Hubert Tuillier (économiste) : « Vouloir faire une stratégie autour de ses fans ce n’est pas un gros mot et au contraire je pense que c’est la meilleure stratégie de développement pour un club »

Sur France Bleu Gironde, Hubert Tuillier, économiste du sport pour KPMG France, cabinet de conseil dans le sport notamment, s’est exprimé sur le financement participatif dans le football professionnel.

 

« KPMG c’est un cabinet de conseils, leader en France dans le domaine du sport notamment. Je suis un ancien du ministère des sports donc je suis très attaché au modèle du sport français et du soutien du sport pro vers le sport amateur. C’est vrai que c’est un sujet qui me touche tout particulièrement et au département sports chez KPMG on accompagne de manière plus large les ligues, les clubs ou les fédérations dans leur stratégie de développement, notamment sur les sujets de transactions dans le milieu du sport. »

 

Est-ce que le financement participatif pour les clubs de football professionnel existe ?

 

« Je pense qu’il y a un sujet large en fait la question aujourd’hui du contexte général des clubs professionnels… De financement participatif on entend beaucoup de choses, il y a évidemment le collectif nantais qui en fait partie. Il y a également des financements participatifs obligataires, il y a tous les sujets de web 3.0 aujourd’hui avec tout ce qu’on entend sur la tokénisation. C’est un sujet qui est extrêmement complexe et pas si simple que ça. Ce qu’il faut retenir au départ lorsqu’on parle d’un club professionnel c’est la difficulté qu’ils ont aujourd’hui à pouvoir identifier des partenaires financiers dans la durée. On l’a vu avec l’exemple de la Covid, cela a été extrêmement compliqué pour les clubs de faire appel à des PGE (Prêts Garantis par l’Etat) et en même temps on voit que ces clubs ont une volonté très forte d’intégrer les fans dans leur stratégie de développement et dans la prise de décisions. Que ce soit à Saint-Etienne, avec la question du logo etc… qui a été un véritable succès. En fait, il faut parvenir à mettre en place les ingrédients pour arriver à mettre un cercle vertueux qui permet de respecter l’ensemble des parties prenantes. Aujourd’hui dans le sport français, si on parle d’exemple de web 3.0, tout ce qui est internet, l’interconnexion des données pour offrir une meilleurs connaissance aux utilisateurs. Aujourd’hui il y a peu d’exemples de succès sur ceux liés au financement participatif type crowdfunding, type collectif nantais pour une chose très simple, c’est qu’il faut qu’il y ait une volonté de l’actionnaire principal de céder ses parts. Ce qui n’est pas toujours le cas. Après il y a des volontés de financement participatif obligataire, c’est-à-dire l’émission d’obligations qui vont entraîner une rémunération pour le fan qui va acheter ces obligations. Là en France aujourd’hui on n’a pas. Ce sont plutôt en Angleterre, en Italie. C’est pour dire qu’il y a une vraie nécessité en France de changer un peu les mentalités, de professionnaliser également les équipes marketing et finance pour justement qu’elles maitrisent mieux ces outils. Egalement pour les supporters de les découvrir pour aider le club dans leur développement. »

 

Il a ensuite évoqué le trading et les fonds d’investissement. Est-ce durable ? Les clubs pourraient se tourner vers leurs supporters en se disant que ce n’est pas si bête.

(Photo by Baptiste Fernandez/Icon Sport)

« Je ne vais pas critiquer les fonds d’investissement, pour travailler avec certains et je pense qu’il a pu y avoir des succès sportifs avec des fonds d’investissement. Il peut également y avoir des défaites avec des propriétaires qui ne sont pas des fonds d’investissement. Ce qu’il faut retenir c’est plutôt la question du respect des supporters, du respect de l’histoire du club, du respect des collectivités territoriales et de la mise en place d’un cercle vertueux. C’est possible de vouloir gagner de l’argent quand on est un club professionnel, ce n’est pas un gros mot. Vouloir faire une stratégie autour de ses fans ce n’est pas un gros mot et au contraire je pense que c’est la meilleure stratégie de développement pour un club. Il ne faut pas dire que le trading ce n’est pas l’avenir des clubs français, loin de là, ce n’est pas ce que je dis. En revanche ce que j’essaye de faire passer comme message c’est qu’aujourd’hui un club qui aurait une stratégie, ce sera le club qui aura les résultats financiers les plus durables et d’être moins dépendant des établissements bancaires. »

 

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