il y a un stade, du public, de la ferveur, c’est une partie du patrimoine bordelais et il ne doit pas mourir. Vraisemblablement l’affaire sera bientôt dans les mains du tribunal de commerce. J’avais suggéré que l’annulation de la créance (de 20 millions d’euros) soit conditionnée à une place dans la gouvernance du club pour les pouvoirs publics locaux. Car nous avons des informations lacunaires. Je vais en reparler ».

    Car oui, il eut cette idée, comme d’autres politiques, d’avoir un regard sur la suite, même si le FCGB était une entreprise privée.

    « Je ne peux que déplorer la situation dramatique et révoltante de la descente aux enfers de notre club, ses salariés, ses supporters, ses joueurs… Pour notre ville et au-delà, c’est un coup de massue, un véritable déclassement. Je crois qu’il faut naturellement faire en sorte d’un retour le plus rapidement possible au haut niveau, que nous n’aurions jamais dû quitter, et donc effacer cet échec collectif. La Métropole est au cœur du chemin du redressement avec la dette d’abord, 20M€, dont je crains que nous ne revoyions jamais cet argent. Une dette qui va s’accroitre aussi. Et enfin, il faudra répondre à la question, ou pas, de l’activation de la lettre de garantie qui a été signée par Gérard Lopez au moment de la renégociation des conditions de versement du loyer […] Plus globalement il faut tirer quelques leçons pour l’avenir de cette situation. La réalité c’est que la Métropole a subi, elle a été mise au pied du mur, à chaque fois dans l’urgence. Je crois qu’il y a un principe, c’est qui finance décide. Je pense qu’on n’est pas en situation de gérer le club mais quand même, cette gouvernance où nous découvrons les choses, où ce sujet reste très opaque pour nous, n’est pas viable, pas sain, et ne correspond pas non plus à la réalité dans laquelle de fait nous sommes. On ne peut pas rester plus longtemps à l’écart de son avenir et de sa reconstruction. Pour préparer l’avenir, il faut qu’on puisse soutenir le centre de formation. Il n’y a pas d’avenir possible pour notre club si on ne forme pas les jeunes talents. Les élus locaux ont des leviers importants et à court terme, la section féminine est une victime innocente de tout ça. Là aussi, il faut pouvoir trouver des solutions pour permettre la poursuite de son existence. Nous votons cette délibération mais on appelle à une réflexion et un chemin de reconstruction qui ne peut pas être juste la simple reconduction de ce que nous avons fait par le passé. »

    En campagne, en février 2026, les Girondins sont de nouveau évoqués

    « Quel avenir je vois aux Girondins de Bordeaux ? Je continue à les soutenir en National 2, et je serai samedi au stade, et j’y vais très régulièrement. Il y a encore 10000 à 12000 spectateurs, même en National 2. Donc il y a toujours des supporters fidèles qui défendent le club. Je crois qu’une ville comme Bordeaux se doit d’avoir un club au meilleur niveau. Donc moi, je ferai tous les efforts pour. C’est un chantier très compliqué parce qu’il faut accompagner son développement, mais je soutiendrai comme maire notre club, parce qu’il en a besoin, et parce que j’espère bien que dans cinq ou six ans, nous aurons retrouvé le plus haut niveau ».

    Les propos qui vont suivre ne sont pas de Thomas Cazenave, mais de l’ancien tennisman français, Michaël Llodra, soutien du nouveau maire, il y a quelques jours. L’ancien sportif expliquait à Mathieu Hazouard, chargé aux sports sortant à la mairie de Bordeaux, que la municipalité n’avait pas fait tout ce qu’il fallait pour aider le Club au Scapulaire.

    « Si on doit donner une priorité aux Girondins de Bordeaux aujourd’hui, il faut geler les loyers du stade. Pour l’instant, la mairie ne donne pas les moyens au club des Girondins de Bordeaux de remonter en Ligue 1, ce n’est pas vrai. Les Girondins de Bordeaux, ça génère beaucoup de choses, le tourisme, etc… Il faut aller voir les supporters, le président, les anciens pros, se mettre autour d’une table… Il faut les aider dignement […] Pour avoir parlé avec Bixente Lizarazu, Johan Micoud, ils ont plein d’idées, mais ils ne sont pas écoutés. Il faut redonner un peu d’élan, de dynamisme aux Girondins de Bordeaux. On entend beaucoup de mal autour du club, ça ne fait plus rêver, alors que l’UBB fait rêver. Il y a de la place pour les Girondins de Bordeaux, il faut simplement leur donner les moyens ».

    Enfin, à noter que Nathalie Delattre s’est alliée à Thomas Cazenave en début de campagne alors qu’elle briguait elle aussi le poste de Maire, a été importante auprès de l’Etat et des Instances lors de la chute du Club en Ligue 2, elle qui était alors parlementaire. “À l’automne dernier, j’ai fait le choix d’unir mes forces à celles de Thomas Cazenave, convaincue que l’avenir de Bordeaux devait primer et que le rassemblement était la condition pour redonner une dynamique nouvelle à notre ville. Ensemble, nous avons ainsi créé les conditions de cette belle victoire”. 

    Proche depuis d’Arnaud De Carli, vice-président des Girondins de Bordeaux, elle connait également la situation du FCGB. Arnaud De Carli s’est d’ailleurs exprimé sur l’élection de Thomas Cazenave à la mairie de Bordeaux.

    “Bravo à Thomas Cazenave, notre nouveau maire de Bordeaux ainsi qu’à toute son équipe ! Une belle aventure commence. Je ne peux m’empêcher de penser à mon ami Nicolas Florian, qui nous manque toujours autant et qui aurait apprécié à sa juste valeur la soirée d’hier soir. Enfin, j’ai aujourd’hui une pensée amicale pour Pierre Hurmic qui, malgré certaines différences de points de vue, a toujours su rester à l’écoute concernant les Girondins de Bordeaux”.